Paris réussi…

Court roman qui rencontre un succès critique assez remarquable, dans la blogosphère comme dans la presse, Paris la nuit de Jérémie Guez réinterprète les thèmes de l’errance comme du basculement vers le néant…

Abraham, qui ne supporte pas son prénom, est à peine sorti de l’adolescence. Il traîne sa misère de bars en bars, de plans came à petits coups sans envergure. Un peu à la manière d’un père qui ne quitte pas son fauteuil, scotché devant une télévision qu’il regarde comme par réflexe. Abe, car c’est ainsi qu’il entend qu’on l’appelle, a un bon copain, un quasi frère: Goran. Tous les deux, ils arpentent les rues de Belleville, de Barbès et autres quartiers du Nord-est parisien. Ils se retrouvent parfois au poste de police suite à une bagarre ou à une « affaire » qui tourne mal. Un soir, cependant, ils imaginent un gros coup qui pourrait leur permettre de tenir plusieurs semaines: détrousser des joueurs qui se réunissent régulièrement dans une arrière salle d’un bistrot le soir, à l’abri des curieux, pour des parties clandestines. Abe et Goran s’adjoignent les services de quelques autres compagnons d’infortune et mettent au point un plan infaillible. Seulement, ils ont peut-être visé trop haut en s’attaquant à des types qui sont loin d’être de petites frappes…

Laissons là l’intrigue de ce Paris la nuit car ce n’est pas la peine d’en dire plus. Le lecteur sait très vite, de par le ton et la langue adoptée par Guez, que les choses vont dérailler. Il ne s’agit pas réellement de savoir si les affaires de Abe vont se régler mais plutôt de saisir comment ce dernier va évoluer, se positionner par rapport à tout ce qui lui arrive.

Jérémie Guez ne s’apitoie pas sur le personnage principal de son premier roman, ne lui cherche pas d’excuse mais tente de nous faire ressentir, en adoptant une narration à la première personne, cette longue descente vers le vide entreprise par lui. Méprisant les étudiants à qui il revend de la drogue, crachant sur tout ce qui transforme son Paris en décor pour touristes, Abe, qui malgré tout aurait bien aimé faire quelque chose de sa vie, ne voit pas d’issue, de porte de sortie. Loin de se plaindre, il avance au gré des événements, cherchant un moyen de continuer un petit peu.


Guez
ne verse ni dans l’optimisme, ni dans la complaisance. Pas d’espoir certes mais pas de jouissance dans une vie qui n’en est pas vraiment une. Taisant en très grande partie les raisons de cette vacuité existentielle, il s’attache plutôt à retranscrire les « promenades » de son héros qui vit au jour le jour, entre contact avec le monde et son évitement. Ainsi, même l’amour de Julia semble être une fausse note, une respiration qui doit cesser et disparaître.

Abe se retrouve non pas face à des choix mais face à des expériences à tenter. Sans raison apparente, sans motif valable. Juste par désoeuvrement. Il en ira ainsi de cette initiation à l’horreur ultime que, en compagnie de Goran, Abe entreprendra. Rien à prouver, rien à en attendre.

On est effectivement ici dans le Noir le plus total. Ne cherchez ni justification, ni rédemption, ni même le moindre début d’explication à tout cela. Ce n’est pas le propos de Guez ici. Et il faut tout le talent de l’auteur qui, sans nous truffer ses dialogues de langage à la mode, arrive à nous faire avaler un cocktail au goût bien amer.

Précision, concision et fulgurance sont donc au rendez-vous parisien auquel nous convie Jérémie Guez. Une promenade violente certes mais qui, débarrassée de tout moralisme, nous laisse augurer du meilleur pour un auteur de 23 ans. Seulement…

Paris la nuit de Jérémie Guez, La Tengo Editions (2011), 107 pages

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~ par cynic63 sur 10/03/2011.

6 Réponses to “Paris réussi…”

  1. Salut Cynic, Je suis heureux de voir que ce roman fait l’unanimité blogueuse. J’y ai pris un grand plaisir, ayant été totalement bluffé par le talent de l’auteur… que j’attends au tournant.

  2. Ca ne t »étonnera pas je pense si je suis du même avis que Pierre, un vrai coup de cœur en ce qui me concerne avec ce roman impressionnant de maîtrise dans cette destruction programmée d’un homme qui se consume de l’intérieur. On attend vivement le prochain opus! Amitiés

  3. excellente découverte. Un auteur que je suivrais assurément !

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