Le retour d’Anna…

Nouveau roman de l’Italien Alessandro Perissinotto, La dernière nuit blanche nous entraîne dans l’univers des drogués turinois et, ce, en pleine ferveur des Jeux Olympiques d’hiver de 2006.

Anna Pavesi, la narratrice et héroïne de cette aventure , une quadra récemment séparée de son mari, a quitté la capitale du Piémont pour la plus calme cité de Bergame. Anna a radicalement changé de vie, ou du moins essaie de le faire, en mettant entre son passé et son possible avenir ce que beaucoup pense nécessaire à leur reconstruction personnelle: la distance.

Ayant travaillé pendant de nombreuses années avec les toxicomanes turinois au sein d’organismes divers, Anna est devenue une sorte de détective privée à qui on fait appel pour son grand sens de la psychologie. C’est justement ce qui pousse Piera, une de ses anciennes collègues, à lui demander de revenir dans la cité alpine: une des animatrices, Germana , a disparu et personne ne sait ce qui lui est arrivé. Affaire d’autant plus énigmatique que Germana s’est volatilisée un soir où elle était de garde au camping-car servant à distribuer préservatifs et seringues aux drogués d’un quartier éloigné du centre. D’après Maddalena, l’animatrice qui partageait la garde avec elle, Germana s’est absentée en annonçant qu’elle n’en aurait que pour quelques minutes. Des minutes qui se sont transformées en jours au moment où Anna prend connaissance des faits.

Cette dernière va alors, petit à petit, avec minutie, essayer de retrouver tous les éléments, en commençant par reconstituer le portrait de la disparue, qui lui permettraient de découvrir la vérité.

De déambulations dans un Turin illuminée par la fièvre olympique en discussions avec des animatrices parfois droites dans leurs certitudes, en passant par les rencontres avec certaines habituées du camping-car, des jeunes filles paumées, camées et prostituées par des petits amis peu scrupuleux et surtout violents, Anna cherche, fouille, gratte jusqu’aux rives du Pô ou s’enferme dans des bibliothèques afin de faire surgir une intuition, une piste, une sensation signifiante. Les hypothèses, y compris celle du « burnout », ce fameux mal qui touche les travailleurs sociaux épuisés et désespérés de constater que leurs efforts n’aboutissent pas, se multiplient, s’affirment pour mieux s’annuler. Qu’est-il donc arrivé à Germana?

Le principal attrait de ce roman, le deuxième dédié à Anna Pavesi, est en fait double.

D’abord, le lecteur saura apprécier le travail de fourmi effectué par Anna, notamment son sens de la psychologie, partager ses doutes ou certitudes, changer avec elle, au gré souvent d’éléments plus émotionnels que rationnels de point de vue sur une disparition dont les raisons ne sont peut-être pas si complexes que cela à mettre à jour. Le choix de la narration à la première personne permet donc tout cela, de saisir les questionnements d’une enquêtrice bien particulière et loin des clichés du héros omnipotent ou omniscient comme des archétypes du « beautiful looser » que l’on ressert à foison dans les milieux du Noir.

En effet, et cela découle aussi en grande partie du point précédemment évoqué, on découvre un personnage humain, absolument pas manichéen ou uniforme, tiraillé entre ses motivations personnelles et sa volonté de trouver la vérité. Pour Anna, en effet, il s’agit aussi de se reconstruire après une séparation en bonne intelligence d’avec un mari qui, loin d’être un monstre, se révèle malgré tout toujours attachée à elle. Malheureusement, comme elle l’avouera elle-même, les ruptures devraient être plus nettes, plus marquées par le ressentiment. Cela serait plus simple à gérer mais la vie, et ses vicissitudes sont, paradoxalement, bien plus compliquées. On ne prendra que pour unique exemple la scène du dîner où Anna est présentée à la nouvelle élue du coeur de son ex et où elle devra bien admettre que cette dernière n’a rien de la harpie ni de la bimbo qu’elle avait imaginée…

Malheureusement, et malgré ces qualités auxquelles on pourrait ajouter de nombreuses pages réussies, notamment celles qui nous font découvrir la ville et son fleuve au gré des déambulations de l’héroïne, La dernière nuit blanche ne convainc pas totalement: il manquerait, à mon sens, d’un peu de liant, de régularité et de relance de l’intrigue pour passer du rang d’un roman intéressant et intelligent à celui de roman marquant. Si l’écriture est loin d’être froide, on n’a pas senti de verve, de style ou de ton marquants ici. Un sentiment étrange, difficile à nommer précisément, provoquant une sorte de détachement du lecteur qui pourrait simplement dire que l’ensemble se lit avec intérêt et plaisir mais que quelque chose ne fonctionne pas dans cette Dernière nuit blanche.

Le risque étant, entre autres, qu’avec de tels manques, le dit-lecteur ne conserve pas grand chose d’un livre qui, de par son thème et ses qualités à nous présenter un beau personnage, auquel l’auteur a consacré une trilogie, aurait mérité une écriture un peu plus tendue. Dommage…

La dernière nuit blanche (L’ultima notte bianca, 2007) d’Alessandro Perissinotto (trad. Patrick Vighetti), Série Noire (2010), 256 pages

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~ par cynic63 sur 27/11/2010.

2 Réponses to “Le retour d’Anna…”

  1. Pourtant la verve italienne, la faconde même, est légendaire. Il faut avouer que la couverture elle non plus n’est pas très engageante.
    Amicalement

    • Comme quoi, en Italie comme en France, il y a des couvertures pas géniales (je mets les deux maintenant, l’originale et la française en miniature). Pour en revenir au contenu, c’est un roman dont on ne sait pas dire (enfin moi, en tout cas) pourquoi il y a quelque chose qui ne va pas. Pourtant, il y a des choses très intéressantes dans ce roman. Je persiste donc: Dommage. A bientôt

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