Lost in the supermarket…

Quoi de mieux qu’un bon polar classique, à l’ancienne, bien construit, enlevé et rythmé pour se remettre un peu d’aplomb après des lectures, certes magnifiques, mais éprouvantes? Sean Doolittle et son Savemore sont, en plus, le parfait antidote à la sinistrose post-rentrée.

Matthew Worth est un flic puni. Il a frappé un autre policier qui se trouve être le nouveau compagnon de son ex-femme, la très sensuelle Sondra. Sa punition est simple: il sera de faction dans un supermarché Savemore pendant la nuit – on saura que, miracle du libéralisme fringant, ces immenses temples de la consommation ne ferment pas outre-atlantique. Désabusé et malgré tout consciencieux, Worth s’acquitte de la tâche qui lui est dévolue avec zèle. De toutes façons, avec ce qu’il a traversé, il ne se voit guère tomber plus bas. Et puis il y a Gwen, la jeune et jolie caissière, qui travaille également de nuit pour financer ses études. Alors que notre représentant de l’ordre un peu looser se rapproche de plus en plus de celle-ci, elle lui fait part d’un bien terrible secret qu’elle ne peut garder pour elle: son « mec », un certain Russell T. James la bat et va même jusqu’à la torture avec elle. Gwen en porte les stigmates horribles sur le corps.

Malheureusement, le belle s’est confiée un peu tard: elle vient de tuer son bourreau dans son appartement; le cadavre du tortionnaire gisant encore chaud chez elle. N’écoutant que son sens du devoir qui le porte à « Protéger et servir », Worth ne peut laisser Gwen dans le malheur. Après tout, elle a agi par réflexe de survie. Il se propose donc d’effacer toute trace du crime et, au surplus, de l’affreux individu qui, finalement, n’a récolté que ce qu’il avait semé depuis des mois.

Il compte, pour ce faire, sur l’aide de Vince, son frère aîné, fils prodigue d’une dynastie de flics (ce dernier ayant passé de nombreuses années en prison), sorte de ferrailleur de son état, pour parvenir à maquiller l’assassinat de James en simple disparition d’un individu qui avait de vilaines choses à cacher. Vince demeure loin mais qu’importe: Worth avale, au volant du véhicule du défunt, la grosse centaine de kilomètres qui le sépare de la casse fraternelle, régénéré par l’idée qu’il accomplit un acte de justice, voire de charité.

Malheureusement, bien dissimulée dans un double-fond de la voiture de Russell, un joli magot en liquide sera le signe annonciateur d’une affaire qui se complique et dont on se demande où elle mènera notre héros. Un quart de million de dollars en guise de passeport pour un engrenage infernal et sans fin. En quelque sorte…

Doolittle nous embarque donc pour un joli rodéo où, dealers professionnels ou occasionnels, flics ripoux et honnêtes, faux naïfs et vrais lucides, gens honnêtes et courageux comme salopards sans scrupules, entrent en piste, font leur numéro, quittent la scène et s’en emparent à nouveau. Une vraie partie de poker-menteur menée parfois sur un faux rythme, qui ralentit, s’accélère, marque une pause pour mieux redémarrer.

Malgré le froid, la neige et la tempête qui enserrent la petite ville du Midwest où l’action se déroule, Savemore ne laisse jamais le lecteur de glace ni le frappe de torpeur. Le romancier, en grande partie grâce à une syntaxe simple et limpide et à des dialogues animés, happe notre attention et nous tient finalement éveillés grâce à une excellente histoire.

Cependant, Doolittle n’oublie pas que ses personnages sont faits de chair et de sang, qu’ils sont pourvus de sentiments, tel Worth qui n’en a pas fini avec de nombreux éléments de son passé, ou encore, John Pospisil, son voisin tout d’humanité et de courage, homme mûr et digne. Des héros ordinaires, des hommes comme des femmes normaux. Forts ou faibles, ou les deux. Parfois même simultanément.

Evidemment, et comme je le disais plus haut, on ne trouvera rien de très novateur dans ce roman mais du cousu-main, du travail bien fait. On se surprend à retrouver des parfums déjà sentis, des images familières. Bref, on est en terrain connu mais l’intrigue rebondissant sans cesse, les points de vue variant constamment, on ne s’ennuie à aucun moment et, si l’arrière-plan s’inscrit en tous points dans le polar de tradition, l’histoire est suffisamment captivante, les personnages crédibles et les coups de théâtres nombreux pour qu’on se laisse avoir. Sans honte, ni retenue.

Savemore (The Cleanup (Dodd and Head), 2008) de Sean Doolittle (trad. Sophie Aslanides), Rivages/Noir (2010), 349 pages

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~ par cynic63 sur 18/09/2010.

2 Réponses to “Lost in the supermarket…”

  1. c’est noté pour moi, je sens que ça va me plaire…

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