L’avérité…

Désolé pour le néologisme barbare mais, étant donné le ton de cette livraison Jigal, je me suis un peu lâché

Aïcha Sadia, commissaire marseillaise d’origine kabyle, ne se remet pas de la disparition de Sébastien Touraine, son collègue et grand amour de sa vie. Une seule chose semble la maintenir en vie: la certitude que ce dernier n’est pas mort noyé au large et qu’il finira par lui faire un signe.

En attendant, son équipe l’entoure et, en premier lieu, Théo Mathias, le légiste qui n’éprouve pas que de la compassion ou de l’amitié pour elle…

Aïcha ne néglige cependant pas, loin de là, son travail d’autant plus que certains condamnés pour longue peine, récemment sorti de prison, sont retrouvés décapités. Vite convaincue qu’il s’agit d’exécutions pures et simples perpétrées par des nostalgiques anti-abolitionnistes, l’équipe va concentrer toute son énergie pour stopper les agissements de ces « justiciers » d’un autre âge.

La chance apparaît alors sous les traits d’Abdel Charif qui sort d’une détention de 4 ans pour le meurtre de Chantal Guilloux. Ayant obtenu une remise de peine, Abdel qui a toujours clamé son innocence, malgré des aveux signés à l’époque, a bénéficié de rétractations de témoins plus très sûrs d’eux. Cependant, alors qu’il marchait dans la rue, on a tenté de l’enlever. Après avoir miraculeusement échappé à ses ravisseurs, il vient, non pas se mettre sous la protection d’Aïcha et de la police, mais proposer un véritable marché à celle-ci: il l’aidera non seulement à coincer ceux qui se substituent à la justice mais la mènera jusqu’à Sébastien si, de son côté, elle l’épaule afin qu’il établisse son innocence.

L’espoir de revoir son amour perdu faisant la décision, Aïcha accepte. Evidemment.

Gilles Vincent, à travers une intrigue simple en apparence, réussit une agréable composition ici. Personnages dépeints avec efficacité, péripéties narrées avec rythme et nervosité, émotions et sentiments retranscrits avec acuité, il parvient à maintenir notre attention tout au long de son roman.

Une des belles réussites de Parjures réside en ceci que l’auteur, là où on pourrait le taxer de facilité dans le démêlage des fils de l’histoire, nous réserve plus que des rebondissements. En effet, par exemple, si les adeptes de la peine de mort sont rapidement mis hors d’état de nuire – à une notable exception près– grâce à des détails que certains pourraient considérer comme trop « évidents », Gilles Vincent nous réserve de nombreux contre-pieds qui anéantissent nos certitudes tout comme celles d’Aïcha ou Abdel. Là où un suicidé « bienvenu » laisse derrière lui les traces de ses complices, un détail vient, quelques pages plus loin, nous indiquer qu’il nous faut emprunter une autre direction.

De plus, Gilles Vincent, sans verser dans le sentimentalisme béat, lorsqu’il est question de ce que les personnages éprouvent, ni dans le voyeurisme malsain lors des scènes violentes, aborde les choses de façon claire et pudique. Une écriture à la fois expressive et tout en retenue qui, si elle ne cherche aucun effet de style appuyée, se révèle agréable et fine.

Tournant autour de deux figures majeures – Aïcha et Abdel, comme on l’aura compris-, Parjures représente le récit d’une lutte, ou plutôt de luttes: pour la vérité, bien sûr, mais surtout pour l’espoir.

En outre, si les ultimes scènes finissent par détruire nos semblants de certitudes -sur les personnages, leur sincérité, sur l’histoire ou le sens que l’on doit lui prêter- Parjures nous donne à voir une réflexion, que l’on aurait aimé certes un peu plus poussée, intéressante sur la nécessité du mensonge, de la trahison ou encore le poids du non-dit.

Un roman attachant et certainement plus profond qu’il n’y paraît…

ps: Merci à Jimmy pour l’envoi de ce roman.

Parjures de Gilles Vincent, Editions Jigal Polar (2012), 204pages

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~ par cynic63 sur 22/09/2012.

4 Réponses to “L’avérité…”

  1. Bonjour
    J’ai bien aimé ce roman, même si certains lui ont reproché des incohérences.
    Amitiés

  2. Salut Paul,
    Quelques incohérences, c’est vrai mais l’essentiel ne réside pas vraiment là selon moi. Plutôt dans les contre-pieds, comme je disais, ou certaines pages tout en retenue. Amitiés!

  3. Tu es donc vivant. C’est rassurant. Content de te lire à nouveau. Parjures m’attends quelque part sur une étagère, il faut juste que je trouve le temps de le lire.

  4. ta chronique semble me faire comprendre que j’ai lu ce roman avec la même optique que toi, à très peu de chose près.

    Un auteur que je vais suivre, c’est certain.

    Je viens d’en établir la chronique, tu pourras constater que nous avons aperçu et apprécié les mêmes subtilités. Ca peut être une évidence… quoi que.

    Je vais suivre ton blog. Cordialement. Pascal

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