Past is always here…

« Belfast, le vendredi 11 novembre, 16h00 locale, à l’entrée de l’Europa Hotel. »

C’étaient l’heure et le lieu du rendez-vous que m’avait donné Sam Millar lorsque je l’avais sollicité quelques semaines plus tôt, sachant que je me rendais dans la capitale nord-irlandaise pour le week end.

Sous une pluie diluvienne et dans un jour qui a déjà très largement décliné, Sam s’excuse d’entrée pour les 10 petites minutes de retard qu’il a…

On entre et on s’installe dans le magnifique lounge bar de cet hôtel que tous les habitants de Belfast connaissent. « A une époque, l’IRA le faisait exploser régulièrement » précise l’écrivain…

La conversation s’engage de manière informelle mais je prends quand même quelques notes, histoire de pallier mes lacunes en anglais et  une mémoire qui va très certainement défaillir au bout de trois jours de folie irlandaise…

Après quelques civilités d’usage –on ne se connaît que par mail-, on en vient très vite à l’actualité de l’auteur. « J’étais juste à un rendez-vous avant de te rejoindre. En fait, je voyais le metteur en scène de ma pièce qui va être représentée ici en début d’année prochaine ».

Brothers in arms, la pièce en question, évoque le conflit nord-irlandais à travers le parcours de deux frères, tous les deux engagés pour la cause des Républicains, mais qui ont suivi des voix différentes pour atteindre leur but. L’un d’entre eux a passé plus de quatorze ans en prison pour ses positions radicales, a vu son mariage s’effondrer et sa santé se détériorer suite à son enfermement. L’autre, après un court séjour en détention, est devenu un politicien en vue, un espoir du Sinn Fein.

Ce qui réunit à nouveau les deux frères, c’est le décès de leur père qu’ils viennent veiller avant ses funérailles. Les rancoeurs, personnelles et idéologiques, resurgissent lorsque l’on évoque ce qu’il faudra prononcer en guise d’oraison funèbre. La mère, présente, ne dira rien jusqu’à la fin…

« Il y a pas mal de problèmes pour monter cette pièce. Notamment par rapport aux autorités… »

Evidemment, quiconque connaît Sam Millar sait pertinemment qu’il y a beaucoup de lui-même dans cet affrontement fraternel.

Ce qui nous donne l’occasion d’évoquer la situation actuelle du pays: le centre de la capitale ne portant pas les stigmates de la lutte que se livrent les deux communautés- du moins pour moi qui la découvre-, je ne peux m’empêcher de demander à Sam si je fais fausse route. Pour lui, si, effectivement, de petites améliorations existent bel et bien, il estime que les politiciens ont quelque peu trahi le peuple, au point qu’il évoque même, en guise de parallèle, une sorte d’Animal Farm.

Conscient que les jeunes générations emprunteront certainement des chemins moins chaotiques que le sien pour mettre en avant ce qui reste pour lui une revendication sociale et territoriale, Millar ne regrette rien. Ses longues périodes de prison, en Irlande du Nord mais aussi aux Etats-Unis, ses choix, ses amitiés –il était voisin de cellule de Bobby Sands-, sa nouvelle vie beaucoup plus calme, sans alcool, sans clopes, autour de sa famille. De tout cela, il parle toujours avec sérénité, humour même, sans fard, comme sans l’arrogance du héros. Millar est entré dans l’IRA par conviction, par tradition familiale également mais surtout par colère. « J’ai assisté au Bloody sunday adolescent. C’est là que tout a basculé en quelque sorte ».

« Tu sais, je me sens même un véritable écrivain depuis le pénitencier aux E.U » souligne-t-il.

Car Millar est aujourd’hui un romancier, un écrivain qui revendique les aspects les plus sanglants –j’avais écrit gore même– de son oeuvre comme autant d’éléments traduisant une certaine réalité, transfigurée par une prose dans laquelle on perçoit, personnellement, une tendance à l’expressionnisme et une touche s’inscrivant également dans une tradition aussi vieille que celle du conte- ce dernier jugement étant partagé par Sam.

« Mais, j’écris aussi une série sur Belfast autour du personnage de Karl Kane, un privé. J’en ai déjà publié deux, le prochain sort en 2012 et je travaille sur le quatrième. D’ailleurs, un volume de cette série, Bloodstorm, sera publié par Fayard également en 2012. »

Un autre aspect de son oeuvre, peut-être a priori plus classique, mais qui, par son ancrage dans Belfast –une ville peu commune– peut se révéler passionnant.

« Belfast était l’endroit le plus fou de l’Europe autrefois » précise-t-il, sans nostalgie, un sentiment que Sam ne semble pas vraiment éprouver.

Apaisé autant que ses livres peuvent paraître torturés, Millar est un personnage riche, qui s’intéresse à celui qui se trouve en face de lui, qui ne se contente pas de parler de « sa vie, son oeuvre », qui répond à toutes vos questions, reformule son propos -« C’est la faute de mon accent« – quand vous n’êtes pas sûr de l’avoir bien saisi. Un homme qui écourte un rendez-vous pour vous rencontrer et qui pousse la politesse jusqu’à vous raccompagner sous la pluie aux portes de votre hôtel.

Le public français aura la chance de le voir à nouveau chez nous – « Je me suis rendu en France pour le festival de Frontignan »- lors du festival du Goéland Masqué. Une année 2012 qui s’annonce bien remplie pour Sam Millar, en Irlande du Nord comme en France puisque, outre Bloodstorm chez Fayard, sortira On the brinks au Seuil, ouvrage très largement autobiographique.

ps: on lira une interview de Sam Millar ici: http://www.concierge-masque.com/2011/09/19/interview-de-sam-millar-redemption-factory/

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~ par cynic63 sur 18/11/2011.

2 Réponses to “Past is always here…”

  1. La pièce me branche bien;Il y a peu d’écrits disponibles sur ce thème. Je pense qu’on ne la trouvera pas en France, dommage !

    • Ce n’est en effet pas prévu. Et encore moins en Angleterre !!! Je t’envoie en lien ce que Sam m’a donné. Par contre, il me semble que tu peux t’attaquer en VO à « On the brinks ». A plus

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