Dans les cordes…

Nouvelle livraison de Philippe Georget chez les Marseillais de Jigal avec Le paradoxe du cerf-volant, titre dont on comprendra la signification en fin d’ouvrage. Bien entendu…

Pierre Couture est un boxeur professionnel de 27 ans. Le Noble Art ne suffisant pas à le nourrir, il occupe également un emploi de serveur au Café de la Poste, bistrot des sympathiques et bienveillants Josy et René. Car de la bienveillance, Pierre en a un grand besoin: Il vient de perdre par un K.O terrible le dernier combat qu’il a disputé contre un grand espoir de la boxe hexagonale. Pierre sait bien qu’à l’approche de la trentaine, la dure loi de ce sport impose de penser à la retraite. Même si Emile, son vieil entraîneur, et Sergueï, un chauffeur de taxi « yougoslave » et son unique ami, lui suggèrent de songer à raccrocher les gants, lui se refuse à franchir le pas. Que deviendrait-il sans ses soirées passer à suer, à bouger sur un ring, à donner des coups et à en prendre? Sergueï lui propose alors un boulot très facile pour le compte de Lazlo, un autre émigré des Balkans comme lui, qui trempe dans les prêts « officieux » aux personnes dans le besoin. Il s’agit d’accompagner un employé de ce dernier chargé de recouvrer les créances d’un client peu pressé de s’acquitter de ses dettes. Pas forcément fier de ce qu’il ne perçoit pas comme une reconversion possible, Pierre va, dès le lendemain de l’intervention intimidante, avoir la visite de deux policiers: un meurtre a été commis et ses empreintes ont été relevées sur le canon de l’arme. Seulement, ce n’est pas le mauvais payeur qui a été assassiné mais bien Lazlo. Un crime ignoble car ses auteurs ne se sont pas contentés de liquider le Croate. Ils l’ont proprement, si on peut dire, torturé.

Pierre va alors être pris dans un tourbillon d’évènements ayant trait au banditisme, à la trahison et surtout aux différents conflits de l’ex-Yougoslavie vieux de presque 20 ans. De crime crapuleux, l’assassinat de Lazlo va vite être requalifié tant tout renvoie, passé du personnage comme présence de certains autres dans le Paris actuel, à cette terrible période…

Une intrigue efficace, bien construite, faisant la part belle aux interrogations comme aux doutes d’un narrateur-héros qui n’avait pas besoin de se retrouver au milieu d’une bien sale affaire tant il avait déjà fort à faire avec un passé douloureux (et ce n’est pas un cliché dans ce cas précis) et des difficultés bien présentes.

Georget raconte les déambulations alcooliques de Pierre comme son combat de la dernière chance dans un style remarquable, adoptant ici le rythme syncopé de la traversée de Paris en état second, détaillant là, en 10 pages, les sensations et les analyses du boxeur sur le ring.

En outre, et on l’aura compris, son personnage principal est réussi. Complexe, drôle, sarcastique et fidèle en amitié même s’il fuit. Dans la boxe, essentiellement, activité pour laquelle il s’astreint à une discipline d’ascète en prévision d’affronter le poulain d’un de ces faiseurs de carrière dont son milieu regorge. Dans l’alcool, exact parallèle à l’art pugilistique tant il se montre assidu à sa pratique.

N’oubliant jamais l’humour qui vient apporter quelques moments de détente à un lecteur happé par tant de noirceur, à l’image de cette scène de la pharmacie absolument bien sentie et drolatique, Georget nous ménage donc quelques plages de respiration, nous évitant de nous retrouver en apnée comme ces boxeurs au souffle coupé. C’est un choix qui s’avère plutôt en cohérence avec le reste de son roman, d’autant plus que jamais cela ne paraît ajouté ou en dissonance avec les moments les plus noirs.

Trahison, faux amis, vrais ennemis, complexité des relations, chasse à l’homme, ou à autre chose, le paradoxe du cerf-volant regarde aussi vers le roman à suspense et d’énigme tant le mystère s’épaissit au moment où l’on pense qu’il s’éclaircit. Et on ne manquera pas de souligner que Georget interroge le jeu de la diplomatie hexagonale –pour le coup, il s’inscrit dans une actualité toute fraîche– mais aussi cette part de l’homme qui fait que la victime se transforme en bourreau, que son désir de vengeance prenne le pas sur sa volonté de justice s’il ne se raisonne pas. Des interrogations, des mises en perspective, pas de réponses assénées à grands coups de Morale.

On retiendra, pour terminer, un héros qui n’a plus grand chose à quoi s’accrocher tant il va se sentir manipuler par tous. Ou presque. Il ne lui restera, et encore, qu’ une certaine, non pas vérité, plutôt authenticité de la salle de boxe et des rings. De la sueur, du sang et des larmes.

On regrettera, peut-être, un petit franchissement de la ligne blanche du mélo dans quelques unes des dernières pages mettant à jour le secret inavouable de Pierre. C’est bien peu pour instruire à charge un roman à la fois original, humain et, au final, très réussi et qui ne vous mettra KO que par ses qualités. Certainement pas par manque de punch…

Merci aux Editions Jigal pour l’envoi de ce roman

Le paradoxe du cerf-volant de Philippe Georget, Editions Jigal/Polar (2011), 315 pages

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~ par cynic63 sur 13/03/2011.

10 Réponses to “Dans les cordes…”

  1. je ne savais pas que les éditions Jigal étaient marseillaises

  2. Salut Cynic, c’est ma prochaine lecture, un auteur dont j’ai aimé le premier roman par l’humanité qu’il dégage. J’en salive d’avance !

  3. Suis en pleine lecture, avis totalement partagé !

  4. il est sur ma pile sur le bureau, mais avant je lirai avant  » Pitié pour Constance » d’André Fortin,aux éditions JIGAL également. Amitiés

  5. Le premier roman de Philippe Georget m’avait bien plu.
    Chez le même éditeur connaissez-vous Zolma ? Pas mal non plus.

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