Des nouvelles d’Arizona…

Première ici, mais certainement pas dernière, avec une chronique consacrée à un ouvrage – dans une mise en page superbe- paru chez 13E Note Editions. Et c’est de Regarde les hommes mourir de Barry Graham, un Ecossais installé à Phoenix, qu’il est question.

En deux récits et une postface, l’auteur évoque des destins de personnages violents mais aussi pose un regard effrayant sur l’Arizona et son attitude quant à la peine de mort, entre autres.

Dans Tu finiras par devenir fort, un narrateur, qui restera anonyme jusque dans les ultimes pages, raconte la vie et la mort du Kid, un américano-mexicain de la troisième génération, glaçant et rancunier dès ses premières années, élevé au sein d’une famille pauvre, économiquement, intellectuellement et affectivement. Un parcours de vie, de mort, narré par Graham avec toute la froideur et une absence quasi-totale d’analyse psychologique poussée qui la rend encore plus inquiétante.

Avec Homme de paix ou homme de guerre, on change complètement de registre et de mode de narration. Andy Saunders, un ancien combattant de la guerre du Golfe semble avoir retrouvé un brin de sérénité: il vit avec Janine, donne des cours d’auto-défense, fait partie d’un groupe de musique punk, a monté une petite entreprise de réparations sanitaire et domestique. Tout va bien pour lui. A quelques détails près, bien sûr, à commencer par ce désaccord entre lui et Janine au sujet de ces leçons qu’il prodigue. Pour elle, tout cela participe à la paranoïa générale qui engendre encore plus de violence. Pour lui, il ne s’agit que d’être prêt en cas d’agression dans une ville qui semble se nourrir, croître et prospérer, si on ose dire, dans le crime.

 

Violence considérée comme substance même de l’existence et souvent déconnectée de celui qui la subit, les récits de Graham fonctionne comme des petites bombes à retardement car tout est souvent contenu dans les chapitres inauguraux. On sait, par exemple, avant le fin du Prologue que le Kid est mort mais aussi pourquoi. En gros. Sans misérabilisme ni apitoiement, Barry Graham raconte des trajectoires, des destinées marquées certes par le déterminisme-social et familial– mais dont on comprend également qu’elles n’ont pas pris la bonne direction lors des croisements que tout un chacun rencontre sur la route de l’existence. Le Kid aurait pu mieux finir, malgré le désamour de sa famille, son inquiétante propension à user de la ruse et des coups. S’il n’a, bien souvent, pas effectué les bons choix, il a été, en outre, « victime » –terme sans aucune connotation morale ici– des circonstances, entraîné dans une spirale dont il n’a jamais su se sortir.

La mort, Andy l’a donnée étant soldat. Il ne la vénère pas, ne l’érige pas en valeur suprême. Il en tient compte et entend bien en repousser les assauts, ici et maintenant, dans sa nouvelle vie civile. Qu’elle se rappelle à lui loin de l’Irak, par le biais de décès mystérieux de proches, va le faire réagir, chercher à comprendre. Et ce qu’il va découvrir va le laisser coi. Bien entendu.

Il y a chez Barry Graham un sens du récit rythmé indéniable, une tendance à parsemer de petits détails du quotidien les histoires dans lesquels ses personnages sont engagés, une force simple de dialogues si évidents qu’ils en deviennent brillants. En outre, si, comme on l’a déjà dit, le destin du Kid est scellé des les premières pages, celui d’Andy réserve des surprises dans les ultimes chapitres tant ce dernier va se trouver bouleversé, retourné par une vérité qui va renverser notre lecture.

Mais, et il ne faudrait pas omettre cela: Graham dépeint un univers, une ville qui est « un tas de fumier politique et social », dans laquelle seuls les SDF ne possèdent pas de véhicules tant elle est conçue pour la civilisation de l’automobile, décrit un Etat où l’exécution est perçue comme l’ultime solution, un summum de justice. A cet égard, la postface de l’auteur, qui a assisté des condamnés dans leurs derniers instants, est édifiante.

On ne saurait trop vous recommander la lecture de ces « contes cruels », de ces drames américains, servis par une langue ne reculant pas devant les expressions triviales, sans néanmoins en abuser, ou n’hésitant pas à l’explicite de scènes érotiques crues mais sensuelles.

 

Regarde les hommes mourir (Dark heat, 2010) de Barry Graham (trad. Dorothée Zumstein), 13e Note Editions (2011), 350 pages

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~ par cynic63 sur 22/11/2011.

4 Réponses to “Des nouvelles d’Arizona…”

  1. Je l’avais repéré (la couv ne laisse pas indifférent) et tu me confortes dans l’idée tenter cette noire aventure…

  2. Merci!

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