Monde clos…

•23/12/2012 • Laisser un commentaire

Plongée en apnée dans l’univers carcéral avec Fleury-Mérogis 91700 – « le plus grand centre pénitentiaire d’Europe » comme le précise à juste titre la quatrième- de Franck Chevillard.

fleurymérogisEt c’est en compagnie de trois figures principales que cette descente dans les abysses du monde pénitentiaire va se dérouler.

On rencontre donc d’abord Jean Anbrogioni, 56 ans dont la majorité au trou, ancien condamné à mort « sauvé » par l’abolition. Il a trempé dans la délinquance depuis pratiquement toujours, gravissant un à un les marches qui allaient le mener au grand banditisme et à Mesrine. Il partage, alors qu’il vient d’arriver à Fleury, sa cellule avec Dragomir, un Yougoslave dont il ne veut rein savoir.

Puis, c’est au tour de Boubacar d’entrer en scène. Pur produit des banlieues, il a tâté des centres de détention pour mineurs mais, cette fois-ci, de par son âge, c’est en maison d’arrêt qu’il atterrit suite à un petit casse minable totalement avorté de par l’incompétence crasse des instigateurs.

Enfin, et ce n’est que le dernier sur la liste d’apparition pas d’importance, Ahmad l’Afghan. Education occidentale via le Lycée Français de Kaboul, un point commun avec Massoud. Le seul puisque notre homme a oeuvré pour le pouvoir taliban en place dans ces années 2000. Partie prenante du pouvoir, certes, mais également mu par la recherche de l’assouvissement de besoins tout personnels, Ahmad s’est retrouvé à Fleury pour trafic d’oeuvres d’art, profitant de sa position privilégiée au sein du système des malades au pouvoir dans son pays.

Tout un monde gravite autour de ces trois personnages: Des délinquants qui se regroupent par affinités ethniques ou religieuses, des médecins qui écoutent autant qu’ils soignent, des travailleurs sociaux qui n’ont guère d’illusions, des familles qui essaient, à l’image de la soeur de Bouba, de faire de leur mieux pour leurs membres incarcérés.

Et de l’incompréhension, des incompatibilités radicales entre des individus obligés de cohabiter, de partager, malgré eux, une intimité que la prison interdit de fait…

 

Chevillard, qui connaît bien le milieu carcéral pour y avoir travaillé, parvient à nous faire partager la diversité de ce peuple enfermé; un peuple qui n’a que cette réclusion en commun, les luttes et affrontements, souvent jusqu’à la mort, occupant la majeure partie de son temps.

Pas de discours lénifiant, pas d’apitoiement mièvre de la part de l’auteur. Ses personnages sont ce qu’ils sont et, si l’émotion peut transparaître sous sa plume – notamment lors des réminiscences d’un Ambro rongé par la maladie-, il ne s’agit pas de les plaindre ni de les blâmer. C’est bien plutôt vers le réalisme froid –la vérité, serait-on tenté de dire– que Chevillard oriente une écriture resserrée à l’extrême.

Ainsi, l’ensemble se lit rapidement, quasiment d’une traite et on regrettera que la chose n’aille pas plus loin, qu’à une fresque plus fouillée et détaillée l’auteur ait préféré une succession d’instantanés qu’il ajoute dans un album néanmoins des plus cohérents.

Il y a bien quelques respirations ici ou là, des passerelles, des lueurs, non d’espoir, mais d’humanité simple. Bien trop peu pour espérer, pour croire à une sortie de ce cauchemar.

Evidemment, personne ne sortira indemne de ce marasme. Tous essaieront de se faire une place, toute relative et provisoire, dans cet univers désolé. Et les mieux armés, a priori, ne seront pas ceux qui s’en sortiront le mieux…

ps: Merci à Pierre et à la Manufacture pour l’envoi de ce roman.

Fleury-Mérogis 91700 de Franck Chevillard, La Manufacture de Livres (2012), 203 pages

A venir…

•06/12/2012 • Laisser un commentaire

C’est presque fait, écrit, satisfaisant à mes yeux et, surtout, éclectique.

Une réédition du pratiquement incontournable Thomas H.Cook. Parmi les romans récemment ressortis, on parlera donc de La preuve de sang. Et toujours cette atmosphère propre à l’auteur américain…

Par mi les nouveautés, ou presque, on ne peut passer sous silence Le Démon de Ken Bruen, opus qui semble marquer une nouvelle voie tant au niveau stylistique que générique. Je ne suis pas totalement convaincu mais j’y reviendrai en détails. Evidemment…

Ceci dit, on commencera par le Fleury-Mérogis 91700 de Franck Chevillard qui renoue avec le polar « entre les murs », si on peut se permettre cette catégorisation barbare.

Et puis d’autres idées, d’autres bouquins, des baudruches et des choses étonnantes…

Les Belles et le Loup…

•18/11/2012 • Laisser un commentaire

Gunnar Staalesen construit, depuis plus d’une trentaine d’années maintenant, une oeuvre policière qui, comme toutes les bonnes séries à personnage récurrent, ne se contente pas de nous fournir régulièrement la n-ième aventure du détective solitaire et dressé « contre l’horreur du monde ».

Varg Veum, le dit-détective créé par le Norvégien, se voit confier une mission par Berit Breheim, brillante avocate dans la force de la quarantaine: retrouver sa soeur Bodil ainsi que Fernando, l’époux de cette dernière, qui semblent s’être volatilisés depuis quelques jours. Peu inquiet quant à l’issue de sa mission au début, Varg va cependant être intrigué par de nombreux éléments liés au passé des deux soeurs mais aussi par ce qu’il va apprendre de l’entreprise d’armateurs pour laquelle Fernando, brillant architecte espagnol bien intégré à la société norvégienne, travaille.

Plus étrange encore: les deux soeurs ont perdu très jeunes leur mère, qui s’est suicidée en compagnie de son amant Johan Hagenes, brillant musicien de jazz de la scène bergenoise. Une mort romantique –dans l’acception macabre du terme– qui a marqué de manière indélébile les soeurs ainsi que l’ensemble de la famille, à commencer par leur père.

Cela pourrait relever de la blessure d’un passé tragique, de la fêlure d’une enfance qui avait tout pour être joyeuse grâce à l’aisance financière et matérielle prodiguée par le père si ce même passé ne s’invitait pas dans le présent sous la forme d’un lien entre Bodil et Hallvard Hagenes, le neveu de l’amant, musicien de jazz comme lui. De là à soupçonner la répétition, trente-cinq ans après, d’un « suicide par amour », il n’y a qu’un pas que Berit n’hésite guère à franchir, contrairement à Veum, beaucoup plus circonspect vis-à-vis de cette hypothèse.

Considérant, comme à l’accoutumée, tous les recoupements possibles, prenant en compte les opinions des voisins, amis ou membres de la famille, recherchant dans les méandres du passé familial comme dans l’actualité des existences des « disparus », Veum va découvrir que si l’histoire ne repasse pas les plats, elle peut en resservir certains qui contiennent des ingrédients identiques.

 

Staalesen applique ici tous les grands principes qui fondent l’unité et l’originalité de la série en allégeant sa prose, notamment par une économie de moyens assez inhabituelle chez lui. Dans Comme dans un miroir, titre ô combien pertinent, s’il n’oublie pas de donner la parole à des personnages secondaires qui permettent d’éclairer l’intrigue principale d’une lumière souvent éclatante, s’il distille certains détails anodins à première vue qui vont se révéler essentiels, l’auteur norvégien s’affranchit des longues digressions descriptives qu’il affectionnait dans d’autres volumes. Cela maintient un rythme plus rapide, assure une unité de ton assez plaisante et permet de conserver l’intérêt d’un lecteur qui pourrait être dubitatif face à une prose que l’on apprécie personnellement mais dont on comprend qu’elle peut susciter l’ennui chez certains.

En effet, aux longs tableaux sur Bergen ouvrant traditionnellement les chapitres de ses romans, Staalesen va, ici, droit au but, se contentant de parsemer son propos de quelques instantanés de la cité portuaire.

Mais, et sur ce point aucune nouveauté, l’essentiel ne se joue pas là.

C’est bien plutôt dans cette faculté de brosser des personnages, de les laisser vivre et s’exprimer, d’évoquer leur solitude ou leur dignité, dans cette façon d’évoquer la complexité des relations familiales, dans cette rivalité qui semble poindre entre les êtres que Staalesen assure l’essentiel.

De même que dans cette capacité de parler de cette bourgeoisie norvégienne comme de certains points d’une actualité d’une société pas si propre que cela par le biais d’une intrigue secondaire et déjà étonnamment visionnaire pour un roman initialement dont l’action se passe au début des années 90…

Si ce volume n’est, à coup sûr, pas le plus fort ni le plus profond de la série, il n’en demeure pas moins très fréquentable.

 

Comme dans un miroir (Som i et speil, 2002) de Gunnar Staalesen (trad. Alexis Fouillet), Editions Gaïa (2012), 299 pages

Pour patienter…

•31/10/2012 • Laisser un commentaire

Avant de revenir vous parler du dernier Staalesen, en premier, et de tous les bouquins lus depuis des mois et qu’on n’ arrive pas à chroniquer, faute de mots, deux petites choses:

D’abord, on continuera à se faire rare car on ne fait pas la course à l’audimat et, que ce soit en bien ou en mal, on entend toujours parler sérieusement des romans lus. Alors, oui, ça fait baisser les fréquentations mais j’avoue m’en foutre royalement. On développera peut-être d’ailleurs tout ça…

Ensuite, jetez une oreille sur les Blindhorses, combo lillois qui lorgne du côté de Calexico ou des défunts Sixteen Horsepowers. On vous la fait courte en attendant mieux…

Ah oui, et aussi l’excellent Thierry Marignac dont parle Claude: article-thierry-marignac-des-chansons-pour-les-sirenes-111420946.html.

Je sais, je sais: tout cela sent le copinage à plein nez, mais on le revendique car on n’a pas honte de ses copains, ni de ses connaissances….

Poker et Mat…

•11/10/2012 • Un commentaire

Roman assez atypique dans le catalogue de la Manufacture de livres, Descente au Paradis s’apparente à une petite récréation, une véritable respiration entre deux prises de Noir désespéré. Et c’est très bien ainsi!

Mat, le narrateur principal, est un Français, expatrié à Hambourg pour les beaux yeux de Gloria, une jeune femme intelligente qu’il a rencontrée lors de vacances au bout du monde. Depuis, les deux ne se sont plus quittés. Très occupée en tant que chargée de la communication du Maire de la ville hanséatique, Mat sent que Gloria s’éloigne de lui, que leur belle aventure tourne à l’aigre-doux. Et ce n’est pas les élections approchant qui ramèneront une Gloria, très investie auprès d’un patron qui brigue un nouveau mandat, vers son Français.

Pour tuer le temps, et aussi alimenter un porte-feuille qui en a bien besoin, Mat compte sur ses talents de joueur de poker et les parties interlopes organisées dans la cité portuaire.

C’est ainsi qu’un soir, il se rend là où il a ses habitudes: dans le pub tenu par Kern, un Breton lui aussi expatrié, qui organise, pour certains « habitués », des parties dans un des recoins bien abrité de son établissement.

Comble de malchance pour un Mat qui multiplie les déconvenues, un trio masqué en héros de Disney vient braquer l’établissement. Kern ne doute pas que Mickey, Donald et Pluto ont été affranchis sur les activités clandestines qui se déroulent régulièrement chez lui.

Après un braquage des plus épiques, Mat a tendance à errer, à tourner en rond jusqu’au moment où il regagne le nid d’amour qu’il partage avec sa belle Teutone.

Mal lui en prend. Il vient de mettre le doigt sur la première dent d’un engrenage dont le mouvement risque de se terminer de façon tragique pour lui…

 

 

Collusion entre le politique et le mafieux, corruption et instrumentalisation des individus comme des faits divers, variations sur le thème de la criminalité comme argument électoraliste, anti-héros qui devient l’empêcheur de tourner en rond bien malgré lui sont quelques uns des ingrédients au menu de cette Descente au Paradis.

Dans un style rapide et nerveux, par une langue qu’on pourrait qualifier de « fleurie», Eric Jamois livre ici une bonne série B. Dans le bon sens du terme. En effet, il ne semble jamais se prendre au sérieux tout en s’attachant à une certaine cohérence du genre. Divertir avec de la gouaille et des phrases qui fusent, attirer l’attention par les multiples rebondissements et scènes coup-de-poing, faire rire par l’insertion de dialogues mordants, cela paraît avoir fait partie des préoccupations d’un auteur dont on qualifiera le style de cinématographique.

On lui pardonnera donc certaines incohérences comme celle, une des plus importantes à nos yeux, qui fait que nos anti-héros français manient l’idiome germanique avec une précision quasi-parfaite.

Peu importe car, outre les qualités évoquées plus haut, on retiendra également certains personnages, qu’on aurait certes aimé un peu plus fouillés – à l’image de ce commissaire Mainz, atrabilaire et peu enclin aux convenances-, une construction millimétrée d’un récit resserré et une variation sur le topos du personnage un brin décalé qui se retrouve pris dans la tourmente de situations dont la portée dépasse largement ses petites mésaventures personnelles…

On attend de voir si Eric Jamois creusera un peu plus à l’avenir, approfondira son propos afin de passer dans la série A…

ps: Merci à Pierre et à la Manufacture pour l’envoi de ce roman.

 

Descente au Paradis d’Eric Jamois, La Manufacture de Livres (2012), 190 pages

L’avérité…

•22/09/2012 • 4 commentaires

Désolé pour le néologisme barbare mais, étant donné le ton de cette livraison Jigal, je me suis un peu lâché

Aïcha Sadia, commissaire marseillaise d’origine kabyle, ne se remet pas de la disparition de Sébastien Touraine, son collègue et grand amour de sa vie. Une seule chose semble la maintenir en vie: la certitude que ce dernier n’est pas mort noyé au large et qu’il finira par lui faire un signe.

En attendant, son équipe l’entoure et, en premier lieu, Théo Mathias, le légiste qui n’éprouve pas que de la compassion ou de l’amitié pour elle…

Aïcha ne néglige cependant pas, loin de là, son travail d’autant plus que certains condamnés pour longue peine, récemment sorti de prison, sont retrouvés décapités. Vite convaincue qu’il s’agit d’exécutions pures et simples perpétrées par des nostalgiques anti-abolitionnistes, l’équipe va concentrer toute son énergie pour stopper les agissements de ces « justiciers » d’un autre âge.

La chance apparaît alors sous les traits d’Abdel Charif qui sort d’une détention de 4 ans pour le meurtre de Chantal Guilloux. Ayant obtenu une remise de peine, Abdel qui a toujours clamé son innocence, malgré des aveux signés à l’époque, a bénéficié de rétractations de témoins plus très sûrs d’eux. Cependant, alors qu’il marchait dans la rue, on a tenté de l’enlever. Après avoir miraculeusement échappé à ses ravisseurs, il vient, non pas se mettre sous la protection d’Aïcha et de la police, mais proposer un véritable marché à celle-ci: il l’aidera non seulement à coincer ceux qui se substituent à la justice mais la mènera jusqu’à Sébastien si, de son côté, elle l’épaule afin qu’il établisse son innocence.

L’espoir de revoir son amour perdu faisant la décision, Aïcha accepte. Evidemment.

Gilles Vincent, à travers une intrigue simple en apparence, réussit une agréable composition ici. Personnages dépeints avec efficacité, péripéties narrées avec rythme et nervosité, émotions et sentiments retranscrits avec acuité, il parvient à maintenir notre attention tout au long de son roman.

Une des belles réussites de Parjures réside en ceci que l’auteur, là où on pourrait le taxer de facilité dans le démêlage des fils de l’histoire, nous réserve plus que des rebondissements. En effet, par exemple, si les adeptes de la peine de mort sont rapidement mis hors d’état de nuire – à une notable exception près– grâce à des détails que certains pourraient considérer comme trop « évidents », Gilles Vincent nous réserve de nombreux contre-pieds qui anéantissent nos certitudes tout comme celles d’Aïcha ou Abdel. Là où un suicidé « bienvenu » laisse derrière lui les traces de ses complices, un détail vient, quelques pages plus loin, nous indiquer qu’il nous faut emprunter une autre direction.

De plus, Gilles Vincent, sans verser dans le sentimentalisme béat, lorsqu’il est question de ce que les personnages éprouvent, ni dans le voyeurisme malsain lors des scènes violentes, aborde les choses de façon claire et pudique. Une écriture à la fois expressive et tout en retenue qui, si elle ne cherche aucun effet de style appuyée, se révèle agréable et fine.

Tournant autour de deux figures majeures – Aïcha et Abdel, comme on l’aura compris-, Parjures représente le récit d’une lutte, ou plutôt de luttes: pour la vérité, bien sûr, mais surtout pour l’espoir.

En outre, si les ultimes scènes finissent par détruire nos semblants de certitudes -sur les personnages, leur sincérité, sur l’histoire ou le sens que l’on doit lui prêter- Parjures nous donne à voir une réflexion, que l’on aurait aimé certes un peu plus poussée, intéressante sur la nécessité du mensonge, de la trahison ou encore le poids du non-dit.

Un roman attachant et certainement plus profond qu’il n’y paraît…

ps: Merci à Jimmy pour l’envoi de ce roman.

Parjures de Gilles Vincent, Editions Jigal Polar (2012), 204pages

Plus le temps…

•27/06/2012 • 3 commentaires

Depuis plusieurs semaines, alors que j’avais annoncé un « come back », je suis dans le jus.

Je n’y arrive plus: trop de boulot, pas l’esprit libre, pas envie de prendre la plume (enfin: le clavier…), trop de bouquins médiocres lus.

Plutôt que de pondre des articles bâclés qui ne me satisferaient pas, je préfère attendre quelques jours encore.

Que ceux qui s’inquièteraient se rassurent: Je ne suis pas mort.

Keep on fuzzin’

Retour perdant…

•25/05/2012 • 4 commentaires

Pour un papier de reprise, le rythme étant perdu, je vais faire court et direct aujourd’hui…

 

Belle et remarquable initiative d’avoir retraduit Hammett et d’en ressortir les principaux romans. Aujourd’hui, on évoquera non pas les grands romans du Dash’ mais cet Introuvable, roman excessivement mineur. Ce qui était vrai avant le demeure après sa lecture récente…

Charles est un ancien détective privé qui a abandonné la profession. Marié à Nora, il vit de ses rentes –enfin, surtout, grâce à celles de sa femme– et passe plutôt du bon temps. Vivant désormais en Californie, il revient à New York afin de célébrer les fêtes de cette fin d’année 1932.

C’est dans un des bars de cette ville qu’il est abordé par une jeune fille qui l’a reconnu. Dorothy Wynant, fille d’un des anciens clients de Nick, n’est pas très joyeuse: Clyde, son père qui a abandonné femme et enfants depuis longtemps, a disparu. Non seulement elle aimerait le retrouver mais, surtout, la secrétaire de celui-ci vient d’être assassinée.

Beaucoup soupçonnent Clyde, d’autant qu’il aurait eu une relation avec la dite-secrétaire.

Pressentant une histoire cousue de fil blanc, Nick va, tout en essayant de rester calme et distant par rapport à cet imbroglio produit par la jalousie, l’appât du gain ou la volonté de dissimuler pour mieux en croquer, tenter de percer à jour cette étrange affaire…

 

Si l’intrigue rappelle beaucoup ce que Hammett pouvait produire dans ses nouvelles –notamment celles consacrées à son détective du Continental Op-, on ne retrouve que très peu ce qui pouvait convaincre dans les romans majeurs de l’auteur. Bien sûr, il reste l’humour sarcastique, voire cynique, du personnage principal, cette sorte de mise à distance vis-à-vis des affres de l’existence, cette manière de ne rien prendre au sérieux, de se foutre un peu de tout.

Coups bas, affectifs entre autres, mensonges des plus profonds et ressentiments prenant leur source au coeur de l’institution familiale se multiplient dans un roman absolument dénué de ce « behaviorisme »; terme dont on use et abuse pour décrire l’oeuvre de Hammett. Surtout que bien souvent on aborde les choses d’un point de vue quasi-freudien: la relation de Dorothy et son père, le comportement d’un frère plutôt perturbé par des parents qui sont loin d’être des modèles de stabilité.

Beaucoup de bons mots, de personnages déjantés dans cet Introuvable. Pas une des figures de ce roman n’échappe au regard perçant et fin de Charles ou de sa femme. Même ce que l’on soupçonne très vite être une machination complexe apparaît relativement convaincant.

Mais, et c’est là que le bât blesse, c’est souvent plat, mal fichu au niveau du rythme du récit et le lecteur est tenté d’adopter l’attitude de Charles: s’en moquer.

D’ailleurs, on serait même tenter de penser que Dash’ lui-même s’est un peu laissé aller, n’a pas retrouvé cette concision qui faisait pourtant sa force, aurait presque bâclé le travail au niveau de son écriture.

A réserver aux fans avertis qui veulent vraiment effectuer un tour proprement exhaustif de l’oeuvre de cet écrivain fondateur…

Si quelqu’un a vu le très vieux film qui en a été tiré, je suis preneur de vos avis…

ps: Merci aux éditions Folio pour l’envoi de ce roman.

 

L’introuvable (The thin man, 1934) de Dashiell Hammett (trad. Natalie Beunat et Pierre Bondil), Folio policier (2012), 281 pages

Il est pas mort…

•14/05/2012 • 4 commentaires

car il blogue encore.

Après des déménagements, de domicile et d’internet, des aventures fadasses liées au quotidien mais absolument à régler, je reviens donc dès cette semaine.

Au programme, quelques commentaires sur:

L’introuvable de Dashiell Hammett

Dernier shoot avant l’enfer de Ludo Sterman

Au lieu-dit Noir-Etang de Thomas H.Cook.

Le tout dans le désordre, avec un nombre de lignes plus ou moins important. Je vais, en tout cas, essayer de soigner tout ça. En concision et en précision.

Le changement, c’est maintenant et dans ces pages également…

Petit bilan…

•10/04/2012 • 3 commentaires

Avant de fermer la boutique –provisoirement– pour cause de déménagement et d’interruption du net.

Et j’avertis tout de suite: je ne vais pas être objectif, étant donné la sympathie que j’éprouve pour certains des membres des 48h du polar. C’est dit et assumé: on va parler des copains.

Ce préambule étant posé, que dire de cette deuxième édition?

Les signatures à la FNAC, lieu qui, selon moi, n’est pas forcément adapté –voyez que je suis gentil– pour tenir un festival, ont eu un avantage pour les membres de l’équipe et, il me semble, pour les auteurs: la fréquentation a été élevée. Si on considère le nombre famélique de visiteurs l’an dernier, ça a changé les choses. Après, je continue à être réservé sur ce lieu.

Par contre, au niveau des très grosses satisfactions, on citera, en premier lieu, le nombre restreint d’auteurs. Selon moi, au lieu de proposer une « grosse foire aux livres », se limiter à une douzaine d’auteurs, de Noir ou de BD, qui arrivent dès le vendredi soir et restent vraiment, contrairement à l’an dernier, jusqu’au dimanche, qui participent aux tables rondes de bonne grâce, jouent les prolongations le soir lors des concerts ou animations autour du festival me paraît, très honnêtement, la meilleure formule à adopter.

Ensuite, on citera la variété des points de rencontre à travers la ville ainsi que la mise en valeur de certains travaux réalisés par des élèves (désolé: le prof ne peut pas s’en empêcher) comme autre sujet de satisfaction.

De plus, selon les auteurs avec qui j’ai pu échanger, un autre point me paraît essentiel: ils ont beaucoup aimé l’accueil, la façon dont ils ont été « traités » tout au long du week end. Une sorte d’ambiance assez intimiste et détendue que j’ai également perçue.

Enfin, et pour terminer, on rappellera que Craig Johnson est un véritable professionnel, que Louis Sanders est aussi timide qu’abordable, que Philippe Georget aime bien discuter en off avec les lecteurs, qu’André Fortin est un homme adorable tout comme Pierre d’Ovidio. Les discussions que j’ai pu avoir avec eux ont été constructives et très souvent passionnantes.

Un bon week end donc…

Avant l’interruption des programmes, on va vous parler d’une sacrée déception d’ici samedi…