Peintures de femmes…

Gilda Piersanti est une Italienne qui vit en France depuis longtemps et écrit directement dans notre langue. Elle a publié de nombreux romans policiers qui constituent, pour la plupart, un cycle aux personnages récurrents: Les saisons meurtrières. Roma Enigma, nouveau volume de la série, se déroule, comme tous les autres épisodes et comme son nom l’indique, dans la Ville Eternelle.

Tout débute dans le quartier de la Garbatella, au sein d’une Rome populaire, avec le meurtre de Monica Pecorelli, une étudiante de 20 ans, qui a reçu, sur le seuil de la réputée pâtisserie Damiani, une balle en pleine tête. Le coup a dû partir des blocs d’immeubles situés en face du commerce. L’équipe du commissaire d’Innocenzo dépêchée sur les lieux ne possède aucune piste et doit encore recueillir les rares dépositions des quelques témoins occulaires, à commencer par celle de la vieille Lucetta Baldetti, habitante historique du quartier, qui, habituée à acheter tous les soirs deux choux à la crème, s’est trouvée face à face avec la jeune fille au moment où cette dernière s’est écroulée sur le trottoir. La septuagénaire étant trop choquée pour répondre avec précision, l’inspectrice Mariella de Luca a préféré remettre à plus tard la conversation.

Seulement, le lendemain, on découvre le corps de Lucetta allongée sur son lit. Elle aura succombé à cause du traumatisme. Son coeur n’aura pas tenu. Sauf qu’on ne retrouve aucune trace du paquet ayant contenu les gâteaux dont Mariella est certaine que la vieille dame les tenait à la main lors de son retour à son domicile.

Cela est bien mince, bien trop mince selon les collègues de la policière qui ne voit là, qu’une coïncidence, voire un détail, et que Mariella va vite transformer en une idée fixe, persuadée qu’elle tient ici véritablement un élément-clé de l’affaire. Cependant, quel est le lien entre deux mortes qui ne se connaissaient pas, que tout opposait et comment progresser dans un cas qui, s’il en rappelle d’autres, se révèle vite abscons, tant les pistes, à l’exception de celle que de Luca est persuadée de pouvoir suivre, se brouillent à la moindre vérification?

Gilda Piersanti propose ici un véritable roman d’atmosphère dont le cadre est un quartier aux immeubles labyrinthiques bien appropriés aux déductions et aux pertes de repères. Si le roman lorgne également du côté du « procedural », notamment à travers les passages rapportant les paroles échangées entre les différents policiers, il regarde également du côté du roman à forte analyse psychologique.

En effet, en mettant en scène un personnage détraqué comme le meurtrier ou, tout simplement, en dépeignant des femmes qui ont en commun d’avoir été abandonnée, l’une par un mari qui ne veut pas reconnaître son enfant, l’autre par un époux qui ne pense qu’à sa propre carrière alors qu’elle a dû lui sacrifier la sienne, Roma Enigma se révèle finalement bien plus profond qu’à première vue.

Et, comme par défi, Gilda Piersanti adopte des choix narratifs qui auraient pu se révéler particulièrement rédhibitoire aux yeux d’un lecteur qui n’attend que du suspense, et en premier lieu, celui lié à la découverte du meurtrier car c’est à travers son regard que l’on accède au crime dès le chapitre initial. Il faudra plutôt chercher du côté de ses motivations profondes comme dans son étonnante tentative de rachat, en forme de rédemption aux accents quasi-mystiques, les doses de surprise ou d’étonnement.

En effet, on se demande parfois quel jeu le criminel entend engager, notamment avec les policiers mais aussi avec la mère de Monica. Tout finira par s’éclairer, logiquement, petit à petit et on comprendra que la Garbatella est aussi porteuse d’autres crimes. Bien plus anciens. Bien plus mystérieux.

De plus, ce Roma Enigma a bien des accents féminins. Outre les portraits évoqués plus haut, on citera également une Mariella à la fois artiste et déterminée dans son approche, une Monica bourgeoise qui entendait « se divertir » avec les mauvais garçons d’un quartier à des années-lumière de sa demeure cossue, une Lucetta Baldetti pas si bonne petite vieille qu’elle en avait l’air. Et on vous laisse découvrir le reste. Evidemment.

En tout cas, un joli tour de force d’écriture car, en moins de 220 pages, Gilda Piersanti nous a livré là un vrai roman aux rebondissements, aux retournements et, tout simplement, au propos terriblement efficace. Le tout dans un style simple, limpide, sans fioriture.

Roma Enigma de Gilda Piersanti, Le Passage Polar (2010), 216 pages

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~ par cynic63 sur 09/05/2011.

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