Sous le soleil exactement…

Et dans les îles des Caraïbes, des Antilles françaises à Sainte-Lucie et ses pitons…

Tels sont les lieux dans lesquels l’action de Kill Créole se déroule.

Godwin, dit le Jamaïcain, est un très puissant baron de la drogue. Ayant pignon sur rue, sous couvert d’affaires immobilières honorables et prospères, Godwin vient cependant de perdre Aaron, son demi-frère, qui s ‘est suicidé dans sa cellule. Ce dernier, brillant étudiant dans sa jeunesse, redoutable avocat, était incarcéré suite à de forts soupçons qui pesaient sur lui à propos de malversations nombreuses.

Il faut dire que si les deux frères étaient très différents, tant au niveau de leur parcours que dans les sentiments qu’ils inspiraient à leur mère, ils travaillaient, plus ou moins, ensemble. Mué par un désir de vengeance autant que par la volonté de rester maître sur ses territoires, Godwin va alors essayer de démasquer ceux qu’il tient pour responsables de la mort d’Aaron, du simple exécutant à la tête pensante. Et Godwin ne reculant devant aucun moyen, se montrant froid et parfois cruel, on va alors s’engager dans une poursuite qui va se terminer par l’apothéose d’un guet-apens sanglant…

Intrigue complexe contrebalancée par un rythme qui s’accélère lors des poursuites à bord des go fast, bateaux vifs et rapides qui permettent aux trafiquants d’échapper aux forces de l’ordre sur la mer, Kill Créole s’apparente à une sorte de roman de traque échevelée. On en approcherait presque le western moderne tant cet aspect est prégnant.

Cependant, derrière une forme qui l’inscrit également dans l’ouvrage d’aventure, tendance piraterie, l’essentiel n’est pas là tant Vernon Young aborde des thèmes résolument contemporains et inscrit son action dans le « maintenant » de ces îles quasi-paradisiaques.

Blanchiment d’argent, organisations criminelles architecturales et mondialisées, arnaques aux montages alambiquées, petits et gros bénéficiaires du marché de la drogue, volonté de conquérir de nouvelles parts de marché sont aussi , et surtout, au menu de ce polar nerveux.

L’auteur, quoique se refusant à un quelconque jugement moralisateur, nous donne à voir un monde violent, certes, mais aussi des personnages qui finalement s’inscrivent parfaitement dans celui-ci, qui en épousent des valeurs qui répondent parfaitement à leurs attentes.

En effet, Godwin, ses amis comme Douglas, rencontré lors du long séjour du Jamaïcain à Miami, ses adversaires comme ces Corses qui cherchent à s’implanter hors de leur propre île, portent au pinacle la réussite sociale et ses signes extérieurs qui se matérialisent par des demeures somptueuses, des objets de luxe et un respect de la part des administrations et forces de la loi. Ils sont finalement de parfaits agents du capitalisme mondialisé, qui met en avant les notions de profit, qui s’achète une conscience par le biais d’oeuvres caritatives ou « éco-responsables » – un des meilleurs passages du roman est cette soirée organisée par « Life for green » à Sainte-Lucie-, qui se dispute les meilleurs parts du marché au gré d’alliances fluctuantes avec d’autres capitaines d’industrie.

On a donc ici affaire à un roman dépaysant, de par les lieux qu’il évoque, mais qui porte également un regard lucide et transposable à d’autres régions du monde. C’est peut-être, avec les scènes d’action pures, ce qui en fait la force. Plus, très certainement, que par les passages réservés aux introspections de certains personnages qui en disent souvent trop, qui appuient les propos de l’auteur de manière excessivement explicites.

Cette réserve émise, Vernon Young, dans un style souvent visuel, parvient à capter notre attention et notre intérêt d’un bout à l’autre de son récit. Captivant donc et instructif…

ps: Merci à l’auteur pour l’envoi de ce roman.

Kill créole de Vernon Young, La manufacture des livres (2011), 252 pages

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~ par cynic63 sur 27/10/2011.

3 Réponses to “Sous le soleil exactement…”

  1. Qui est Vernon Young ? Est-ce le vrai nom de l’auteur ?

  2. Oups …. On a trouvé ça sur le site de son éditeur : « Né à Saint Vincent et les Grenadines, d’une mère française et d’un père anglo-caribéen, Vernon Lemuel Young partage sa vie entre les Caraïbes et la Belgique, se consacrant à l’écriture de scénarii pour le cinéma et la télévision. Il signe là son premier roman policier ».

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