Flics ou gendarmes???

On a déjà dit ici tout le bien que l’on pensait de la prose de Janis Otsiemi: prose imagée et verte, dialogues percutants et directs, vision lucide et désenchantée de l’état de son pays, le Gabon.

La dernière livraison du romancier, Le chasseur de Lucioles, ne changera pas ces jugements positifs.

A Libreville, sur une plage magnifique, est retrouvé le corps d’un homme assassiné. Sans papiers sur lui, ce dernier sera pourtant vite identifié: Joseph Obiang, un ancien adjudant-chef de la police. Les gendarmes chargés de l’enquête, étonnés et dubitatifs face à cette victime bien particulière, vont cependant être confrontés à de plus urgentes affaires. En effet, un transport de fonds a été braqué en plein jour dans les rues de la capitale et les réalisateurs de ce casse intrépide ont utilisé des armes lourdes. Loin de l’amateurisme de nombreux petits truands gabonais, les gangsters ont planifié leur coup avec minutie et ont, les gendarmes en sont persuadés, bénéficié d’appuis, de soutiens leur ayant permis de s’assurer une logistique infaillible.

A la même période, c’est le Libreville des prostituées qui est en émoi. Après le meurtre atroce dans un motel d’une Camerounaise qui exerçait le plus vieux métier du monde, c’est au tour d’une de ses « collègues » de connaître le même destin funeste. Des crimes si atroces que même des policiers aussi expérimentés et durs à cuire que Koumba ou Owoula ne parviennent que difficilement à garder leur sang-froid en arrivant sur les scènes de crime. Bien vite, d’autant qu’une certaine presse ne manquera pas d’en faire ses choux gras, une véritable psychose va s’emparer de la ville.

En à peine plus de deux cents pages, Janis Otsiemi parvient à évoquer de nombreux thèmes qui sont autant d’axes de vue, d’angles d’une caméra qu’il braque sur son histoire.

Consacrant de courts chapitres aux nombreux personnages peuplant son roman, l’écrivain gabonais réussit non seulement à bâtir une histoire reposant sur une double intrigue mais, et c’est là l’essentiel, arrive surtout à nous fournir une série de clichés –au sens photographique du terme– qui captent les tares ou les détresses qui touchent son pays.

En effet, si la corruption des forces de l’ordre atteint des sommets avec des Koumba et Owoula aux méthodes d’interrogatoires ayant déjà franchi la ligne blanche, si le sort des prostituées – les fameuses « lucioles »– est déjà terrible en soi, Otsiemi pointe également des blocages liés à la tradition ou aux luttes ethniques, phénomènes enracinés dans les profondeurs de la société gabonaise.

Le lecteur apprendra que les postes à responsabilités se distribuent selon un savant calcul de répartition-compensation en fonction des peuples composant le pays, que les intérêts personnels priment sur l’intérêt commun, que les plans de carrière se pensent et se construisent encore en vertu d’un positionnement par rapport au vieux système mis en place par Omar Bongo, le Grand Ami de la France. Et toujours le mal du siècle, le mal d’Amour qui contamine les forces vives d’un continent qui n’avait déjà pas besoin de cela.

Qu’on ne s’y trompe pas cependant: Otsiemi fait oeuvre de romancier, pas de militant ni de donneur de leçons. Il n’est, en outre, ni un journaliste, ni un sociologue qui décrypte une réalité. Par contre, il bâtit une oeuvre littéraire simple et convaincante afin de révéler cette même réalité.

Si on aborde le chasseur de lucioles sous l’angle générique du Roman Policier, il paraît évident que celui qui recherche le suspense risquerait de rester en rade: On sait très vite « qui a fait quoi et pourquoi »; la chose est entendue et est peu importante, même si le travail d’enquête des flics et des gendarmes n’est pas occulté.

Par contre, et entre autres, si on veut entendre le Français d’Afrique, si on veut se plonger dans le quotidien des gendarmes et des policiers gabonais, pourris ou pas, si on veut appréhender le pendant de la guerre des polices, version continent noir, si on veut approcher un petit pays pauvre malgré ses richesses naturelles, on y trouvera très largement son compte.

ps: Merci à Jimmy et à Jigal pour l’envoi de ce roman

Le chasseur de lucioles de Janis Otsiemi, Editions Jigal Polar (2012), 201 pages

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~ par cynic63 sur 14/03/2012.

2 Réponses to “Flics ou gendarmes???”

  1. Salut Cynic
    Tant de facettes sur Libreville en un seul roman, en effet ! Le polar africain est plutôt rare, qu’il fasse l’unanimité est d’autant plus encourageant.
    Amitiés.

    • Salut Claude.
      J’aime ce côté resserré chez Otsiemi, cette façon de dire en peu de pages beaucoup. Espérons que l’on découvre d’autres auteurs de ce continent très bientôt
      Amitiés

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