Entretien avec Cathi #2

Suite et fin de l’interview de Cathi Unsworth par Christophe Dupuis (traduction assurée par Marthe Picard)…

On y apprend que croiser Mick Jones dans la rue peut avoir une influence, qu’Estelle de chez Asphalte lui est, en quelque sorte, redevable, que Coldplay est bien le groupe le plus ennuyeux de Grande-Bretagne, que les liens entre Thatcher et Blair ne sont pas une vue de l’esprit de « sales gauchistes »…

Encore merci à Christophe!!!

Ensuite, vous compilez des nouvelles noires. « Ce que vous tenez entre les mains n’est pas une anthologie de nouvelles noires qui se déroulent à Londres, mais plutôt une anthologie de récits qui sont Londres. » Comment cela s’est-il fait ?

Là encore, via la musique. Pendant ce que j’appellerais la « ruée vers l’or post-Nirvana » du début des années 1990, quand toutes les majors signaient des groupes de guitares, j’ai interviewé plusieurs fois un groupe qui s’appelait Girls Against Boys, quand ils étaient chez Touch & Go, le label indie de Chicago, avant de signer chez Geffen. Le bassiste, Johnny Temple, a investi l’argent qu’il avait gagné à cette époque dans une maison d’édition, Akashic, située dans son Brooklyn natal. Il a commencé à sortir des textes noirs et punks, et il a lancé une collection d’anthologies consacrées à des villes, en commençant par Brooklyn noir il y a dix ans environ. J’étais restée en contact avec Johnny, je parlais de ses livres dans ma rubrique, et finalement, quand sa collection s’est agrandie, il m’a demandé de diriger l’édition londonienne. Ce fut un réel plaisir pour moi, et le recueil s’est vendu dans cinq pays, donc ça a plutôt bien marché.

Est-ce vous qui avez nommées les quatre parties du recueil (chacun des titres faisant référence à un morceau des Clash) ?

Oui. Toutes les anthologies de la collection sont structurées en parties comme celles-ci, et je me demandais comment organiser les miennes une fois que j’aurais toutes les nouvelles. C’était un dimanche après-midi ensoleillé et je suis partie me promener sur Portobello Road à la recherche de l’inspiration. Dans la rue, j’ai croisé Mick Jones et j’ai connu un instant « eurêka ». Évidemment ! Quatre morceaux des Clash. C’était parfaitement cohérent, vu que l’ensemble était publié chez une maison punk et rassemblait des tas d’auteurs punks. On peut toujours compter sur Portobello Road !

Dans l’ensemble, c’est sympa de compiler des nouvelles ?

C’était fantastique. Il y avait beaucoup de gens que je connaissais déjà : Joolz Denby et Barry Adamson de l’époque de Sounds, la plupart des autres de quand j’étais chez Bizarre. Il y avait aussi quelques petits nouveaux : Daniel Bennet, qui m’a été recommandé par l’éditeur de Strange Attractor Mark Pilkington, et Michael Ward que j’ai moi-même encouragé et qui n’avait jamais été publié auparavant. Je trouvais que c’était important, d’avoir du sang neuf dans l’anthologie, et je pense que leurs textes sont de la même qualité que ceux d’écrivains établis tels que Ken Bruen et Patrick McCabe. Le tout forme un groupe d’auteurs hétéroclite, ésotérique, qui écrivent d’un point de vue extérieur au milieu, et je les adore vraiment. Voilà pourquoi j’ai utilisé cette formule latine en exergue du livre : Sic gorgiamus allos subjectatos nunc (nous aimons nous repaître de ceux qui voudraient nous soumettre). Tous les fans de la famille Addams comprendront pourquoi !

Ce livre sort en français chez Asphalte, sympathique maison d’édition et visiblement, vous avez créé des liens avec eux (enfin, elles !)… vous nous en dites un peu plus ? Et Estelle aussi, s’il te plaît…

J’étais vraiment enchantée de rencontrer Estelle et Claire, qui avaient un projet prometteur de maison d’édition en tête et assez de motivation et de jugeote pour la mettre sur pied. Elles sont tellement jeunes, et branchées. J’adore cette idée de l’Asphalte, liée à la route, à l’esprit d’aventure. C’est le vrai esprit DIY du punk, j’adore ce genre de choses et je suis très contente de travailler avec des filles aussi cool. J’ai beaucoup de chance, tous mes éditeurs sont des gens qui pourraient être des amis, je n’ai pas l’impression d’être dans une relation de travail avec eux.

Estelle : Il y a eu trois rencontres avec Cathi, en fait. La première, la grosse claque en lisant Au risque de se perdre, la deuxième, par mail, lorsqu’avec Claire on a commencé à mûrir le projet de monter Asphalte : fan de son premier roman, j’avais voulu me renseigner ce qu’elle avait écrit d’autre. C’est comme ça qu’on est tombées sur son London Noir. Ce qui nous a amenées jusqu’à Akashic Books et à la collection des villes noires ! Nous devons donc beaucoup à Cathi, c’est en suivant sa trace, si l’on peut dire, que nous avons trouvé qui allait donner naissance à nos Asphalte Noirs. On s’est échangé énormément de mails, avec Cathi, jusqu’à ce qu’elle me prévienne qu’elle était de passage à Paris. On s’est rencontrées pour la troisième fois, donc, « en vrai », bonne bouffe and co, nous en étions aux tous débuts d’Asphalte, aucun livre n’était paru, pas de diffuseur, pas grand-chose en fait, sauf ce partenariat avec Akashic. Cathi nous a prodigué des tonnes d’encouragement, ce qui, bien évidemment, nous a boostées ! Puis revues avec enthousiasme pour la lancement en librairie de Londres Noir en octobre dernier, qui a été une soirée mémorable. Et j’espère que ça ne s’arrêtera pas là !

Et arrive le deuxième livre Le Chanteur. Il paraît que le deuxième peut être plus difficile car on a tout donné dans le premier. Cela a-t-il été le cas ?

Pas du tout. Le Chanteur a été beaucoup plus facile à écrire que Au risque de se perdre. C’est le suivant, Bad Penny Blues, qui m’a donné du fil à retordre, mais on y reviendra. Le Chanteur est en fait celui de mes livres que je préfère, et il s’est pratiquement écrit tout seul. Je crois que c’est parce que l’idée était en moi depuis très longtemps, c’est un peu comme si j’avais été enceinte de ce livre pendant vingt ans et qu’il était sorti d’un coup, vu qu’il m’a pris moins d’un an à écrire. Il a une portée bien plus large que le précédent, puisqu’il se passe à deux époques, ce que j’ai vraiment aimé faire, et je pense aussi qu’il dépeint une image assez précise de ce que c’est que de travailler dans la musique, les débuts prometteurs et les fins de carrière en naufrages. Dans les livres écrits par des gens qui n’ont aucune idée de ce à quoi ressemble ce monde – comme La Terre sous ses pieds de Salman Rushdie par exemple – il y a des clichés à faire grincer les dents sur ce que les gens s’imaginent du milieu. Dans Le Chanteur, il y a tout mon amour pour les personnes brillantes et inspirantes que j’ai rencontrées au sein de ce milieu, ainsi qu’un avertissement contre les forces plus obscures qui l’habitent.

Eddie, parlant du livre qu’il cherche à écrire, dit : « Le livre que j’essayais d’écrire se modifiait avec chaque interview… » Vous, lorsque vous écrivez, vous avez un plan fixe ? Ou alors tout peut bouger ?

Je n’ai jamais de plan fixe, sauf pour Bad Penny Blues, qui s’inspire de faits réels, ce qui m’oblige à respecter une certaine chronologie. Je pense que ça ruine l’intérêt de l’écriture, que le voyage est aussi important que la destination, que la moitié du livre est déjà écrite dans votre subconscient, peut-être même en entier, et il faut trouver un moyen de le faire sortir de là. Pour tous mes livres, la recherche documentaire que j’effectuais donnait de nouveaux contours au roman. Quand j’ai commencé à écrire Le Chanteur, je ne savais pas que le personnage de Donna allait exister, mais elle s’est plus ou moins imposée au fil des pages et elle est devenue le personnage pivot sur lequel tout repose. Je ne savais pas comment le livre allait se terminer jusqu’à ce que j’écrive la fin, donc si elle m’a surprise, j’imagine que ça doit être un vrai coup de théâtre aussi pour le lecteur ! On dirait un peu un cliché d’écrivain, que les personnages prennent le pouvoir et écrivent l’histoire à votre place. Mais croyez-moi, là, c’était tout à fait le cas. Si j’avais fait un plan avant d’écrire le livre, je serais peut-être complètement passée à côté de Donna. Je crois vraiment au laisser-aller de la conscience pendant l’écriture. Je fais bien plus confiance à mon subconscient.

Vous faites le portrait de Gavin Granger, photographe de légende : « Les portraits de Granger ressemblaient à ses sujets, ils avaient un côté écorché vif, comme s’il était effectivement parvenu à saisir un morceau d’âme avec le déclic de son obturateur. » S’il y avait un photographe de légende pour vous, ce serait lequel ?

S’il ne devait y en avait qu’un à notre époque, ce serait Dennis Morris, et ses photos des Sex Pistols (que vous pouvez voir dans le livre Destroy). Désolée, Pennie Smith !

Avec ce livre-là, vous remontez encore le temps, la fin des années 1970, la vague punk et Eddie qui se plaint : « Eh bien, tu viens quand même de passer la soirée à m’expliquer pourquoi c’était mieux il y a vingt ans. J’ai vingt-neuf ans et le truc le plus dingue auquel j’aie assisté, c’est quand ma grand-mère a pété les plombs pendant les soldes de janvier. » Vous n’étiez pas loin de l’âge d’Eddie en 2001, date où se situe une partie du roman, alors qu’en pensez-vous ?

Que je pense comme Eddie ! À cette époque, il n’y avait aucune musique autour de moi, aucun nouveau son qui me branchait. J’étais plongée dans David Peace à la place, il faisait ce que les nouveaux musiciens auraient dû faire mais n’ont pas fait. Comme dit Eddie dans le livre, la musique s’est transformée en une industrie au marketing agressif ciblant les gamins de huit ans – je ne me suis toujours pas remise des Spice Girls. Ou du groupe le plus embarrassant jamais sorti des îles britanniques, Coldplay : leurs hymnes plaintifs et incohérents pleins d’auto-apitoiement et leur choquante absence de style m’ont convaincu que le pays avait entièrement sombré dans l’effondrement mental, probablement la déchéance finale après les horribles années ecsta. On était inondés de groupes qui soit ressemblaient à une soirée karaoké spéciale U2, soit étaient les joujous d’une nouvelle vague d’éminences grises type Louis Walsh et Simon Cowell, qui ont utilisé les méthodes des impresarios de la Tin Pan Alley1 des années 1950 couplées au Libéralisme Appliqué À L’Économie, avec pour résultat un empire commercial qui s’est emparé du monde.

Cela semblait si éloigné du punk, de la créativité DIY de cette époque. Je travaillais à Camden à l’époque (j’y travaille toujours), et à l’endroit où les Clash répétaient, où des gosses vendaient leurs propres vêtements ou fondaient leur propre label, dans le marché de Camden, il y avait des tas de délinquants juvéniles qui vendaient de la drogue. J’avais envie de leur hurler : SOYEZ CRÉATIFS, MONTEZ UN GROUPE, NE TRAÎNEZ PAS LÀ EN ATTENDANT DE VOUS FAIRE ARRÊTER – mais bien sûr, je n’en ai rien fait, ils m’auraient probablement flanqué un coup de couteau. Enfin, ça me semblait tellement triste que cette génération entière fiche ainsi sa vie en l’air, à l’endroit même où une autre génération avait pris la sienne en main.

Je connaissais de nombreuses personnes dont la vie avait changé dans le bref laps de temps que le punk leur avait laissé, et j’utilisais leurs histoires pour montrer à quel point la vie était différente alors. La moitié du livre se situe juste avant un événement clef qui a changé la société britannique pour toujours – l’élection de cette sorcière de Thatcher – et l’on peut voir les conséquences de sa politique, son héritage social, par la fenêtre de chez Eddie. « Des enfants élevés par la vidéosurveillance », c’était une phrase qui me plaisait beaucoup.

Comment avez-vous travaillé pour rendre l’ambiance de l’époque ? Car comme le dit un des protagonistes, « il était capable de rendre le passé très vivant », et ça résume très bien votre livre.

Eh bien, même si je suis plus jeune que Steve, Donna et les autres, j’étais là à la fin des années 1970, et je me souviens de cette période pratiquement comme d’un âge d’or. Ça va peut-être sembler tiré par les cheveux, mais quand les douze coups de minuit ont sonné le 31 décembre 1979, je savais que j’avais déjà vécu la meilleure décennie que j’allais passer sur terre. J’avais dix ans en 1978, donc à la fin de la décennie, j’abordais tout juste une adolescence pénible et mes souvenirs sont particulièrement vivants.

Mais dans ce roman – tout comme dans le premier – ce ne sont pas que les ambiances musicales ou vestimentaires qui sont très bien rendues, il y a aussi une belle sociologie de certaines villes à l’époque (on pense à Stevie et son quartier, Hessle Road. « “Hezzle Road” comme disaient les gens du crus […] et “les poissardes”, une sous-espèce propre à Hull ») et quartiers londoniens aujourd’hui (« Si aujourd’hui Camden se situait quelque part entre un asile d’aliénés et un établissement pour jeunes délinquants en plein air, Ladbroke Grove s’était bel et bien embourgeoisé ») – analyse de Londres qu’on trouvait déjà dans Au risque de se perdre (« Avec le temps, on apprenait à s’orienter dans le chaos londonien, à découper la capitale en secteurs qui formaient quasiment des villages »). Comment avez-vous travaillé ?

Ma connaissance de Ladbroke Grove et de Camden vient du fait que je vis dans le premier et travaille dans le second depuis vingt ans – j’ai vu beaucoup de choses changer dans ces quartiers. Londres a l’air d’être une immense étendue quand on y débarque, mais elle se décompose ainsi en différents secteurs par la suite. Je connais beaucoup de gens du voisinage et ces quartiers ont toujours l’air de villages, malgré les nouveaux venus de la jet-set. Il suffit de rester assez longtemps à un coin de rue pour que l’ancien endroit reprenne ses droits – comme le jour où j’ai vu Mick Jones alors que j’avais vraiment besoin de cette inspiration.

J’ai situé le début de l’histoire de Blood Truth à Hull, car j’ai de la famille là-bas et je connais assez bien la ville, la façon de parler. Mon mari a grandi là-bas et il m’a bien aidée pour les dialogues, il m’a emmenée dans tous les endroits où j’ai placé l’intrigue. Hull est une ville étrange, un peu à part du reste du Yorkshire, dont elle est séparée par l’estuaire du Humber et la Mer du Nord. Contrairement aux autres grandes villes du comté, elle n’a pas fait fortune dans le textile et la laine, ça a toujours été une cité dépendante de la mer, et une enclave rebelle – les prémices de la première révolution anglaise, la guerre civile, ont été conspirées dans le pub The Olde White Harte qui est toujours là, dans la seule partie de Hull qui n’a pas été anéantie par les bombardements pendant la guerre. Je m’intéresse beaucoup à l’Histoire et à sa manière de se répéter, aux gens qui forgent l’identité d’un endroit. Philip Larkin est probablement mon poète moderne préféré et il adorait les grandes étendues de ciel au-dessus de Hull, il aimait se sentir isolé. David Hackney a récemment déménagé de Los Angeles à la vieille maison de sa mère, à Withernsea, non loin de Hull, et il a produit des toiles extraordinaires influencées par la lumière, l’espace et l’atmosphère de la région. J’aime m’imprégner de l’esprit d’un lieu, de m’y promener en absorbant tout.

En parlant de Londres aujourd’hui, je ne me rappelle plus la phrase de Martin Amis sur la rue où l’on habite et le succès (nous c’est Séguéla et la Rolex à cinquante ans)… mais vous, quel quartier habitez-vous ?

Martin Amis disait cela de Bleinheim Crescent W11, où vit Gavin Granger. En fait, je ne vis pas très loin de là, mais c’est parce que j’ai acheté mon appartement en 1993, lors du dernier effondrement de l’immobilier, sinon je n’aurais jamais pu me permettre de rester dans le quartier. Les prix ont quadruplé ces vingt dernières années. Ma génération est la dernière à avoir pu se permettre un tel achat, toutes les suivantes se sont vu retirer cette possibilité par les bons soins de ce cher New Labour.

Sur Londres et la musique, il y a une belle phrase : « Le Londres du rock : un gruyère dont les trous étaient des failles temporelles… » Alors pour vous, quelles sont les plus belles failles ?

Ladbroke est ma préférée, parce que le marché de Portobello Road est toujours en pleine animation et que c’est le plus grand mélange de cultures cosmopolites à Londres. Je pense que j’ai déjà donné quelques exemples de son attrait qui perdure. Puis vient Camden, qui heureusement n’est plus maintenant aussi sinistre qu’il l’était à l’époque décrite dans Le Chanteur : de nouveaux bars et de nouvelles salles de concert semblent avoir changé la donne, et c’est tant mieux. Partout où il y a de la musique et un marché de rue, on ne peut pas vraiment se tromper.

Lorsqu’on quitte l’Angleterre c’est pour les États-Unis, la tournée des Blood Truth et quelques scènes particulièrement angoissantes tel le concert au Cropper’s Lounge de Norfolk, Virginia… tout cela est très angoissant…

La scène est tirée d’un fait réel, qui est arrivé à mon ami Billy Chainsaw, quand il travaillait avec Siouxsie and the Banshees. Ils sont allés dans un bar à Birmingham, Alabama, et il y avait ce redneck qui regardait Billy de travers. Billy fait presque deux mètres de haut, avec de longs cheveux noirs, une barbe et un chapeau de cowboy, il est plutôt impressionnant. Le gars lui demande d’où il vient, et il se trouve que Billy est de Birmingham en Angleterre. Il lui demande ensuite s’ils sont du même avis qu’ici à Birmingham en Angleterre, et il dessine à la bière, sur le comptoir, les lettres KKK avant de les essuyer avec sa main. Billy m’a dit qu’il ne s’était jamais senti aussi menacé de sa vie. C’est le genre de choses qu’on ne peut pas inventer, et j’en aurais été incapable, je savais que ça avait eu lieu. Mais il suffit de regarder l’Amérique d’aujourd’hui, si binaire, et toutes les conneries qu’on balance sur Obama, du racisme à peine voilé, pour voir combien cette façon de voir est profondément ancrée. Pas étonnant que tant de jazzmen soient partis à Paris !

Dans la version française, il y a une bande originale à la fin, mais pas dans ma version poche anglaise. Alors est-ce un ajout spécialement pour nous ?

Oui, c’était l’idée géniale d’Estelle et Claire, tout le mérite leur en revient !

Et lorsque vous écrivez, c’est plutôt en musique ou dans le calme ?

Je viens de finir de travailler sur un livre qui se passe en 1984 et 2003, dans lequel on trouve en particulier de la musique de 1984, donc j’ai écouté pas mal de New Model Army, Crass, Spear of Destiny, The Mob, Echo and The Bunnymen, The Sisters of Mercy, The Banshees, tous les disques que j’ai aimés cette année-là, quand j’avais seize ans. Comme on disait plus haut, c’est une sacrée faille temporelle. J’aime vraiment écouter cette musique, parce que je sens qu’elle m’ouvre sur le monde que je suis en train d’écrire. Comme j’ai appris mon métier dans un bureau où il y avait toujours de la musique à fond, ça ne me distrait pas pendant l’écriture, ça fonctionne comme du carburant et de l’inspiration.

Quels sont les disques qui tournent sur votre platine en ce moment ?

Cesarians I par The Cesarians : mon nouveau groupe londonien préféré, que je recommande chaudement. J’ai aussi pas mal écouté Leader of the Starry Skies, un album tribute à Tim Smith, chanteur des Cardiacs, qui est à l’hôpital, gravement malade ; le disque a été enregistré pour lever les fonds afin qu’il puisse être hospitalisé à domicile, et attirer l’attention sur son catalogue. Du coup, j’ai aussi écouté pas mal de ces albums-là, en particulier Sing to God des Cardiacs et Pony du side-project Spratley’s Japs. Le double album Anthology de New Model Army a pas mal tourné sur la platine lui aussi. Et les dimanches matins, j’aime écouter la Fantaisie sur un thème de Thomas Tellis de Ralph Vaughan Williams, et rêver que je suis dehors, à la campagne, à regarder les hirondelles virevolter dans un ciel bleu au lieu de cette pluie constante et grise qu’on a depuis cinq mois…

Votre premier livre, c’était Londres et les années 1990, celui-ci la fin des années 1970 et dans le dernier, Bad Penny Blues, ce sont les années 1960… mais où vous arrêterez-vous ? Vous nous dites quelques mots de ce livre ?

Bad Penny Blues a été le livre le plus difficile à écrire, mais c’est aussi celui que je suis le plus heureuse d’avoir réussi à terminer. Il évoque une série de meurtres non résolus qui a eu lieu dans mon quartier de 1959 à 1965, quand Ladbroke Glove était un haut lieu de la prostitution londonienne. Toutes les victimes étaient des filles qui avaient été cueillies là-bas, puis leurs corps nus et étranglés étaient retrouvés dans la Tamise, ou non loin, plus à l’ouest, entre Chiswick et Mortlake, qui porte bien son nom. Le tueur a été surnommé Jack the Stripper (Jack le Déshabilleur) par une presse tabloïd sur laquelle on peut décidément toujours compter. Il n’a jamais été retrouvé et, malgré la plus grande chasse à l’homme de l’histoire de la Metropolitan Police2, l’affaire semble avoir complètement disparu de la mémoire collective. Écrire ce roman a été le plus grand défi de ma vie, et pendant les deux ans que m’a pris son écriture, j’ai appris des choses qui continuent à me stupéfier.

Quand à m’arrêter un jour, impossible, à moins qu’on débranche ma prise…

1 Nom donné à la musique populaire américaine de la première moitié du XXe siècle.

2 Force de police opérant dans le Grand Londres.

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~ par cynic63 sur 06/12/2011.

6 Réponses to “Entretien avec Cathi #2”

  1. J’ai Londres Noir alors que j’étais en vacances à Londres. Le recueil avait pris une toute autre dimension car je me sentais au cœur des récits. L’ambiance locale a donné un goût particulier …Concernant « Bad Penny Blues », est-ce tu connais la date de sortie en France ?

  2. Merci Mr Christophe Dupuis et merci Mr Cynic63 pour la deuxième partie de cette interview. L’anecdote de Billy Chainsaw est excellente même si elle fait froid dans le dos, c’est une scène qui me fait penser au film Délivrance, je ne sais pas pourquoi…. Dans la première partie elle parlait aussi de Jake Arnott, je propose qu’une pétition soit lancée pour que premièrement 10/18 se décide à rééditer la trilogie « Crime Unlimited », « Crime Song » et « True Crime », c’est une honte de laisser ces livres épuisés, et deuxièmement un éditeur français traduise ses deux autres livres « Johnny Come Home » et « The Devil’s Paintbrush »…
    Bonne continuation et bon week end, je vais me plonger dans « Le jour du fléau », les critiques ici et là me poussent à le lire.

    • Merci pour la visite et les pistes données sur Arnott!!!!
      Le jour du fléau est très bien reçu, en effet, mais pas encore lu de mon côté

  3. Après une enquête minutieuse et des interrogatoires plus ou moins musclés, j’ai une bonne nouvelle : « Bad penny blues » est prévu pour avril 2013 chez Rivages ! Avec les nouveautés prévues pour le début de l’année (notamment le magnifique « Mémoire morte » de Westlake le 11 Janvier, roman noir datant des années 60, publié après sa mort aux Etats-Unis en 2010…), il ne faudra pas patienter tant que ça…Et pour les anglophones, son quatrième roman « Weirdo » est annoncé lui aussi pour Avril.
    Joyeux Noël et Bonne année !

  4. […] C’est un magnifique roman basé sur les meurtres de Jack the Stripper à Londres, certains critiques l’appellent le « Dahlia noir » de Cathi Unsworth, je me souviens qu’elle en parle dans la super interview en deux parties chez Cynic de Noirs desseins (partie 1 de l’interview, partie 2) […]

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