TB Blues..

S’inspirant d’un fait divers terrible et sanglant des années 30 qui avait, à l’époque, donné cours à de nombreuses supputations, Envoûtée est aussi l’occasion pour Megan Abbott de laisser l’univers des fifties qu’elle privilégie particulièrement.

bury me deepEn outre, l’auteur imagine, allant jusqu’à se glisser dans, voire sous, la peau de son personnage principal, une lecture toute personnelle de ce drame.

Marion Seeley, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est une jeune fille récemment mariée à l’étrange, et néanmoins protecteur, Everett Seeley, un médecin qui l’a arrachée à sa condition modeste et terne.

Ce dernier doit partir aux fins fonds du Mexique pour une durée importante. Il va y exercer sa profession mais ne souhaite en aucun cas que sa fragile épouse le suive. Ainsi, il va installer Marion à Phoenix dans une pension tenue par une vieille et vertueuse dame.

Même si Everett est absent physiquement la majeure partie du roman, il n’en délaisse pas pour autant totalement la jeune femme, lui assurant quelques revenus et lui donnant des nouvelles régulières.

Cependant, cela, à commencer par l’aspect financier, n’est pas suffisant et Marion doit trouver un emploi. Ainsi, c’est au sein d’une clinique de Phoenix qu’elle va occuper un poste de secrétariat. Elle y rencontrera Ginny et Louise, modèles de « femmes libérées » de l’époque, qui cohabitent et lui ouvrent rapidement les portes de leur appartement. Une sorte de portes de l’Enfer de la Perdition pour une Marion qui va découvrir tout un monde de fêtes nocturnes, de délires en tous genres, d’alcool qui coule à flots, de nuits blanches bruyantes et animées. C’est là qu’elle fera la connaissance de Joe Lanigan, séducteur ténébreux, marié à une femme frappée d’un étrange mal, manipulateur multi-cartes, qui possède un carnet d’adresses conséquent, notamment auprès des grands notables de la ville.

On l’aura compris : la fragile Marion va vite succomber. Pour son plus grand malheur…

Abbott, en adoptant exclusivement un point de vue interne en termes de modalités narratives, parvient à semer le doute dans notre esprit. En effet, n’ayant que le regard de Marion comme ouverture sur une histoire qu’on pourrait aisément renommer « Crépuscule d’une Ingenue », le lecteur s’interroge constamment, en permanence, se posant une question, finalement unique : Marion perçoit-elle les choses telles qu’elles sont ?

L’auteur américaine semble sous-entendre, néanmoins, que si Marion devient, bien à son insu, l’arme fatale d’une infernale machination, elle n’en demeure pas moins la représentation d’une étonnante personnalité qui ne demande qu’à se réveiller ou qui n’attend que l’adversité pour s’affirmer. Et c’est d’ailleurs ce qui va arriver lors d’un macabre voyage loin de Phoenix…

Ainsi, les derniers chapitres nous montrent, non seulement une héroïne bien différente de la naïve et fragile jeune fille des premières pages, endurcie par les mensonges, lucide quant à la part d’ombre des nombreux notables croisés au cours du roman, mais aussi un Everett Seeley, étonnant, surprenant jusque dans une preuve d’amour ultime…

Malgré quelques –heureusement assez rares– faiblesses qui font que le lecteur se détache parfois de ce qui se joue ici, l’ensemble présente une cohérence qui le ramène toujours au cœur d’une histoire sur fond de corruption de petite-bourgeoisie locale, de collusion entre les intérêts personnels qui produit un silence coupable mais terriblement arrangeant pour chacun des protagonistes…

Merci aux Editions du Masque pour l’envoi de ce roman…

 

Envoûtée (Bury me deep, 2009) de Megan Abbott (trad. Jean Esch), Le Masque (2013), 243 pages + postface de l’auteur

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~ par cynic63 sur 29/01/2014.

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