L’étudiant et le végétalien…

 

Voyage de quelques jours vers les Etats-Unis des années 80 avec l’assassin éthique. Une petite virée agréable sur un rythme soutenu…

Lem Atlick, le narrateur, est jeune et il a un objectif précis: intégrer une université le plus loin possible de la Floride, Etat d’où il est originaire et qu’il abhorre plus que tout. Ainsi, afin de payer des droits d’inscription que son beau-père ne veut pas acquitter, il a trouvé un boulot dans lequel il excelle et qui devrait lui rapporter suffisamment et vite. Lem vend donc des encyclopédies au porte à porte. Bobby, son chef d’équipe, le dépose le matin dans un secteur et le garçon a la journée pour refourguer son produit à des familles parfois désargentées. Qu’importe.

Lors de l’un de ces longs jours qui s’apparentent à une errance solitaire dans des coins minables de la Floride, Lem pense ferrer un joli couple de pigeons parfaits, habitants d’une drôle de cités composées de mobil-home. Au terme d’une négociation ardue, le chèque signé, mais pas encore en poche, le vendeur voit surgir sous les traits de Melford Kean, le grain de sable qui va faire basculer son destin. En effet, sans un mot et vif comme l’éclair, Kean va régler leur compte à Bâtard et Karen, les pigeons en question.

Un pacte va lier le futur étudiant à l’assassin: ce dernier le protégera si Lem accepte de ne rien dire. Il serait d’ailleurs simple pour le tueur de faire accuser le jeune homme qui a, bien malencontreusement et involontairement, laissé des traces sur un lieu désormais scène de crime.

En outre, petit à petit, à grands renforts de silences mystérieux et de discussions parfois obscures, Melford Kean, végétalien convaincu, se propose, en quelque sorte, de veiller et d’éduquer Lem, au point de le suivre jusque dans le motel où les équipes de vendeurs se retrouvent le soir.

L’assassin, qui récuse l’appellation de « meurtrier », ne communiquera les informations à son protégé qu’avec parcimonie, prétextant que ce dernier ne peut pas tout comprendre de suite et que certaines vérités révélées constituent un danger dont il est incapable de saisir la portée.

Le lecteur va alors suivre l’éducation spéciale de ce narrateur souvent drôle, réactif, parfois grande gueule et attachant. On croisera une galerie de personnages divers et dépeints efficacement par un auteur qui réussit à faire vivre ensemble avec cohérence un flic obsédé et imbus de lui-même, un chef d’équipe, image du winner des années Reagan, des anciens junkies ou des pédophiles qui n’osent s’avouer leur tendance, prétextant ne vouloir être que des mentors pour des gosses délaissés.

Grinçant, ironique ou sarcastique, Liss aborde une certaine Amérique et certains des principaux défauts de ses compatriotes. Jim Doe, le flic déjà évoqué, persuadé que les femmes ne peuvent que raisonnablement craqué pour son physique de beau mâle, sera touché dans ce qu’il considère comme constitutif de sa force et de son pouvoir comme d’autres seront entraînés par leurs vices aux fins fonds des abysses…

Roman d’apprentissage sur un jeune homme qui pensait pourtant en avoir suffisamment bavé lors de son enfance, L’assassin ethique propose, à travers ces longs dialogues entre Lem et son étrange guide, une réflexion sur la cause animale comme sur la malbouffe ou les activités délictueuses camouflées derrière des paravents de commerce « légal ».

Bien trop décalé et loufoque pour se ranger sur les rayons des « thrillers effrayants », et ce malgré les morts violentes, expéditives ou horribles dans les ultimes pages, Liss a composé un récit dans lequel les descriptions convoquent les sens, où la touffeur du climat le dispute aux odeurs obsédantes et tenaces.

Non dénué de réflexion, malgré la rhétorique parfois lourde, mais souvent intéressante, de Kean, ce roman remplit parfaitement une double fonction: distraire et éveiller l’esprit à travers une excellente histoire servie par un style enjoué.

Une bonne surprise…et un renvoi à Yan qui a aimé aussi:http://encoredunoir.over-blog.com/article-l-assassin-ethique-de-david-liss-99807852.html

ps: Merci à Anne et aux Editions Lattès pour l’envoi de ce roman.

L’Assassin éthique (The Ethical assassin, 2006) de David Liss (trad. Nicolas Thiberville), JC Lattès (2012), 435 pages

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~ par cynic63 sur 05/03/2012.

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