La colère du loup…

On avait laissé Varg Veum après une enquête complexe dans la capitale norvégienne, le tout ponctué par une courte escapade en Suède. On le retrouve ici chez lui, à Bergen, pour une Ecriture sur le mur qui le ramène à certains de ses sujets de prédilection: les adolescents à la dérive et la collusion entre gens biens et truands…

Varg se voit confier par Sidsel Skagestøl, une bourgeoise éclairée des beaux quartiers de la ville, une mission somme toute banale: retrouver sa fille de 16 ans, Torild, qui a disparu depuis plusieurs jours sans laisser de trace, ni même un signe derrière elle qui aurait pu augurer d’une fugue. Ce qui a poussé la mère désoeuvrée à faire appel à Veum longtemps après les événements s’explique par une volonté de ne pas mettre sa famille sous les feux des projecteurs. En effet, récemment séparée de Holger Skagestøl, un célèbre journaliste travaillant désormais à la direction d’un grand quotidien., Sidsel se doute bien que si la disparition de leur fille venait à être connue, cela n’aurait rien de bon.

Veum dispose de bien peu d’éléments, comme c’est souvent le cas dans la série, pour entamer ses recherches: Torild avait peu d’amies, à part peut-être Aså Furebø qu’elle connaissait depuis toujours, leurs parents respectifs étant très proches depuis bien avant la naissance des deux adolescentes, et Astrid Nikolaisen, une fille aussi délurée que paumée.

Si Varg Veum, comme on peut le lire ici ou là, s’est un peu calmé, en particulier avec l’alcool, il n’en demeure pas moins qu’il est toujours aussi malin, rusé et, surtout, totalement intransigeant avec ceux qui touchent les adolescents comme les enfants.

Faisant preuve d’une ironie teintée d’un cynisme de bon goûts dans des dialogues, ici courts et nombreux, toujours confronté à Dankert Muus, le policier bientôt retraité et avec qui les rapports s’apaisent dans ce volume, Veum va évoluer dans un entrelacs qui le mènera d’une salle de jeux, figure de tête de pont d’un odieux trafic, vers un hôtel de passes, le tout sur fond de drogue et d’éveil à la sexualité.

Staalesen possède cette capacité à tisser des intrigues aux ramifications multiples, où les fils s’entrecroisent, où les noeuds se défont pour mieux se solidifier en fin d’ouvrage. Ainsi, le Norvégien introduit des péripéties secondaires, mais néanmoins importantes, comme ce faire-part de décès que Varg reçoit et qui lui annonce sa mort prochaine, ou encore, ce cadavre d’un juge célèbre retrouvé dans une chambre de l’hôtel que Varg observera dans le but de découvrir ce qui se trame autour de ces jeunes filles de « bonnes familles ». Rien n’étant hasard chez Staalesen, tout faisant sens, explicitement ou non, dans ses romans, il n’est pas utile d’en dire plus…Le lecteur potentiel serait trop guidé. Evidemment.

Ceci étant posé, l’écriture sur le mur, dont les références bibliques nous apprennent qu’elles sont annonciatrices d’un avenir sombre, parvient parfois, mais très peu souvent, à nous faire entrevoir une accalmie dans l’existence, une sorte de repos symbolisé par cette relation que Veum entretient avec Karin. Une sorte de port d’attache vers lequel il revient comme vers un refuge lui permettant de se ressourcer.

Mais, derrière l’enquête menée par ce privé très pugnace, c’est toute une violence larvée, policée, propre sur elle au point d’en puer tellement elle se couvre des parfums de la respectabilité que Staalesen nous révèle, nous décrit et, mine de rien, nous balance à la figure. Ainsi, avec cet écrivain que d’aucuns pourraient qualifier de « sage dans son écriture », c’est bien à une colère sourde et glaçante que nous sommes confrontés. Une écriture empreinte de délicatesse, portée par le climat de Bergen, toujours présente…

Une colère qui n’explose jamais mais qui vous prend doucement à la gorge et aux tripes tellement ces adolescentes sont perçues, au mieux, comme des êtres tellement compliqués par des parents qui ne savent leur renvoyer qu’incompréhension ou mutisme, au pire, comme des objets servant à assouvir des fantasmes inavouables, pour les uns, ou tout bonnement un bon moyen de faire de l’argent facile, pour les autres.

Ainsi, il en va des familles qui se terrent, s’embourbent dans le mensonge, essayant de donner le change à un entourage proche ou lointain, s’abrutissant dans le travail et la carrière . A la fin de tout ce marasme, de cette déliquescence dont toute une presse sans éthique semble se goinfrer, le lecteur se retrouve donc bien déboussolé, ne sachant plus qui plaindre à part ces jeunes filles à l’avenir brisée.

Entre colère et dégoût. Entre rage et abattement. En pleine affliction.

L’écriture sur le mur (Skriften på teggen, 1995) de Gunnar Staalesen (trad, Alexis Fouillet), Gaïa Editions (2011), 345 pages

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~ par cynic63 sur 24/02/2011.

5 Réponses to “La colère du loup…”

  1. Belle lecture pour moi aussi, surtout que j’avais abandonné ce pauvre Varg il y a quelques années alors qu’il était encore alcoolique et paumé 😉

  2. Une efficacité redoutable, pas de temps mort, de beaux portraits, une noirceur à couper au couteau… J’ai beaucoup aimé !

  3. Vendu !

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