Enfermée…

Une précision d’entrée: je ne suis pas un très grand amateur de thrillers psychologiques dans lesquels un personnage est torturé, moralement ou physiquement, par un inconnu à forte tendance névrosée.

Cependant, ce Bunker, dernier roman traduit de l’Allemande Andrea Maria Schenkel, m’a plutôt laissé une impression très positive. A quelques restrictions près…

Monika est une jeune femme dont on ne sait pas grand chose de la vie actuelle. Elle occupe un emploi dans une société de locations de voitures. Un jour, alors qu’elle est seule dans les locaux de l’entreprise, un homme surgit, simule un cambriolage, la brutalise et l’enlève. Monika reprend ses esprits bien longtemps après et s’aperçoit que son ravisseur la séquestre dans une bien étrange demeure située dans une forêt. Que lui veut donc cet homme pour l’avoir enfermée à l’étage de ce vieux moulin en apparence inhabitée? La jeune femme se perd en conjectures, cherche à reconstituer les quelques éléments diffus qui lui permettraient de comprendre. Pensant d’abord au pire – à savoir que l’homme est un maniaque sexuel qui finira par la tuer -, Monika réalise, petit à petit, que les motivations de son étrange kidnappeur au physique bien ingrat sont certainement plus complexes. Une hypothèse qui se trouvera confirmée à ses yeux lorsqu’elle découvrira sur les lieux mêmes de son calvaire, une photographie d’elle-même et de son frère Joachim, mort bien des années plus tôt. Le passé se rappellerait-il donc à Monika sous la forme de cette séquestration? Forte d’une impression qui, peu à peu, va se muer en certitude, elle décide cependant de ne pas être la proie docile d’un être qui, en plus de la rendre captive, la ramène à une époque qu’elle a tout bonnement censuré. Au sens psychanalytique du terme.

Bien entendu, le lecteur en sait un peu plus, mais guère, que cette héroïne désoeuvrée. En effet, Schenkel, par une alternance de points de vue, nous donne à voir ce semi huis-clos des deux côtés. On est, à l’occasion de passages souvent très brefs, dans la peau du criminel – si on peut l’appeler ainsi- puis dans l’esprit d’une Monika, de plus en plus sujette aux rêves perturbants ou à des quasi crises de folie, au fur et à mesure que sa captivité perdure.

Par petites touches, on en sait plus sur une femme en apparence sans histoire et à la vie bien terne comme sur un homme marqué par une enfance douloureuse et irrémédiablement lié à ce moulin qui porte les traces des drames passés. Un moulin qui dissimule dans ses fondations une étrange cave.

On reconnaît à ce roman plusieurs qualités, voire forces.

D’abord, une vraie progression dramatique, une tension qui ne fait que croître avec les pages qui se tournent, en quelque sorte.

Ensuite, et le choix narratif semble y être pour beaucoup, une propension à infirmer toutes les hypothèses que l’on s’était construit. Par exemple, le kidnappeur est-il un simple escroc? Un maître chanteur? Un délinquant sexuel? Monika va-t-elle sombrer dans la folie? Parvenir à échapper à son tortionnaire? Retourner la situation à son avantage? Aidé par une troisième voix narrative qui ne fait que rapporter une intervention de pompiers, Schenkel brouille encore plus les pistes.

Enfin, on ne peut pas terminer d’évoquer ce Bunker sans évoquer la langue elle-même. Peu de marques de lyrisme ici, mais un style sec, parfois frénétique, toujours mordant. Une écriture à la fois épurée, décharnée et terriblement évocatrice cependant, en particulier dans les passages focalisés sur Monika et ses « blessures du passé » ou son « côté noir ».

On regrettera pourtant un petit manque de profondeur au niveau de l’histoire elle-même. Comme si l’ensemble du roman lorgnait un peu trop du côté d’une sorte d’instantané, d’un face à face entre deux personnes dont on aurait aimé connaître un peu plus les motivations. Profondes, justement. C’est d’autant plus frustrant qu’on tenait là un roman qui s’avérait très prometteur, notamment car il se promettait de renouveler un peu le thème abordé.

Un sentiment d’inachevé mais un bel exercice digne d’intérêt.

Bunker (Bunker, 2009) d’Andrea Maria Schenkel (trad. Stéphanie Lux), Actes Sud/Actes Noirs (2010), 109 pages

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~ par cynic63 sur 25/09/2010.

2 Réponses to “Enfermée…”

  1. c’est son troisième que j’ai lu (en français) , je trouve ses livres un peu court mais toujours intriguant

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