Petits arrangements gabonais…

Les romans en provenance de l’Afrique noire francophone ne sont pas légion. Janis Otsiemi, grâce aux Editions Jigal, voit donc un deuxième volume de son travail arrivé chez nous.

Ecrivain gabonais, Otsiemi ancre l’action de La bouche qui mange ne parle pas en plein Libreville, la capitale de son pays.

On fait donc connaissance de Solo qui vient juste de sortir de prison après avoir purgé une peine de trois ans suite à une bagarre qui a mal tourné. Enfin, surtout pour celui qui était en face et qui avait à cette occasion, passé l’arme à gauche. Solo est donc sans un. Il lui faut reprendre pied dans la liberté et pour cela, il renoue avec toutes les connaissances de son quartier. Pressé par une situation des plus précaires, il accepte la proposition de Tito , un cousin, pratiquement un frère. De toutes façons, les risques seront limités pour l’ex-taulard car il devra juste se contenter de mettre en avant ses capacités de chauffeur. Ceci dit, lorsque Solo réalisera, après-coup, dans quoi on l’a entraîné, il retournera vers une autre forme de délinquance plus morale et surtout moins dangereuse, du moins en apparence, à savoir: le chantage…

A l’autre bout de cette chaîne, on retrouve les flics, au premier rang desquels Koumba et Owoula, deux ripoux de première, prêts à en croquer si l’occasion se présente. Ils ont pourtant la confiance de Tchicot, leur supérieur qui attend une imminente retraite qu’il a longuement préparée. Seulement, il aimerait bien, et on le lui a fait comprendre en très haut-lieu, partir en ayant résolu cette histoire de crimes rituels à répétition qui sent le maraboutage à plein nez.

Pour une première virée gabonaise, ne vous attendez pas à vous prélasser sur les plages de Libreville. Pas beaucoup de lumière malgré la chaleur de ce petit pays d’Afrique équatoriale tenu d’une poigne de fer par la famille du désormais défunt Omar Bongo (vous savez, un grand ami de la France). Pas une once d’espoir pour les immigrés d’autres pays d’Afrique, surtout sahéliens, venus chercher dans une nation tout juste moins mal lotie une toute petite once d’espoir: les Gabonais les détestent le plus souvent, les traitant de« bougnoules » et les considérant comme certains de nos chers compatriotes considèrent les travailleurs africains dans notre pays hautement développé.

Pas grand monde à sauver de ce chantier proprement organisé, où tout le monde s’arrange, où tout le monde se la joue à la vie à la mort pour mieux se balancer au moindre dérapage. Comme la vie fonctionne bien ainsi, aucune raison de changer quoi que ce soit.

Outre un véritable travail sur la langue, notamment par l’introduction d’expressions des plus imagées (on remercie Jigal d’avoir inclus les notes de lexique en bas de page et non, comme on le voit trop souvent, en fin d’ouvrage), Otsiemi, mine de rien, sans qu’on s’en aperçoive vraiment, fait se croiser ses personnages, parfois brièvement, parfois plus longuement et parvient, par un sens de la concision narrative qui m’a personnellement impressionné, à nous parler de trafics d’enfants, d’arnaques en tous genres, de cambriolages, de prostitution, de fausses monnaies pour ne citer que cela.

On a aussi beaucoup été sensible à un style sec, à un regard souvent neutre, se contentant de rapporter les faits et faisant part  des réactions des personnages sans intervention d’un narrateur moralisateur.

L’auteur parvient, de plus, à balayer un grand pan des dysfonctionnements d’un pays ayant pourtant de nombreux atouts, à commencer par un riche sous-sol, pour se sortir du marasme dans lequel il végète.

Mais, comme dit plus haut, malheureusement, chacun s’accommode de tout cela et, si certains ont des velléités de justice, celles-ci sont vite oubliées lorsque des intérêts personnels immédiats, quand ce ne sont pas ceux supérieurs de la Nation, apparaissent.

Un bon roman pour appréhender un peu le Gabon, même si on aurait aimé que certaines choses soient plus développées par Otsiemi, qu’il nous laisse un peu le temps de nous installer à Libreville.

Je tiens à remercier Jimmy et les Editions Jigal qui m’ont fait parvenir ce volume

La bouge qui mange ne parle pas de Janis Otsiemi , Editions Jigal (2010), 158 pages

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~ par cynic63 sur 05/10/2010.

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