Glasgow Gris…

Paru dans la Collection Robert Pépin présente chez Calmann-Levy, Lennox de Craig Russell présente les marques traditionnelles du polar hard-boiled sans tomber de manière excessive dans l’exercice façon « à la manière de ».

L’action se déroule dans le Glasgow du début des années 50. Les traces de la Seconde Guerre Mondiale sont encore décelables, dans les mentalités comme sur les traits de certains habitants de la ville. C’est ici que Lennox, un Canadien qui a servi en Europe durant le conflit, a échoué. Incapable de trouver la force de rentrer chez lui, il a fait son trou dans la grande cité industrielle d’Ecosse. Privé parfois limite quant à la légalité, pugnace et ne lâchant jamais l’affaire -comme tout bon héros traditionnel-, Lennox s’est construit une réputation aussi bien auprès des représentants de l’ordre que vis-à-vis de la pègre glaswégienne. Ainsi, il n’est guère étonnant que Frankie McGahern, l’un des membres en devenir de la mafia locale, fasse appel à lui afin d’élucider le meurtre dont a été victime Tam, son frère jumeau. Le privé, peu intéressé, fait comprendre fermement à Frankie qu’il est absolument hors de question pour lui de se mêler, de près ou de loin, à l’élucidation de la mort de son quasi-double. Lennox, malheureusement, devra pourtant s’engager dans cette affaire, déjà parce que le survivant des McGahern est retrouvé le crâne défoncé au soir même de sa demande autoritaire auprès de lui et que la police n’entend pas le laisser tranquille et, surtout, parce que Sneddon, l’un des gros bonnets du crime local, lui en confie la tâche.

Menant parallèlement à cette affaire une mission délicate que lui a confiée un mari qui veut retrouver sa femme, Lennox va se retrouver pris dans un engrenage où il va être confronté aux hautes sphères du crime, à l’industrie du porno naissante, à des claques plus ou moins clandestins, à des magouilles financières, à des souvenirs faits de chair et de sang et, même, à des liens étroits avec le Moyen-Orient et sa situation géopolitique…

Roman hard-boiled comme je le disais plus haut, Lennox est aussi un véritable roman d’atmosphère bénéficiant d’une intrigue qui, si elle semble complexe dans sa conception, n’en demeure pas moins limpide dans sa narration. L’auteur écossais a bâti une histoire solide, cohérente et peuplée de nombreux personnages qu’il a dépeints avec une acuité pertinente. Cela vaut pour le héros éponyme qui, et on le saisit très vite, est autant marqué par la guerre que par cette impossibilité –impossibilité qui revêt le visage d’une lâcheté– de rentrer chez lui, que pour l’ensemble des autres protagonistes, importants ou pas, essentiels ou accessoires, de ce drame. Ainsi, on pense à la logeuse de Lennox, veuve de guerre digne qui porte son fardeau avec un orgueil qui ne se dément jamais aux yeux du monde, ou encore, Andrews, le mari à l’épouse volage autant que manipulatrice. Tour à tour, craint, aimé ou honni par le héros, chaque personnage est à sa place ici.

Difficile de passer sous silence les « Trois Rois », véritables seigneurs qui règnent en maîtres sur différents secteurs du crime de Glasgow, tant ils sont différents de par leur passé, leur attitude ou caractère. Si Sneddon semble le plus troublant, Cohen, un juif qui a vu le résultat pratiqué par les Nazis sur ses coreligionnaires, n’en est pas moins dangereux. Tout comme Murphy, Irlandais d’origine, qui n’hésite pas à employer les grands moyens. Des rois qui ne s’apprécient guère mais qui s’entendent pourtant à merveille lorsque leurs intérêts et leurs « domaines » respectifs sont menacés.

Mais, principalement, c’est à un parcours dans une ville morne et pourtant attachante, malgré l’extrême violence qui peut parfois la ceindre,  que nous convie Craig Russell. Une ville grise, sale et paradoxalement joyeuse, comme si le désenchantement caustique constituait un remède efficace à un smog qui vous prend aux poumons et qui, à l’époque encore, causait maladies et décès à de nombreux habitants.

Roman qui ne révolutionne pas le Noir mais qui lui donne une orientation attachante, Lennox sait captiver, intriguer, faire rire quand son auteur s’en donne les moyens, faire grincer des dents face à ces destins entravés, voire brisés.

Un roman noir qui, s’il n’évite pas le piège de certaines longueurs ou redites, mérite qu’on lui porte un intérêt particulier en tout cas.

Lennox (Lennox, 2009) de Craig Russell (trad. Aurélie Tronchet), Calmann-Lévy (2011), 324 pages

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~ par cynic63 sur 13/09/2011.

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