Décompte de Noël…

Une couverture affreuse, de surcroît amputée des couleurs « historiques » de la Série Noire, un roman annoncé comme « the next big thing », un auteur inconnu au bataillon déjà bien fourni des romanciers du nord de l’Europe. Voilà comment on nous présente Noël sanglant,  la première livraison française de Kjetil Try, publicitaire de son état.

Deux semaines avant Noël 2007, Reidar Dahl, la soixantaine et célèbre acteur de théâtre norvégien, disparaît. On perd sa trace de manière inexplicable alors qu’il avait rejoint son domicile suite à une représentation de l’Evangile de Noël au Théâtre National. On est certain qu’il est repassé chez lui à l’issue du spectacle mais c’est tout. Dépêché sur les lieux avec son équipe, Rolf Gordon Lykke, le plus expérimenté des inspecteurs de la crim’ d’Oslo avec sa cinquantaine bien entamée, découvre un appartement cossu, relativement propre. Pas d’indices permettant d’imaginer une lutte jusqu’à ce qu’on ouvre le congélateur: certains organes ont été congelés et ils ont appartenu à un être humain. L’équipe des légistes ne mettront que peu de temps à identifier ces restes et, enfin, un élément devient une certitude: Reidar Dahl est mort.

Quelques jours plus tard, un sac plastique contenant également des viscères humaines est découvert dans un parc de la capitale norvégienne. Il s’avère très vite que ces restes sont ceux d’Ingrid Kulvik, une novice trentenaire qui s’apprêtait à prononcer ses voeux définitifs chez les Dominicaines.

Dans les deux cas, il manque l’essentiel: les cadavres , mais surtout, les reins des victimes.

L’équipe de Lykke commence alors des investigations qui se révèlent complexes car, dans un cas dans l’autre, les points de départ sont bien minces. Les policiers débutent par ce qui semble être le plus évident; à savoir la personnalité et le passé des victimes.

Interrogeant leurs proches ou fouillant dans ce qui constituait l’essentiel de leurs occupations , Lykke et son équipe vont lever le voile sur les petits ou grands secrets de Dahl et d’Ingrid. Le grand acteur admiré n’était pas un homme forcément apprécié et avait quelques perversions; la novice n’était pas une oie blanche. Les hypothèses fusent: Vengeance? Trafic d’organes? Serial Killer? Aucune piste, aucune supposition n’est écartée a priori.

Le lecteur va donc suivre l’enquête menée avec une minutie qui tend vers l’obsession chez un Lykke qui sent de plus en plus le poids des ans, surtout que son épouse, de 17 ans sa cadette, semble bien distante depuis quelques temps. Bien sûr, de nombreux rebondissements, d’innombrables personnages vont venir enrichir ce récit. Mais, silence…

Aucune surprise quant à la forme de ce que l’éditeur qualifie, à grands renforts de bandeau placé sur la couverture, de « nouvelle révélation du thriller norvégien ». Guère plus de surprise quant à son fond non plus, d’ailleurs.

On retrouve les ingrédients qui font que ce titre rencontrera certainement son lectorat: une équipe de flics dont les personnalités sont rapidement identifiables, une course contre le temps, des fausses pistes, des coups de gueule, des moments de doute quant à l’enquête, des instants de remise en question de type existentiel pour un héros plutôt attachant, une accélération dans les chapitres finaux, des révélations ultimes surprenantes. Du cousu main en somme.

Il y aurait cependant beaucoup à redire sur certains parti pris d’écriture de l’auteur, comme quand ce dernier choisit de nous présenter dans les moindres détails ses personnages de policiers dans l’un des premiers chapitres – j’ai eu l’impression de lire des biographies, notamment en ce qui concerne Parisa Sadegh, la femme de l’équipe -, ou encore quand il revient avec insistance sur certains errements ou autres fantasmes des protagonistes – je n’ai pas besoin que l’on me dise à maintes reprises que Lykke délaisse sa vie privée, je le vois dans son comportement. Quant à la passion de ce flic pugnace pour les puzzles, si, effectivement, elle nous permet d’entrevoir une personnalité patiente autant que taciturne, il m’a paru inutile d’insister dessus. Comme si Try voulait s’assurer qu’on avait bien compris.

En réalité, et c’est bien en cela que réside le défaut majeur du Norvégien ici, plus que dans l’aspect contemplatif qui n’est pas si prégnant au niveau de sa prose, le lecteur est trop guidé, mené par la main, dépourvu de possibilités d’imaginer ou de réfléchir par lui-même. En bref, Kjetil Try ne nous laisse que très peu respirer et s’approprier son roman.

Si l’ensemble se lit agréablement, si les pages se tournent sans difficultés, si on se laisse prendre par cette intrigue bien construite, si le côté procédural que l’on a perçu est bien rendu, si le froid norvégien nous étreint, on ne peut pas dire que l’on se trouve transporté d’un enthousiasme débridé par ce que nous propose l’auteur. Noël Sanglant est un bon petit roman idéal pour les soirées tristounettes de l’hiver qui s’approche, un agréable petit divertissement, une petite pause que l’on s’accorde après une journée de travail. C’est loin d’être désagréable mais on ne peut pas dire que le premier roman de Kjetil Try traduit en français constitue le coup de tonnerre annoncé dans le paysage du polar nordique, comme on dit de nos jours.

Evidemment, on ne demande pas à être impressionné à chaque lecture, de se retrouver secoué par chaque nouveau livre ou auteur que l’on découvre mais quand même… On aurait aimé un peu plus de souffle, un peu moins de passages façon clichés, quelques éléments, notamment quant à la psychologie de certains personnages, un peu plus subtilement amenés.

Ceci dit, on peut toujours classer ce Noël sanglant dans la catégorie des romans de transition ou d’attente. D’un roman Noir qui dise un peu plus de choses sur le monde et qui ouvre nos horizons, ne serait-ce que par quelques questions qu’il nous pose. Un Norvégien comme Staalesen est lui très largement capable d’en écrire…

Noël Sanglant (La de små barn komme til meg, 2008) de Kjetil Try (trad. Alex Fouillet), Série Noire (2010), 390 pages 




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~ par cynic63 sur 06/11/2010.

4 Réponses to “Décompte de Noël…”

  1. Là tout de suite, ça ne me donne pas envie, je suis sûre d’avoir mieux à lire en polar. Par exemple le deuxième de la série des Staalesen, pour rester en Norvège…

  2. Il y a mieux en effet. Pas nul, certes, mais pas grand chose de neuf. Je me tais sur Staalesen car je lui voue un véritable culte païen…Mon préféré: « Les anges déchus ». Sans contestation possible

  3. D’accord avec ta critique ! Un polar qui se lit bien, qui remplit son rôle, mais en aucun cas une « révélation ». On est tellement inondé par les polars nordiques qu’on finit aussi par devenir exigeant !

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