Paris en janvier…

Aujourd’hui, c’est un roman noir à très forte tendance historique qui est au programme.

Avec L’ingratitude des fils, Pierre d’Ovidio évoque les heures sombres du Paris tout juste libéré mais surtout le sort de ces Juifs de l’Est de l’Europe qui, chassés par la misère et l’antisémitisme de leur pays d’origine, pensaient avoir trouvé en France, un foyer qui pourrait leur permettre tout simplement de vivre en paix.

Janvier 1945. Paris passe son premier hiver sous la neige et sans la présence allemande. Le froid, les privations, les ruines ou la tristesse sont de mise. C’est au milieu des restes d’un immeuble de Malakoff détruit par les bombes qu’une petite bande de gosses font une macabre découverte: le cadavre d’un homme à moitié calciné et à la main peinte en noire.

C’est Maurice Clavault, tout jeune inspecteur du commissariat de Vanves, qui est chargé de se rendre sur les lieux. Dès ses premières observations, il découvre, coincé dans la gorge du mort, un message, ou ce qu’il en reste. Quelques lettres en majuscules: « A PARN » ou « A PARM ». Pas d’autres indices qui pourraient orienter ses recherches. Il va cependant, minutieusement, rechercher des pistes, envisager toutes les possibilités qui lui permettraient de percer à  jour ce mystère en forme de casse-tête.

Parallèlement à cet argument criminel, Pierre d’Ovidio retrace, dans un chapitre sur deux, le parcours, au propre comme au figuré, de Samuel Litvak, Juif originaire de Vilnius, que l’on appelait Vilné au début du XX ème siècle. Chassé par la misère en compagnie de son frère, Samuel est arrivé en France dans les années 20 après une très longue traversée de l’Europe. Sans le sou, les deux frères ont malgré les difficultés réussi à se faire une place, même si Lev, le dit-frère de Samuel, n’a pas pu résister aux chants des sirènes du Nouveau-Monde et a fini par s’embarquer pour les Etats-Unis.

C’est à la fin du roman que les deux lignes narratives vont finir par se recouper, les destins se retrouver et l’énigme, par là-même, se résoudre.

Dans la plus pure tradition du roman populaire français, Pierre d’Ovidio a conçu un roman un peu à la manière d’un roman-feuilleton, documenté jusque dans ses moindres détails.

Minutieux autant que son héros bien ordinaire, l’auteur a réussi à retranscrire l’atmosphère de ce Paris libéré d’une France pourtant encore en guerre, qui en porte les stigmates et qui, dans une ambiance grise et glacée, tente de reprendre goût à la vie, à l’image de Maurice, ancien prisonnier de guerre, devenu policier grâce à de vieilles amitiés paternelles, qui découvre l’amour insouciant au bras d’une Ginette qui préfigure ces femmes de l’Après-Guerre, libérée et pleine du désir de vivre.

Aux difficultés d’approvisionnement rappelant que le conflit se poursuit encore, s’ajoutent les silences quant aux malversations perpétrées par certains libérateurs, à l’image de ces GI’s ayant commis un viol et dont certains responsables de la République renaissante préféreraient que l’on ne parle plus, ou encore, les règlements de compte avec les têtes de pont de la Collaboration.

Période trouble, ambiguë, où les vérités comme les responsabilités ne sont guère établies de manière claire. Période qui révèle les résistants de la dernière heure, les petits fonctionnaires encore en place et qui, finalement, s’accommodaient du Maréchal et de ses Maîtres à l’uniforme vert-de-gris. Des salauds ordinaires mais aussi des héros du même type, tels ceux qui ont permis à Samuel d’échapper à la rafle du Vel’ d’Hiv ou qui l’ont planqué simplement par humanité dans les dernières années de l’occupation.

C’est peut-être cela l’intérêt principal de ce roman qui, malgré tout, n’échappe pas au piège du didactisme lors des chapitres consacrés à la jeunesse de ce même Samuel, flirtant parfois avec un style rappelant trop les ouvrages documentaires sur un sujet peu connu – la condition des Juifs en Lituanie dans les années 20– et édifiant dans ce qu’il annonce, par avance, la montée d’une extrême-droite surfant sur la vague d’un antisémitisme bien répandu ou entretenu pour s’emparer du pouvoir.

Si vous cherchez un polar nerveux, un roman noir poisseux, cet ouvrage n’est pas pour vous. Mais si vous voulez, en guise de parenthèse, vous plonger dans une page d’histoire européenne ou respirer l’atmosphère d’un Paris que Melville, par exemple, allait, peu de temps après, filmer, vous ne perdrez pas votre temps. Un peu de classicisme et de littérature dite « populaire », genre que l’on ne prise pas particulièrement ici, peuvent, si on n’en abuse pas, avoir leurs vertus.

la chronique de K-librehttp://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=1249

L’ingratitude des fils de Pierre d’Ovidio, Grands Détectives 10/18 (2011), 248 pages

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~ par cynic63 sur 22/04/2011.

3 Réponses to “Paris en janvier…”

  1. tiens, on sent les rencontres de 48h du polar…

  2. C’est une période qui me semble assez peu exploitée en littérature mais qui peu être humainement intéressante car les tensions doivent être fortes. Alors pourquoi pas un peu de classicisme…

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