Dernier slam à Paris…

Petit roman coup de poing, sans lueur d’espoir aucune mais balancé comme un brûlot, Macadam blues claque, pique et laisse sur le carreau. Lorgnant du côté de l’apologue fin et subtil, Léo Lamarche délivre, à partir d’un argument simple, un récit aux résonances diverses.

Freddy, un très jeune homme ayant grandi dans une banlieue d’une ville de province à proximité de Paris, traîne ses guêtres et ses angoisses dans les rues d’une capitale qu’il a rejointe sans saluer qui que ce soit chez lui. En effet, honni par Angèle, sa belle-mère, ignoré par un père, trop occupé entre ses fréquents séjours en prison, différent de Jimi, grand frère marchant sur les pas du dit-père, l’univers de Freddy, c’est la rue. Seulement, à Troyes, ville natale du « héros », les rues ne sont pas larges et on a vite fait le tour de ses boulevards. A Paris, certes, la vie n’est pas rose mais Freddy peut en arpenter les artères avec l’espoir de trouver de quoi bouffer, se coucher, se réchauffer. Et avant tout se camer à loisir.

On le suit alors, de bistrots en squats minables, de visites chez le médecin qui peut lui donner de quoi attendre une nouvelle dose en quartiers parisiens où certains veulent lui faire comprendre qu’il n’est plus le bienvenu. Au rythme des poésies slammées que Freddy crée et retranscrit sur son petit carnet, le lecteur s’enfonce avec dans un univers glauque, sale et sans espoir.

Mais, une société neuve et propre semble vouloir se dessiner: des partisans d’un Ordre Nouveau, croix celtique et pureté nationale brandies en guise d’étendard, ont le vent en poupe. Pour ce faire, il leur faut déjà nettoyer des rues que la police inefficace d’un régime faible a laissées à la lie de la civilisation. A commencer par les toxicos. Et ces totalitaires bruns ont trouvé un bon moyen de se débarrasser de ces rebuts, le tout dans l’indifférence générale, à commencer par celle d’un Etat qui ne voit pas, ou refuse de voir, que cette croisade n’est que la face cachée d’un mécanisme qui vise à prendre le pouvoir et instaurer, enfin, une véritable autorité.

Roman court, ou nouvelle longue -c’est selon -, Macadam Blues ressemble à la fois à un conte d’anticipation et à une déambulation dans les bas-fonds du caractère humain miné par les substances illicites.

Léo Lamarche construit son récit en brefs chapitres scandés, à l’image de la poésie slammée de Freddy dont elle nous donne de larges extraits, le nourrissant de phrases percutantes, d’épisodes et de péripéties où l’errance du drogué, pressé uniquement par le besoin de trouver sa dose qui lui permettra de tenir quelques heures, quelques jours au mieux, le dispute à la cécité de l’honnête citoyen ne voyant pas ce qui se trame avec le nettoyage social organisé par des hordes de skinheads manipulés par des idéologues de l’ombre.

Nouvelliste, Léo Lamarche l’est depuis longtemps ainsi que l’attestent les éléments biographiques glanés ici ou là. Une forme courte qui convient parfaitement aux propos qu’elle entend nous tenir ici. On imagine, effectivement, assez mal de plus amples développements autour de l’histoire de Freddy, tant ses perspectives d’avenir ne peuvent le mener bien loin, de même que le dessein de la Bête Immonde est perçu bien distinctement en quelques paragraphes. En dire plus n’aurait fait qu’affaiblir un récit qui doit se dévorer d’un trait. S’il ne vous saute pas à la gueule avant…

Macadam blues de Léo Lamarche, Editions Coups de tête (2009), 115 pages

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~ par cynic63 sur 23/12/2010.

3 Réponses to “Dernier slam à Paris…”

  1. Salut Cynic,
    Je vois avec plaisir que tu as adopté la collection québécoise « Coups de tête » (et ses auteurs français). On y fait de bonnes rencontres.
    Amitiés.

    • Eh bien, c’est vrai que c’est plutôt intéressant. Court, envoyé, sans fioriture. Bien aimé le « Toi et moi, it’s complicated » aussi. J’en parlerai bien un de ces moments. En tout cas, ce sont des livres qui, par leur brièveté, font du bien avant de s’attaquer à autre chose de plus consistant

  2. Bonjour
    Il devrait y avoir une charte des éditeurs ; pas de livres de plus de 400 pages. Sinon où on irai ? Les 500 coups, les 600 coups…
    Amicalement et bonnes fêtes de fin d’année
    Oncle Paul

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