G comme Gosta…

Deuxième roman de Jacques-Olivier Bosco, Le Cramé est un polar à l’ancienne, dans le sens où il met en scène un héros-truand au grand coeur, mais qui s’inscrit résolument dans un climat contemporain.

Gosta Murneau est un homme au milieu de la trentaine. Depuis son plus âge, et à cause d’un événement dont on apprendra les tenants et les aboutissants dans un hallucinant final, il trempe dans la délinquance. Aujourd’hui, à la tête d’une véritable organisation hiérarchisée et au fonctionnement quasi-millimétré, il a fait fortune et les policiers cherchent à le serrer. Lors d’un braquage de banque qui tourne mal , Gosta, blessé grièvement, doit la vie sauve à une mère et son enfant qui l’empêchent de se vider de son sang. Arrêté, puis soigné, avant d’être interrogé quelques mois plus tard à l’issue de sa convalescence, Gosta parvient à s’échapper. Il décide alors de découvrir le traître qui les a dénoncés lors du dernier coup qui fut fatal à plusieurs membres de la bande. Mais avant cela, Murneau doit changer de tête. En effet, marqué au visage par une vilaine cicatrice due à une brûlure et qui lui a justement valu le surnom de « Cramé », il lui est impossible de mener à bien son projet avec un tel signe distinctif. Surtout que son pedigree est long comme le bras.

Débarrassé de ses stigmates grâce à la chirurgie esthétique, le Cramé élabore un plan audacieux: infiltrer les rangs de la police afin de découvrir le nom de la balance. La chance va alors lui sourire car Ange Gabriel,un jeune commissaire arrivant tout juste de Nouméa, vient d’être affecté au poste d’où Gosta s’était évadé quelques mois plus tôt. Ce dernier va alors usurper l’identité d’un nouveau que personne n’a encore rencontré.

Bien résolu à ne pas trop traîner au sein de ce milieu hostile pour lui, le Cramé va pourtant rester bien plus longtemps dans la peau d’un flic lorsque le hasard remettra sur sa route Lise, la mère du petit qui l’a sauvé. Désespérée et paniquée, celle-ci vient de signaler la disparition de son enfant. N’écoutant que son sens de l’honneur, le Cramé, malgré les risques qu’il encourt, ne peut que venir en aide à cette femme. Une façon de s’acquitter de sa dette envers elle, en quelque sorte…

 

Le lecteur s’engage alors dans un labyrinthe narratif dans lequel il ne se perdra jamais tant la mécanique imaginée par JOB tourne sans encombre. Si l’intrigue qui s’articule autour de la recherche d’un enfant, et qui va nous mener dans les milieux pédophiles, occupe une part essentielle du travail de l’écrivain, celle qui s’intéresse à la découverte du traître n’est pas oubliée. On irait même jusqu’à dire que l’auteur a respecté un équilibre quasi-parfait entre les deux.

Enchaînements ultra-rapides des péripéties, descriptions sèches des décors, moments-clés mis en exergue par une écriture qui claquent, Le Cramé tient bien la route qu’il s’est tracé. Hommage aux films noirs à la française, notamment par la représentation de voyous au sens moral bien particulier ou par l’évocation de la concurrence entre les services de police, le roman de JOB ne magnifie cependant rien ni personne. Si le héros éponyme affiche des tendances de justicier, il ne recule devant aucune violence afin de parvenir à ses fins. Intelligent et ignorant la peur, Gosta n’est cependant pas un héros amoral.

Alambiqué au niveau de l’intrigue, le roman ne manque ni d’humour, notamment lorsque le Cramé se joue des flics qui le prennent pour l’un des leurs, ni d’émotion lors du récit rétrospectif de l’acte fondateur de sa personnalité.

Alternant les passages parodiques, les moments de pure fureur et les instants plus graves, JOB ne propose pas qu’un exercice de style ou un pastiche du jeu du flic et du voyou.

Déclinaison des paradigmes du roman noir avec truands – trahison, sens de l’honneur, vengeance, entre autres-, Le Cramé pourra paraître un peu désuet aux yeux de certains mais son rythme nerveux et, surtout, son écriture vitaminée en font néanmoins un roman à la fois dépaysant, tour à tour loufoque, glaçant, émouvant et, en filigrane, lucide quand il évoque les cités et leur univers aux règles spécifiques.

ps: Merci à Jimmy et aux Editions Jigal pour l’envoi de ce roman.

 

Le Cramé de Jacques-Olivier Bosco, Editions Jigal (2011), 283 pages

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~ par cynic63 sur 24/06/2011.

5 Réponses to “G comme Gosta…”

  1. Salut Cynic, je ne peux qu’abonder dans ton sens. C’est ma première lecture de JOB mais assurément pas la dernière tant le bouquin se tient et est passionnant du début à la fin. Un auteur à suivre assurément ! Amitiés

  2. Bonjour
    J’avais bien aimé son précédent roman mais avec cette réserve qu’il jouait un peu avec le code de l’honneur chez les truands. Code magnifié par des gens comme José Giovanni par exemple mais qui date un peu.
    Amitiés

    • Bonjour Paul,
      Comme je le disais à Pierre, attention à la caricature. JOB arrive à tirer son épingle du jeu grâce à de nombreux rebondissements, des scènes bien amenées et, surtout, une plume vraiment efficace. Attendons le prochain…
      Amitiés

  3. le côté « classique » à la française me donne très envie. C’est noté pour moi ! merci

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