La Tavianello #2…

Retour de Simona Tavianello, rencontrée dans Saturne, le précédent roman de Serge Quadruppani.

Accompagnée de Marco, son mari désormais à la retraite, la Commissaire prend des vacances dans les Alpes piemontaises. Entre deux coups de gueule avec sa moitié, Simona entend profiter du calme et des bienfaits de la montagne. C’est ainsi qu’elle parvient à traîner un Marco irascible chez Minoncelli, un apiculteur qui se trouve être également l’un des leaders d’un mouvement écologiste radical. Arrivé chez le producteur de miel, le couple découvre le cadavre d’un homme dans la maison. Les carabiniers prévenus, ils apprennent qu’il ne s’agit pas de Minoncelli mais de Maurizio Bertolazzi, un ingénieur qui occupaient un poste important au sein de l’entreprise Sacropiano, une multinationale oeuvrant dans l’industrie agro-alimentaire et qui est , justement, la cible de reproches et d’accusations de la part des militants écologistes.

Cependant, Minoncelli est vite disculpé: non seulement il ne peut avoir, matériellement, commis ce meurtre mais encore, il a pénétré, avec d’autres militants, par effraction chez l’ingénieur afin de réussir un véritable coup médiatique autour d’une cause qui lui tient à coeur. Pour l’apiculteur, la disparition récente et massive des abeilles a été causée par les activités de Sacropiano et les gens doivent en connaissance.

Face à un mari qui comprend vite qu’elle va encore se laisser entraîner dans une affaire qui ne relève cependant pas de ses compétences, Simona va proposer ses « conseils » à Calabonda, un carabinier qui, sous des airs peu intelligents, respire néanmoins l’honnêteté. En plus, elle a une véritable bonne raison d’agir ainsi: c’est avec sa propre arme qu’on lui a subtilisée que l’ingénieur a été tué.

Serge Quadruppani s’attaque ici, après la finance comme il l’avait fait dans Saturne, à l’industrie agro-alimentaire et à ses dérives. A travers l’affrontement mettant aux prises les pontes des multinationales qui bénéficient de la complicité plus ou moins tacite des politiques, locaux ou nationaux, et les écologistes radicaux qui, malgré des airs d’illuminés pour certains, avancent des arguments de poids et étayent leurs dires de preuves tangibles, il met en scène une héroïne drôle, maligne, bonne vivante, capable de modifier son jugement et reconnaître qu’elle s’est trompée sur le compte de certains- Calabonda ou encore Felice, un journaliste local timide mais qui se révélera perspicace au final.

Dénonçant les collusions souterraines entre les différents pouvoirs -économique, politique, médiatique-, Quadruppani écorne les apprentis sorciers de tous poils qui, finalement, jouent avec la vie des citoyens, les détournent des vrais problèmes en organisant, par exemple, la chasse aux activistes afin de faire diversion.

Là, où avec Saturne, il envisageait la chose à une échelle mondiale, il recentre ici son propos en examinant les effets pervers d’un système au niveau local. C’est, effectivement, bien vu et, si le fond mérite réflexion, la forme demeure toujours aussi enthousiasmante. Aux descriptions décoratives ou évocatrices, Quadruppani adjoint des dialogues percutants et bourrés d’humour, un sens du détail, du symbole ou de la précision narrative impeccable. Une véritable plume de la littérature noire française mais, ça, vous le savez déjà…

Et que dire de la vérité qui va se faire jour et qui va révéler les véritables buts de Sacropiano…

Pour terminer, et on l’aura compris, on ne peut que conseiller cette Disparition soudaine des ouvrières qui, par sa concision, son enthousiasme malgré sa gravité, sa prose maîtrisée, nous propose un véritable travail. Littéraire, politique au sens noble, salutaire.

Ps: l’avis, enthousiaste également, de Jeanjean http://moisson-noire.over-blog.com/article-la-disparition-soudaine-des-ouvrieres-serge-quadruppani-84752926.html

La disparition soudaine des ouvrières de Serge Quadruppani, Editions du Masque (2011), 217 pages

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~ par cynic63 sur 21/09/2011.

4 Réponses to “La Tavianello #2…”

  1. Bataille !
    Une fois de plus d’accord, et une belle simultanéité !!

  2. Salut Cynic,
    Tu sais tout le bien que je pense des romans de Serge Quadruppani, ce que j’ai largement exprimé. Et comme il m’a décerné un « prix-pour-rire » (http://quadruppani.blogspot.com/2011/09/le-prix-de-la-premiere-critique.html ) je continuerai à lire ses livres avec grand plaisir.
    Amitiés.

    • J’avais oublié de mettre ton lien. Voilà qui est réparé. Et on est nombreux à penser le plus grand bien des romans de Quadru

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