En attendant Maggie…

A l’image de la couverture originale, on est bien dans un roman noir à l’ancienne, dans sa thématique de l’amour interdit qui frappe alors qu’on ne s’y attend pas, avec La femme de Robbie de Russell Hill.

Jack Stone vient d’avoir 60 ans. Il quitte Los Angeles comme on abandonne les ruines d’une existence que l’on ne peut plus restaurer. Echecs sentimentaux, carrière de scénariste au point mort pour cause de manque d’inspiration, Jack espère profiter de sa retraite dans la campagne anglaise pour se relancer. Au moins se ressourcer.

Il choisit le Dorset, comté rural du sud-ouest de l’Angleterre, sur les bords de la Manche. Ses économies devraient lui permettre de tenir le temps qu’il lui faudra pour ramener quelque chose chez lui. Un scénario ou quelques écrits exploitables. Après avoir eu une mauvaise expérience avec le Bed and Breakfast qu’il s’était choisi, il arrive chez Maggie et Robbie, un couple qui élève des moutons et qui loue, histoire d’arrondir des fins de mois pas toujours reluisants, une chambre pour les touristes. D’entrée, Jack se sent à son aise chez les Barlow. Accueillants et plutôt aux antipodes des paysans qui peuplent cette région, ils ne répugnent pas à converser longuement avec leur hôte et font preuve d’une certaine ouverture d’esprit, du moins en apparence, contrairement à leurs congénères qui seraient du genre assez rustres. Prolongeant son séjour parmi eux, Jack apprend à apprécier cet endroit pourtant pluvieux, triste et assez noir de l’Angleterre.

Et puis, il y a Maggie, la séduisante quarantenaire au passé de danseuse. Il ressent chez elle, non pas comme une tristesse profonde, plutôt une forme de mélancolie que l’on rencontre parfois chez ceux qui ne se plaignent pas mais qui imaginaient cependant autre chose pour leur existence. Entièrement dévouée à Robbie mais surtout à Terry, leur fils unique d’une dizaine d’années, Maggie laisse entendre à Jack que ses rêves sont tus, ses désirs étouffés par cette existence triste et morne. Petit à petit, ils se retrouvent seuls quand Robbie travaille dans les prés, occupé qu’il est par ses nombreux moutons, et lorsque Terry est en classe. Evidemment, subrepticement, sans provoquer outre mesure les choses, ce qui devait arriver se produit entre le Californien et l’Anglaise. Les passions se déchaînent,  contenues par la présence du mari et de l’enfant, et un sens du devoir qui se rappelle à Maggie, d’autant plus que le cheptel est menacé d’abattage pour raisons sanitaires. C’est alors que germe dans l’esprit de Jack, l’idée de l’unique moyen d’être avec celle qui lui a redonné du piment dans l’existence…

Roman qui commence comme l’errance d’un homme au seuil d’une vieillesse insignifiante et qui évolue vers une sorte de renaissance, calme et douce d’abord, violente et sensuelle par la suite, La femme de Robbie bascule totalement dans le roman noir une fois le tiers de sa lecture passé. A l’image d’un Jack qui transcrit ses fantasmes sur son ordinateur sous forme d’écriture scénarisée, le lecteur est rappelé à la réalité cruelle par un chapitre choc tant par son propos que par l’originalité de son écriture. Mélangeant désirs et faits concrets, Russell Hill parvient habilement à donner corps à une histoire, somme toute banale au départ, mais terriblement troublante, ne serait-ce que par les échanges, physiques ou verbaux, entre son narrateur et sa tentatrice.

La personnalité de Maggie, et dans une moindre mesure celle de Robbie qui apparaîtra à un moment crucial sous un jour moins positif font de ce roman un véritable roman d’atmosphère, dans lequel on ressent bien que les choses vont dégénérer, où les descriptions des paysages campagnards occupent également une place de choix autant par leurs concisions que par leurs qualités évocatrices.

On pense aussi, évidemment, à certains ouvrages de James M.Cain de par cette habileté à plonger son héros dans les affres de la passion pour mieux l’empêcher de respirer, de voir les choses telles qu’elles sont. Rien d’original donc dans l’approche thématique mais un traitement élégant et d’une grande finesse psychologique au final.

Relançant, jusqu’à un dernier chapitre édifiant, une intrigue dans des directions parfois surprenantes, mais toujours cohérentes, Russel Hill écrit sur l’attente, la dissimulation, la monotonie de l’existence et le refus de voir la vérité qui se cache par delà ce badinage sanglant.

Même si on n’est que peu surpris par l’issue qui s’annonce, on n’en demeure pas moins attaché à suivre Jack Stone dans sa quête de ce qui ressemble, au fur et à mesure que l’histoire se déroule, au dernier amour de sa vie. Sa dernière folie dans tous les sens du terme.

La femme de Robbie (Robbie’s wife, 2007) de Russel Hill (trad. Elie Robert-Nicoud), Rivages/Noir (2010), 302 pages

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~ par cynic63 sur 21/03/2011.

4 Réponses to “En attendant Maggie…”

  1. Je suis un peu déçue. Tout va trop vite,c’est presque facile.Il manque des liens pour pouvoir apprécier cette histoire d’amour – unilatérale. Cependant on ressent presque de l’empathie pour ce Jack Stone. Pourtant, on se laisse mener jusqu’au bout pour voir jusqu’où il va aller. Vertiges de l’amour …..

    • Ben, comme quoi, des fois on peut être mauvais conseiller. Moi, ça m’a bien plu: c’est justement son aveuglement que je trouve intéressant. Et puis, la vision de la campagne anglaise ou la fin du roman où il attend sa « promise » est bien vue.

  2. Je n’ai pas vu qu’elle était sa promise. ce n’est pas ce qu’elle lui dit ni lui fait croire, bien au contraire. Lui ne sort pas de son métier d’écrivain, il se fait des films. Son aveuglement le rend malheureux et est destructeur.

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