En rade…

Il y a des jours où le Noir, même foncé, des personnages typés, une bonne histoire sont bien loin d’être suffisants pour faire un bon roman. Quand ça coince trop au niveau de l’écriture, ça me tombe littéralement des mains…

C’est, malheureusement, le cas avec Au bout des docks du Gallois Sean Burke.

Cardiff, au crépuscule des années 80. Christina, jeune prostituée, traîne sa misère et surtout sa peur d’être retrouvée par les redoutables frères Baja, pontes de la pègre locale. Elle doit témoigner pour eux et ils n’entendent pas laisser passer une telle aubaine d’être disculpés.

Jack Farissey, de son côté, se réveille d’une nuit dont il a tout oublié: il ne sait plus comment il s’est débrouillé pour se retrouver couvert de sang. Ce n’est pas Jess, un ami d’enfance, qui éclairera l’esprit de Jack: il était aussi défoncé que lui. Les deux trentenaires partagent tout depuis longtemps: compagnons de beuveries et de défonces, liés par une amitié dont on se demandera si elle n’est pas trop belle pour être honnête, ils entretiennent même tous les deux une relation avec Victoria, une brillante avocate. Si Jack a hérité de la pharmacie familiale, Jess a des velléités d’artiste, se rêvant grand guitariste. Des hommes qui, finalement, gâchent leur talent, trop occupés à atteindre les paradis artificiels, notamment grâce à l’enseigne légale de Jack.

Mais, et c’est là que les choses se gâtent, Christina est retrouvée assassinée et sa mort coïncide avec cette fameuse nuit. Farissey, mu autant par une forme de compassion pour cette vie interrompue si vite que par la volonté de reconstituer ses propres souvenirs, va entreprendre un drôle de voyage sans quitter Butetown, le quartier des docks de Cardiff de son enfance.

Les choses ne pouvant se dérouler tranquillement pour lui, Farissey va se trouver confronté aux frères Baja comme à la police qui ne tarde pas à retisser certains liens, coincé entre une certaine volonté de bien faire, une envie d’aider une autre prostituée menacée et ses doutes personnels quant à son implication dans le meurtre de Christina.

Si les personnages, je dirais même les « figures », sont plus qu’intéressants, si l’intrigue, jusque dans ses ramifications secondaires, comme cette rivalité Jess-Jack pour posséder Victoria, présentent des qualités indéniables, l’écriture m’a totalement dépassé: j’y ai vu une tentative stylistique vaine de dynamiter la langue, des entorses à la grammaire totalement malvenues, des changements de temps verbaux dont les effets sont tombés à plat (les interventions au présent censées mettre en lumière des événements ou des impressions dans un récit au passé n’apportent rien, sinon un caractère forcé à la prose de Burke), des images au pouvoir d’évocation proche du degré zéro de la métaphore… Cela fait beaucoup (trop) pour retenir la matière, le « vouloir-dire » de ce roman.

J’en ai même été à occulter certaines péripéties, ou scènes, tant la lecture de ce roman m’a profondément – je lâche le terme- agacé…Et chose que je m’interdis d’habitude: j’ai sauté des pages, notamment les passages reprenant les délires toxicos de Jess…

Evidemment, que l’on trouve désespérément plat un personnage comme Jack,  terriblement détestable son ami Jess, ou encore totalement inconséquente leur « amoureuse » Victoria ne joue aucunement en défaveur du récit. Après tout, les personnages ne sont pas là pour être aimables dans un roman noir. C’est juste que l’écriture ne les met pas en valeur. Du point de vue de la narration pure ou de la psychologie.

J’ai ramé, sans jeu de mots, pour arriver au bout, non pas des docks, mais de ce que je considère comme un roman raté. A dire vrai, j’ai même risqué le naufrage…

Si certains ont apprécié, j’aimerais bien connaître leur opinion…

Au bout des docks (Deadwater, 2001) de Sean Burke (trad. Pierre Lalet), Rivages/Noir (2010), 247 pages

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~ par cynic63 sur 29/09/2010.

4 Réponses to “En rade…”

  1. J’étais moi aussi resté en rade avec ce roman. Visiblement je ne suis pas le seul …

    • Je n’ai pas osé dire que c’était écrit avec autre chose que des mains…Finalement, je n’étais pas si mal luné quand j’ai lu cde roman…

  2. pas facile de se faire un style… il y en a qui pensent que pour ça, il faut en faire des tonnes (dynamiter la langue), mais au final, ça use juste le lecteur…

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