Bernard s’énerve…

Grand froid actuellement un peu partout sur le pays. Une bonne occasion de se payer un petit voyage en Corse en compagnie d’un personnage principal absolument improbable, embringué dans une histoire qui l’est tout autant mais qui, par sa forme et son ton, va nous mettre un peu de bonne humeur. Serge Lamothe nous invite donc avec Métarevers à suivre l’aventure de Bernard Coste sur une Ile de Beauté qui porte diablement bien son nom.

D’entrée, on est prévenu par le narrateur, d’abord relais, puis personnage dans les derniers chapitres de Métarevers:

Bernard Coste, donc, dit le Gros, est un homme aux dimensions de pachyderme, à l’estomac sans fond, plutôt dégarni et bigleux. Il n’a pas grand chose pour lui mais la belle Sylvie Bazziconi l’aime et chaque fois que cet outremangeur débarque à l’Auberge du Chasseur à Propriano, tous les ans en mai, elle lui accorde ses faveurs. Toutes ses faveurs…

Sylvie est donc belle mais aussi peu farouche, délurée sans être vulgaire, a du caractère et le sens de la famille puisqu’elle se confie à Bernard d’un problème qui la tracasse: Julien, son frère cadet, a disparu depuis quelques jours. Il est parti sans rien dire à quiconque et, étant donné qu’il est plutôt du genre renfermé, sans ami et peu sociable, la demoiselle craint le pire.

Bernard, touché par la tristesse de la douce mais encore plus par son physique de quasi-déesse, va bien sûr l’aider. En fouillant l’ordinateur de Julien, Le Gros découvre que celui-ci était doué pour la comptabilité, talent qu’il mettait au service de Jean-Christophe, propriétaire de l’Auberge du Chasseur et pote de Coste. Un Jean-Christophe qui était bien content de pouvoir ainsi rouler l’Etat grâce aux subtils jeux d’écriture réalisés par Julien.

Mais, surtout, le frère de Sylvie passait des heures à surfer sur Grab a life, un univers virtuel où les membres peuvent, à loisir, se créer une nouvelle existence, se forger un réseau de connaissances. Tout, dans Grab a life, existe comme dans la vraie vie: le fric, les réseaux, y compris de prostitution.

Coste s’engage alors dans une recherche, dans notre monde et sur la toile, où, pour les beaux atours de Sylvie, il va devoir affronter des mafieux, des nationalistes corses et québécois, appréhender des trans mais aussi jouer de tous ses talents tant avec une Mama désespérée qu’avec un policier bien maigre et maladif à ses yeux…

Un bon petit polar destiné à nous faire passer un très bon moment, à nous détendre, à nous faire rire grâce à une narration efficace et ultra-rapide, à des dialogues du même acabit et des scènes d’anthologie.

Le héros de Lamothe a tout pour déclencher l’hilarité: Outre son physique disgracieux jusqu’au grotesque, il est obsédé par la vie et les plaisirs de la chair, ou plus exactement des chairs, s’empiffrant, dès le lever, de plats locaux, ingurgitant des kilos de nourriture, buvant comme un trou, fumant volontiers du hasch et pratiquant le coït tel un dévot du sexe. Si l’auteur n’a pas épargné son personnage au niveau de son apparence, jamais il ne nous le présente comme un raté, un complexé ou un triste individu portant ses 200 kg comme un fardeau. Bien au contraire, Coste est une grande gueule au coeur tendre mais aux nerfs à fleur de peau, ayant un sens bien personnel de la Morale et de ses codes, gentil mais ne supportant pas la trahison, comme le patron de l’Auberge du Chasseur l’apprendra à ses dépens.

Les scènes sexuelles, pas si nombreuses, tendent vers une sorte de burlesque où l’appétit de Coste se révèle aussi insatiable que lorsqu’il se met à table, au sens strict. On ne verse jamais dans la vulgarité ni dans le réalisme mais dans la farce tonitruante et hilarante.

Evidemment, les méchants sont de vrais méchants, les flics sont présentés sous leur mauvais jour. Qu’importe, Lamothe joue et s’amuse des lieux communs car son but, du moins le pense-t-on, est de nous donner un petit brulot efficace et rythmé, truffé de bons mots et d’expressions imagées, de nous balader de la Corse à Montréal. Le tout en moins de 120 pages. On n’en demande pas plus parfois.

Métarevers de Serge Lamothe, Coups de Tête (2009), 116 pages

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~ par cynic63 sur 17/12/2010.

2 Réponses to “Bernard s’énerve…”

  1. Merci pour ce conseil de lecture.
    Il y a un petit (ou un gros) quelque chose d’Alexandre Benoît Bérurier dans le personnage de Bernard Coste, et quelques moments gargantuesques à souhait. Même si le rythme faiblit un peu vers la fin c’est un bon moment de lecture qui donne envie de poursuivre la découverte de son auteur.

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