Soigner tue…

Après Ingrid Astier et son Quai des enfers, chroniqué ailleurs sur ces pages, encore un premier roman par une auteur française à la Série Noire avec Les yeux des Morts d’Elsa Marpeau. Comme le remarque d’ailleurs Jean-Marc (http://actu-du-noir.over-blog.com/article-bienvenue-aux-urgences-avec-elsa-marpeau-57013246.html), ces deux jeunes femmes nous proposent une découverte de deux faces cachées de la capitale.

Le cadavre de Franck Delorme, jeune toxicomane de 18 ans, est retrouvé, sans papier d’identité, dans l’entrée d’un immeuble situé tout près de l’Hôpital Lariboisière.

Gabriel Ilinski, de l’Identité Judiciaire, unité de police que le grand public connaît bien à travers ses homologues américains de la série Les Experts, examine le cadavre de cet individu. C’est un méticuleux qui, loin de faire son travail avec détachement, s’implique affectivement et personnellement à chaque affaire qui lui est confiée. Un individu atypique aux yeux de Karin ou de Curtis, ses collègues.

Son sens de l’observation, son professionnalisme mais aussi ses rapports privilégiés avec Nadja, une ex-maîtresse de la PJ, vont alors lui permettre de de revenir sur les derniers pas de Franck. Aux urgences de Lariboisière d’où il sortait justement le soir de sa mort.

Gabriel, persuadé que Franck n’a pas été victime d’un règlement de comptes avec son dealer, entend donc poursuivre ses investigations avant que l’enquête ne soit classée. Il ira même jusqu’à flirter avec le danger et l’illégalité en se faisant admettre lui-même comme patient dans le service de Lariboisière dirigé par la glaciale Louise Delaunay, jeune et jolie médecin, secondée dans sa tâche par une équipe de soignants loin d’être limpides en apparence.

Qu’importe: Gabriel dont la conviction sera renforcée par un autre décès suspect, va tout mettre en oeuvre pour découvrir celui que le regard des défunts a croisé avant le grand sommeil…

Ce premier roman d’Elsa Marpeau présente des qualités évidentes mais aussi des défauts du même ordre.

La description quasi-distanciée des services d’urgence est glaçante. Elsa Marpeau a su, relativement bien, rendre compte de ce climat à la fois aseptisé, tendu, anonyme mais aussi efficace et, paradoxalement, humain des Urgences. On concédera, de bonne grâce, à l’auteur une connaissance quasi-sociologique du milieu décrit, une capacité à décrire avec concision un lieu où on soigne sans illusion, conscient que toute cette débauche d’énergie n’est finalement qu’un effort pour atteindre une solution provisoire.

Si l’auteur ne parvient pas toujours à faire mouche avec son écriture elliptique, elle s’avère talentueuse dans l’évocation d’un monde où la considération du cas clinique prend le pas sur la personne malade elle-même.

De même, si de nombreux flics considèrent les victimes comme des affaires à traiter, il n’en va pas ainsi de Gabriel qui, jusque dans le refuge de sa petite maison de banlieue, met tout en oeuvre pour que l’Etre lui-même ne s’efface pas derrière le cas. Quitte à frôler la folie…

Mais, si les passages concernant ce héros atypique fonctionnent relativement bien, d’autres, et principalement ceux consacrés à certains personnages, frôlent parfois un peu trop la caricature. On citera pour exemple les cas de Nadja, grande flic de la PJ, motarde balafrée, bisexuelle et amie proche de Gabriel, ou encore Paula, SDF travesti et illettré qui se rêve médecin.

C’était peut-être le risque ici: à vouloir balayer autant de choses avec une telle économie langagière, Elsa Marpeau risquait de verser dans le cliché au niveau de certaines situations, notamment celles d’un final que l’on jugera un peu « bâclé », ou des portraits des protagonistes de son « thriller ».

En outre, et c’est également là que nous serons réservés, il manque au lecteur des pistes, des clefs pour émettre des hypothèses de lecture sur les motivations de certains acteurs du drame. Du tueur principalement…

Ne soyons cependant pas trop sévère: que l’on considère que des éléments auraient pu être traités de manière moins maladroite est une chose certaine, mais que l’ensemble soit perçu comme un premier roman raté nous paraît excessif. Vraiment très excessif.

ps: un lien à écouter (pour une fois…):http://www.radiopfm.com/spip.php?article2422

Les yeux des morts d’Elsa Marpeau (2010), Gallimard/Série Noire, 257 pages

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~ par cynic63 sur 02/10/2010.

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