Back to the sixties…

Back up: assurer une partie musicale sur un enregistrement ou sur scène, derrière un artiste ou un groupe.

Tout commence par l’anéantissement physique des quatre membres du groupe anglais Pearl Harbour , le tout en quelques jours de l’année 1967 et en des lieux divers et éloignés les uns des autres. De morts violentes en suicides supposés, les décès des prometteurs musiciens de ce combo supersonique sont perçus par certains comme un malheureux concours de circonstances. Pour d’autres, il ne peut s’agir que de la conclusion tragique d’une aventure basée sur une consommation excessive de substances illicites.

Il en reste peu, comme Stern, un journaliste nord-irlandais, qui ne peuvent se résoudre aux conclusions hâtives des diverses forces de police dépêchées sur les lieux. Trop de coïncidences troublantes, trop de faits étonnants. Pour Stern, cela ne fait aucun doute: il n’y a aucun hasard dans ces morts…

A Bruxelles, en 2010, un homme est renversé près de la gare du Midi. Dans le coma, sans papiers d’identité, l’immense individu de près de 2 mètres, certainement un SDF, ne peut être identifié. Juste quelques lettres et chiffres au creux de la main. Etranges, énigmatiques…Après des semaines d’examens, l’équipe médicale diagnostique un Locked-In Syndrome, ou syndrome d’enfermement. Le patient est éveillé, conscient, entend tout, voit tout, comprend tout mais ne peut ni s’exprimer, ni bouger…

Dominique, un kiné, va tenter, à la clinique où celui que l’on appelle désormais « X-Midi » a été transféré, de rentrer en contact avec lui.

Le lecteur, lui, sera, par un choix d’écriture judicieux, privilégié car il aura accès aux paroles intérieures de l’accidenté qui va se livrer à une sorte de retour en arrière, à des confessions qui, petit à petit, nous feront non seulement comprendre qui il est mais surtout ce qui l’a amené dans cette chambre de clinique bruxelloise…

 

Colize traduit de manière convaincante les sentiments d’un homme né dans un milieu et un pays qui, a priori, ne pouvait le destiner au rock. On retrouve ainsi, avec réalisme et crédibilité, les réactions des adolescents francophones pour qui la progression sur trois accords allait bouleverser l’existence. Plus exactement: lui donner un sens.

Evidemment, on pourra nous rétorquer que l’on n’est pas très objectif, que l’on se sent « trop concerné pour être honnête », que les pages relatant le choc de l’écoute de la guitare tranchante, simplissime jusqu’au génie, de Chuck Berry a comme des accents de « déjà vécu », qu’on a reconnu des sentiments que l’on a éprouvés -et qu’on éprouve encore. Et alors?

Sans verser dans une excessive nostalgie béate et naïve ne reposant que sur une fausse vision des choses, Back up fait revivre le swinging sixties, par exemple, lui redonnant corps et forme, y compris dans ses aspects les moins reluisants. Le tout sans angélisme mais avec une crédibilité plutôt convaincante. On pourrait arguer que Colize verse dans le cliché mais, et c’est ce qui fait la force de cette évocation, il n’élude jamais le côté sombre, le revers de la médaille d’un temps et d’un milieu particulier, et pas du monde dans sa globalité à un instant défini. Drogue, défonce en tous genres, trahisons et personnalités creuses, destins interrompus en plein vol nuancent la toile réalisée par l’auteur.

En effet, si les sixties balançaient, étaient certainement l’une des périodes les plus riches et diverses du point de vue de la créativité, ceux qui les ont incarnées, façonnées, édifiées ont payé un lourd tribut. On rappellera, bien sûr, les tragiques destinées de Brian Jones ou d’Hendrix, pour ne citer qu’eux, fauchés par les excès mais on ne peut s’empêcher également de penser à Syd Barrett qui s’il n’est pas mort cliniquement au crépuscule des années soixante n’est jamais parvenu à redescendre d’un mauvais trip jusqu’à son récent décès…

Dans Back up, on suit surtout le parcours d’un homme dont on découvrira le nom dans les derniers chapitres de Bruxelles à Paris, de Londres à Berlin. Un parcours fait de rencontres, bonnes ou mauvaises, d’expériences, constructives ou destructrices, mais surtout de rendez-vous manqués et de pertes définitives.

Parallèlement à cette initiation rock and roll, l’auteur belge bâtit une intrigue reposant sur la théorie de la manipulation ancrant ainsi son oeuvre dans le thriller. Un genre pas forcément apprécié dans ces pages mais qui, avec un minimum de fond et de forme –comme c’est le cas ici– trouve grâce à nos yeux malgré, il est vrai, de nombreux grands écarts avec le réalisme et la vraisemblance.

Une construction impeccable, un mélange des voix, des thématiques qui raviront les fans, mais aussi ceux qui ne le sont pas- de la plus grande révolution culturelle du XX ème siècle – on assume et on revendique-, une écriture à la fois moderne et classique, Back up est un roman ambitieux et une belle réussite auquel on pardonnera les rares défauts.

On attend les avis, bien moins enthousiastes, du Vent Sombre et des Fondus…

ps: Merci à Pierre pour l’envoi de ce roman

Back up de Paul Colize, La Manufacture de livres (2012), 432 pages

Publicités

~ par cynic63 sur 30/03/2012.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :