(Trop) haute montagne…

Janvier se termine donc comme il avait commencé au niveau des lectures: par une déception. Bien moindre que celles, plus anciennes et pas encore évoquées ici, mais une déception quand même.

Avec Le signal de Ron Carlson, on a des doutes, des questions, des impressions très mitigées et, au final, un avis très moyen sur ce roman paru dans la Collection Nature Writing de Gallmeister.

Mack, le personnage principal, vient de sortir de prison. Il a purgé une peine pour divers petits trafics et autres malversations qu’il avait entrepris, un peu naïvement, dans un but bien précis; celui de sauver le ranch familial d’une faillite certaine. Un type simple mais intelligent qui s’est laissé entraîner dans une spirale qui l’a conduit dans l’alcool et l’a surtout éloigné de Vonnie, sa femme qu’il aime pourtant profondément depuis les toutes premières fois où celle-ci, citadine, venait passer des vacances au milieu de la nature imposante et encore très sauvage des montagnes du Wyoming. Afin de clore leur histoire de manière plus élégante qu’au moment de sa descente aux Enfers, Mack propose à Vonnie, qui a refait sa vie avec un avocat pas très sympathique, une ultime randonnée dans les hautes montagnes où ils avaient, tel un rituel, l’habitude de se rendre quand leur mariage était encore solide.

Par contre, il a caché à son ex-femme que Yarnell, un personnage que l’on perçoit très vite comme un corrupteur mystérieux et malsain, lui a demandé de remettre la main sur un objet d’une importance fondamentale qui a été égaré lors d’un vol au dessus de la région. Muni d’un blackberry censé localiser l’objet en question, Mack, qui connaît l’endroit mieux que quiconque, touchera une somme rondelette s’il le rapporte ou même, par défaut, s’il assure son commanditaire de la destruction quasi-certaine du dit-objet.

S’engage alors ce dernier voyage pour un couple qui n’en est déjà plus un mais à la double signification pour Mack qui, outre la mission lui étant dévolue, pense peut-être à renouer avec Vonnie. Mais le passé n’étant plus d’actualité, les tenants et les aboutissants des desseins de Yarnell n’étant pas maîtrisé par Mack, la randonnée prendra des allures d’ultime tour de piste. Tout court…

Je parlais de déception. C’est d’autant plus vrai que ce roman possédait tous les ingrédients pour être excellent. Un héros humain, à la fois touchant et en adéquation avec cette nature qu’il aime tant. Une construction solide, où narration des éléments du passé viennent s’intercaler au gré de la progression des marcheurs et des sensations ressentis par Mack. A cet égard, le lecteur apprend l’essentiel de ce qui constitue le Moi profond d’un homme qui, très tôt, dût s’assumer mais aussi le poids de l’influence d’un père bienveillant et pragmatique disparu trop tôt. Des scènes, comme celle de la pêche dans un lac de haute-montagne ou de ces moments où le regard des acteurs de ce mariage brisé se détourne de peur de trop en révéler. Une intrigue principale qui en dissimule une secondaire tout aussi dramatique. Tout cela est à mettre au crédit de Carlson qui, reconnaissons-le, réussit à donner de la tenue à tout cela. Comme il s’avère capable de résumer l’état d’esprit de Mack en établissant une analogie entre la pêche et la vie de ce dernier: « reprendre du mou, rembobiner, laisser filer ». Un héros humain, vous disais-je, qui ne s’apitoie pas sur lui-même et d’une belle lucidité…

Par contre, et c’est là où le bât blesse: C’est beaucoup trop souvent redondant, d’autant plus pour un roman aussi bref. A force de trop vouloir décrire, et de chercher des correspondances entre la Nature et l’esprit de l’Homme, Carlson nous égare sur des sentiers, certes non-balisés, mais qu’on ne reconnaît même plus alors qu’on les a déjà empruntés. Il s’agit, et je l’admets volontiers, certainement d’un manque de sensibilité personnelle à ce genre d’écriture, à la profusion de détails descriptifs -la faune et la flore sont disséquées par l’auteur- mais je me suis surpris à souffler, à avoir envie que l’ensemble s’accélère, se décante, se débatte pour me sortir d’une léthargie dont j’ai été un peu trop souvent victime.

En outre, si la construction, les parti-pris narratifs évoqués plus haut me semblaient très judicieux, l’écriture de Carlson ne m’a pas paru véritablement à la hauteur de cette ambition. Comme quoi, éclater son récit, en y intégrant des flash-back ou des réflexions du personnage principal, n’est pas un exercice si aisé que cela.

Et puis, mais cela n’est pas à mettre au débit de l’auteur, essayer de nous vendre Le signal comme « un roman à couper le souffle » ou nous dire, sans vergogne, qu’il nous « emportera comme une avalanche » n’est pas exagéré. C’est carrément mensonger. On peut, je le conçois, être transporté ou tout simplement séduit par la prose de Carlson mais ce n’est pas lui rendre service et honneur de nous servir ce genre d’arguments…

Reste, pour finir sur une note plus positive, un joli récit d’un amour qui s’éteint, fracassé qu’il a été par les circonstances et les vicissitudes de l’existence. Dommage que le style ne nous permette pas d’en apprécier plus la profondeur. On n’ose imaginer ce qu’un Sallis aurait pu faire de tout cela…

Le signal (The signal, 2009) de Ron Carlson (trad. Sophie Aslanides), Gallmeister (2011), 232 pages

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~ par cynic63 sur 31/01/2011.

6 Réponses to “(Trop) haute montagne…”

  1. C’est sûr que le suspense (quasiment inexistant, sauf dans le dernier quart du livre) est mis en avant de manière éhontée. Le « paroxysme de l’angoisse », pff… et puis quoi encore ?!
    Ce défaut mis à part – qui de plus n’est pas à mettre sur le compte de l’auteur – j’ai beaucoup aimé me promener dans la montagne avec Mack et Vonnie.
    Si nos avis sont au final assez similaires, je crois que j’ai davantage apprécié cette « léthargie », qui n’a semble-t-il pas su te convaincre.

    • Trop de détails à mon avis pas nécessaires ici. C’est dommage car, vraiment, je pense que tout était réuni mais…

  2. Le voilà ce billet! En effet…Dans le mien je disais aussi ce que je pensais du bandeau, Gallmeister n’a pas besoin de faire de la retape, il a ses fans! Comme j’étais prévenue, j’ai abordé la balade tranquillement. Côté dscriptif, oui, évidemment, c’est un peu juste (ahhh rendez nous Abbey, ses descriptions précises, scientifiques dans un style poétique et travaillé sans efforts apparents)
    Je retiens quand même ce couple, ces personnages attachants, là c’est réussi, non?

  3. Je comprends ta déception et elle ne m’étonne pas. Contrairement à toi, j’ai bien aimé pour ma part tout ce qui rattache ce roman au Nature writing, cette immersion dans un milieu naturel hostile et grandiose… Les rapports aussi entre Mack et Vonnie, cette pudeur mêlée de complicités, ces dialogues bourrus et lapidaires qui vont à l’essentiel. Sur le côté « suspense haletant », je suis en revanche d’accord. Je me suis même demandé ce que faisait cette intrigue du signal dans l’histoire… Je l’ai trouvée plutôt plate et sans intérêt, polluante même. Le passé délictueux de Mack suffisait amplement à nourrir l’histoire…

    • Peut-être trop contemplatif pour moi. Sur l’histoire du signal, on fait quand même le lien de façon surprenante dans les dernières pages…mais je ne veux rien dévoiler

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