The blank generation…

Que faisiez-vous en 1991? Où étiez-vous? Vous souvenez-vous des moindres détails comme des programmes télé ou des boutiques situées au coin de votre rue?

Todd, lui, s’en souvient très bien. Et pour cause: c’est l’année qui a fait basculer sa vie. Celle où il a rencontré Taylor Schmidt, une jeune fille de 23 ans à la sensualité évidente et à la sexualité débridée. Débarquée du Missouri, elle devient sa colocataire. D’entretiens d’embauche décevants en offres d’emploi ridicules, Taylor commence à se désespérer lorsqu’elle découvre un dépliant au milieu de son courrier. L’agence Quid Pro Quo propose des postes alléchants, aux émoluments plus qu’attractifs. Il suffit juste d’être prêt à tuer pour cela comme le proclame l’argument publicitaire. N’ayant rien à perdre, Taylor prend rendez-vous et se voit effectivement offrir un emploi rêvé. Et en plus, elle découvre en la personne d’Ash Kruger, un des membres de l’agence, ce qu’elle pense être l’amour. Ce dernier est séduisant, inquiétant, sûr de lui et tout dévoué à ce qui semble être une véritable croisade dirigée contre ces « baby-boomers » qui détiennent tous les postes clés d’une société qu’ils abhorraient pourtant lorsqu’ils avaient vingt ans. Puisqu’ils occupent les meilleures places, il suffit de les « licencier » afin que les jeunes les remplacent. C’est simple et clair…

Convaincue autant qu’intriguée par cette étrange façon de voir, et d’agir, Taylor accepte le deal. De toutes façons, l’agence Quid Pro Quo assure ses arrières vis-à-vis de ceux qui se montreraient réticents à s’acquitter des frais engagés pour leur trouver un poste de choix…

 

Avec Totally killer, la trame, l’argument comme l’issue sont données d’entrée. Dès le début, à travers le récit rétrospectif d’un Todd qui se souvient près de 20 ans plus tard de ces mois qui ont bouleversé son existence, le lecteur sait que Taylor mourra, broyée autant par une entreprise ultra-libérale que par un caractère influençable. Ce n’est donc pas le suspense qui fait l’intérêt de ce roman, même si les circonstances du décès de l’héroïne, si on peut la qualifier ainsi, ou le destin de Todd ne seront révélés que dans les ultimes chapitres.

Il faut plutôt chercher du côté de cette écriture tranchante, percutante et débridée adaptée par Olear ou encore dans la peinture d’une société encore marquée par les années Reagan et néanmoins toujours d’une arrogance détestable quand elle se regarde afin de ressortir les grands points forts de ce roman.

Drôle, cynique ou attachant lorsque Todd envisage sa relation avec une jeune fille qu’il aimerait bien mettre dans son lit tant il est émoustillé par l’absence de tabous de cette dernière, Olear se montre à la fois glacial et pertinent quand il donne la parole à certains de ses personnages, en premier lieu Ash, véritable modèle du mauvais goût (il écoute Culture Club ou Duran Duran!!!) et figure du néo-con qui entend en remontrer à ces anciens soixante-huitards, surtout en cette année où certains jeunes semblent renouer, à travers le grunge, avec certaines de leurs valeurs.

A travers ce qui s’apparente à une fable, voire même à un apologue moderne, l’auteur s’attaque, sans se montrer démonstratif ou revendicatif, aux dérives consubstantielles d’une société dont on sait aujourd’hui qu’elle ne se montre guère magnanime…

Evidemment, si le roman est très référencé, rappelle constamment que les choses étaient différentes, du moins dans certains de leur aspect matériel –absence du portable, d’internet, par exemple-, il n’en demeure pas moins qu’il parle aussi de nous, de cet étrange sentiment que l’on peut parfois éprouver dans un monde au sein duquel on ne serait qu’un pion, isolé des autres malgré notre sociabilité.

Certains, comme Jean-Marc, ont été passablement gênés par ces omniprésentes parenthèses nous signalant que l’histoire se déroule en 91. On peut en effet le comprendre même si on ne partage pas ce sentiment.

Olear conclut, dans des chapitres ultimes évoquant le « Todd post-drame », ce Totally Killer par des notes qui l’inscrit dans un roman sur le complot, sur le sens des événements qui échappe aux protagonistes.

Tout cela n’est, certes, pas brillant mais terriblement marquant et pertinent cependant…

 

ps: l’avis de Jean-Marc: http://actu-du-noir.over-blog.com/article-totally-killer-un-couperet-bis-69697508.html

 

Totally Killer (Totally Killer, 2009) de Greg Olear (trad. François Happe), Gallmeister (2011), 299 pages

 

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~ par cynic63 sur 11/06/2011.

5 Réponses to “The blank generation…”

  1. Tout à fait d’accord avec toi ! « Totally killer » est un roman percutant avec une écriture fluide, efficace avec juste assez de créativité pour nous surprendre au détour d’une page …
    J’attends le prochain avec impatience !
    Au plaisir

  2. Salut Cynic, en ce qui me concerne, sentiment mitigé : Brillant par moments, bavards par d’autres, j’ai lu ce livre avec plaisir tout de même. Pour un premier roman, c’est tout de même très bien. Et puis, les années 90, c’est quand même une partie de mon enfance .. alors ! A+

  3. Bavard, je ne dirai pas ça. Peut-être redondant parfois mais il y a de belles réussites (les « entretiens » d’embauche, les scènes de crime, et le final). J’avais déjà quitté l’enfance en 91…date de mon unique voyage à New York justement…

  4. on ne m’en parle qu’en bien de ce roman !!! et Gallmeister ne m’a pour l’instant pas déçu….c’est noté pour moi !!!

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