Return of the rat…

Régis Descott s’est fait connaître en publiant des romans se déroulant dans l’univers psychiatrique. Ici, avec l’Année du rat, il explore le monde du roman d’anticipation et des manipulations génétiques.

Dans un Paris d’un futur proche que l’on appelle désormais communément la « métropole », Chimovski, que tous appellent Chim’, lieutenant de la Brigade de Recherche et Traque, traîne son blues depuis que Véra l’a quitté quelques années plus tôt. Individu taciturne mais considéré comme l’un des meilleurs dans sa catégorie, il se voit confier par Colefax, son chef, une mission: se rendre en Normandie, dans une ferme, un haras plus exactement, où a eu lieu le massacre de toute une famille. De nombreuses victimes atrocement assassinées attendent Chim’ qui va rechercher quelques indices éloquents susceptibles de mettre les enquêteurs sur la piste du, ou des, meurtriers. L’officier ramène alors quelques prélèvements d’une ADN bien étrange car il semble qu’elle présente des signes de mélange d’espèce: l’humain et le rat…

S’engage alors une véritable quête de la vérité, quasi-obsessionnelle et dangereuse, pour un Chim’ que l’on va chercher à écarter de l’affaire…

Passons tout de suite sur les éléments qui nous ont paru peu réussis ici car, disons-le également, cette Année du rat possède de nombreuses qualités.

Certains épisodes-choc, comme l’exploration d’une certaine zone interdite au centre de La Hague ou encore la traque du héros et de son ancien amour dans les méandres d’un Père Lachaise labyrinthique à souhait, accumulent peut-être trop de détails d’une minutie telle que le lecteur risque de perdre un peu le fil de l’essentiel.

Et, dans la droite ligne du point précédent, le récit se retrouve beaucoup trop ralenti – pour ne pas dire un peu plombé à nos yeux – sans en ressortir renforcé du point de vue de sa compréhension. C’est à la fois regrettable et dommageable car les vraies questions, comme les véritables qualités, d’un roman réfléchi, intelligent et aux interrogations subtilement posées risquent d’être occultées par ces quelques lourdeurs.

Car l’Année du rat interroge, élabore des hypothèses autour des risques des manipulations génétiques, de la recherche de l’éternelle jeunesse, entre autres, sans tomber dans le piège de la démonstration idéologique pure et sans verser dans le lieu commun naïf et, au final, peu convaincant.

Descott a su, grâce à une intrigue solide et une écriture efficace, lorsqu’elle cherche à se resserrer , revisiter ce thème du risque comme celui du savant amoral et tout tourné vers la grande tâche dont il se pense, au nom des intérêts supérieurs de l’humanité, investi.

De même, l’auteur a su brouiller certaines pistes, ou du moins ne pas trop en dire, lorsqu’il évoque le pouvoir, les structures sociales et politiques d’une planète divisée suite à un Troisième Conflit qui, s’il n’a pas totalement détruit le monde d’avant, en a considérablement modifié le mode de fonctionnement: on ne sait pas, même si on le suppute, ce qui s’est réellement passé comme on n’a que très peu d’indices sur ceux qui détiennent le pouvoir – d’ailleurs sont-ils si importants ici? -, sur les véritables valeurs d’une société littéralement polluée par les conséquences d’une guerre atroce qui se ressent encore, notamment pour ces gens confinés au sein du grand sanatorium qu’est devenu le Centre Pompidou.

D’ailleurs, la culture, l’art et la poésie ne sont plus que des souvenirs, ou presque, comme le montre l’exemple précédent ou encore ce palais de Chaillot reconverti en demeure de luxe de Bodmer, le grand patron de la firme dominant ce nouveau monde…

Reste encore des personnages forts, au parcours de vie et aux motivations souvent ambigües, une histoire d’amour pas si cliché que cela, des moments de pure angoisse, une vision d’un monde possible tout à fait cohérente et un emballage final désarmant. Peut-être ce que le « thriller » pourrait offrir de plus subtil mais, là, on n’est pas assez versé dans ce sous-genre pour être définitif…

ps: Merci aux Editions JC Lattès et à Anne pour l’envoi de ce roman.

L’Année du rat de Régis Descott, JC Lattès (2011), 379 pages

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~ par cynic63 sur 13/05/2011.

8 Réponses to “Return of the rat…”

  1. encore une tentation…
    la couverture : un mickey cadavérique…

  2. Je suis restée coincée sur « les éléments peu réussis » comme tu dis et j’ai abandonné à mi-parcours. Faut dire que ce « sous-genre » de thriller (sans connotation péjorative) entre anticipation scientifique et fantastique effrayant n’est déjà au départ pas ma tasse de thé, alors difficile de me convaincre…

    • « sous-genre » n’est pas péjoratif non plus pour moi. Dommage d’être resté bloquée sur ce qui paraît moins bon car ça vaut le coup

  3. Bonjour
    vous pouvez prolonger votre lecture par une interview ici
    http://www.entre2noirs.com/interviews__7_interview-regis-descott-l-annee-du-rat_185.html
    ou, si vous avez la flemme de lire, écouter l’auteur là
    http://www.1001libraires.com/folder/list/fiche/id/8/

  4. Salut Cynic, celui ci va être bientôt en lecture et je me régale d’avance même si il y a quelques longueurs. J’adore les romans qui font réflechir et qui posent des questions. A +

    • Peut-être que tu ne trouveras pas les longueurs dont je parle. Tu te feras bien ton idée mais je pense, en effet, que malgré tout, c’est un roman qui mérite…

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