Petit rappel…

Avant de revenir sur une rencontre passionnante avec Sam Millar dans sa ville de Belfast le week end dernier, voici le papier que j’avais consacré sur l’ancienne version du blog -pour ceux qui ne la connaissaient pas- à propos de son premier roman traduit en français: Poussière tu seras! La chronique sur son dernier titre est visible ici même: https://noirsdesseins.wordpress.com/2010/11/13/sang-chaud/

Désolé pour ceux qui avaient déjà lu cela…mais je n’ai toujours pas trouvé comment rapatrier mes papiers…

En cette période de l’année où on file inexorablement vers l’hiver,rien de tel qu’un roman comme Poussière tu seras de l’Irlandais Sam Millar pour coller à cette ambiance de requiem.

Rien de tel, enfin, pas sûr car, pour plomber un peu plus une atmosphère des plus moroses, ce roman noir est tout à fait ce qu’il faut.

Si on est donc un peu trop sensible à la « dépression saisonnière », il vaudrait mieux en reporter la lecture à un autre moment. D’autant que l’auteur nord-irlandais ne met pas longtemps à lancer son intrigue, ni à planter son décor, ni à préciser l’atmosphère de l’histoire dans laquelle il nous entraîne. Quelques courts paragraphes du premier chapitre y suffisent…

Adrian Calvert, adolescent renfermé depuis la mort accidentelle de sa mère , préfère aller se promener dans une forêt près de Belfast plutôt que d’assister aux cours à son lycée. Il découvre un os dont, très vite, il a la certitude qu’il ne peut être qu’humain. Il ramène sa trouvaille chez lui, la cache dans sa chambre et n’en dit rien à son père Jack, ancien flic qui noie son chagrin dans le whiskey et qui essaie, tant bien que mal, de se reconstruire en s’adonnant frénétiquement à la peinture, soutenu dans son entreprise par Sarah, sa maîtresse et galeriste, qui croit sincèrement en leur histoire et à son talent. Une reconstruction difficile pour Jack qui dissimule, outre sa relation amoureuse, une horrible vérité à Adrian.

Le jeune garçon, dont la curiosité est de plus en plus piquée par son étrange découverte, décide de percer le mystère de cet os, se rend à nouveau sur les lieux où il l’a trouvé et met la main (si on peut dire) sur un nouvel élément: une poupée qui s’avèrera avoir appartenu à une fillette disparue trois ans auparavant…

Pendant ce temps, le barbier Jeremiah Grazier est de plus en tendu: sa relation avec Judith, sa femme camée jusqu’au dernier degré et psychotique, devient de plus en plus difficile. Elle ne renonce aucunement à sa quête de paradis artificiels et astreint son mari à des rituels sadiques qu’il continue à accepter, comme s’il cherchait une forme d’expiation.

Une tendance à la passion, au sens christique du terme, que ne partage aucunement son collègue Jo Harris, pourtant durement touché par la mort de sa propre femme, ni Benson, flic plutôt débonnaire, ex-collègue et meilleur ami de Jack. Deux personnages qui, s’ils ne sont pas aussi positifs qu’ils veulent bien le montrer, n’ont néanmoins pas tendance à tendre l’autre joue aux claques de la vie.

Au même moment, un vieux clochard fait une découverte macabre dans les sous-sols d’un ancien orphelinat abandonné: les restes, atrocement mutilé, d’un être qui a dû mourir dans d’horribles souffrances.

Prévenu de cette nouvelle par Benson, Jack va vite avoir des problèmes d’ordre plus personnels: Adrian disparaît suite à une dispute dont je me garderai bien de révéler la teneur.

L’ex-flic va alors s’évertuer à retrouver sa progéniture fragile, bientôt réaliser que les choses comme les personnages sont liés, que les fils les unissant figurent une toile d’araignée mortelle. Façon veuve noire…

Avec un roman dont les deux parties s’intitulent « Hiver » et « Printemps » (je vous laisse deviner la plus longue…), découpé en 44 chapitres, ramassés ou plus développés, tous précédés d’une citation d’auteur éclairante, Millar nous assène une véritable baffe dans la gueule, un violent coup de poing dans l’estomac ou un grand coup de pied là où ça fait mal. On a des difficultés à choisir l’expression idoine.

Peu de temps morts, aucune respiration tout au long d’une histoire étouffante, oppressante, dont on sent que la prochaine étape va nous entraîner encore plus dans les profondeurs d’un abîme qui ne laissera remonter que très peu d’acteurs, consentants ou involontaires, à la surface. Et encore: les survivants s’en sortiront amochés pour toujours.

L’auteur s’est, également, montré très inspiré lors des descriptions des paysages désolés, froids, sinistres tout comme dans l’approche de la psychologie de ses personnages qu’il ne ménage jamais.

Pas d’espoir, pas de lumière, pas de survie. Au sens strict comme symbolique. Même la scène « d’amour » explicite ressemble plus à une scène de mort.

De même, les moments plus intimistes comme ceux relatifs à la quête de Jack ou aux effets de la drogue sur Judith sont percutants dans leur narration: on a mal ou on se sent bien – très rarement tout de même-, avec les personnages créés par Millar. Et si on en surprend certains à dissimuler ou encore à jouer aux voyeurs, l’auteur évite, parfois de justesse, de tomber dans ce dernier travers.

Cependant, je regretterai  un final qui, s’il est amené avec talent, petit à petit, avec une tension grandissante, lorgne un petit peu trop du côté du thriller « gore » voire « d’épouvante » à son point culminant pour redescendre dans un dernier chapitre, plus à mon goût,  qui clôt, avec une froideur et un manque de perspective d’avenir terrible, un roman plus que noir. Un roman blafard.

Poussière tu seras (The darkness of the bones, 2006) de Sam Millar (trad. Patrick Raynal), Fayard Noir (2009), 299 pages

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~ par cynic63 sur 16/11/2011.

4 Réponses to “Petit rappel…”

  1. Salut Cynic
    Très bon souvenir de lecture (mais j’ai déjà dû te dire la même chose dans la version 1 de ton blog). Hélas, à cause de la production abondante de noirs polars, j’ai raté la suite de cet auteur inspiré.
    Amitiés.

    • Salut Claude,
      Ton commentaire était passé dans les spams ce qui explique mon retard…J’espère que tu apprécieras aussi le cr de la rencontre avec Sam. A plus

  2. Salut Cynic
    Me jeter dans la poubelle des spams, merci wordpress.com !
    Oui, j’ai lu le compte-rendu de ta rencontre avec Sam Millar. Y z’ont intérêt à suivre, chez Fayard, s’il écrit avec tant de constance. Et s’il est annoncé au Goéland Masqué 2012, près de chez moi donc, y a des chances que j’essaie de l’approcher.
    Amitiés.

    • Salut Claude,
      Ben wordpress parfois…
      Pour en revenir à Sam, je te conseille vivement d’y aller à ce festival. J’espère aussi que tu pourras discuter avec lui. Tu ne regretteras pas!!! Deux bouquins pour l’an prochain dans des styles différents: que demander de plus?
      Amitiés

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