River of no return

D’une manière générale, j’aime bien les cycles ou séries. Essentiellement, mais pas seulement, parce que l’on peut essayer de s’intéresser à l’évolution du personnage principal ou encore car le lecteur peut tenter de saisir les grandes thématiques et leur traitement d’un auteur particulier.

Salt River de James Sallis,  dernier tome de la série Turner, n’échappe pas à cette règle toute subjective et personnelle.

Mais avant tout, qu’en est-il de l’intrigue, de l’histoire développées dans ce roman court?

On retrouve John Turner, ex vietnam vétéran, ex-flic, ex-taulard, ex-psy, dans son ultime refuge; à savoir une petite ville du Tennessee. La vie s’écoule, comme dans les deux volumes précédents, dans un mélange d’indolence, de calme et de monotonie mêlés. Deux ans ont passé depuis le drame personnel qui a frappé le héros et, surtout, la ville semble être en proie à une désertification qui l’entraîne inexorablement vers une fin dont l’issue ne fait guère de doute. La crise a chassé, et continue de le faire, toutes les forces vives de la communauté. Il ne restera bientôt plus que les anciens et les souvenirs.

C’est ainsi que, et cela est devenu un rite, Turner disserte tranquillement avec Doc, récemment retiré des affaires. Ils sont interrompus par un événement incongru: Billy Bates, le fils prodigue de l’ancien shériff, apparaît dans la Grande Rue au volant d’une Buick. Il percute alors le mur de la mairie. Doc intervient et, avec la dextérité et l’efficacité du vieux médecin de campagne qui sait mieux que quiconque comment réagir avec peu de moyens, parvient à stabiliser provisoirement le blessé. Chacun se demande alors ce qui a pu ramener Billy par ici. Surtout au volant d’une voiture qui paraît tout simplement volée…

Le même soir, Turner reçoit la visite de son ami Eldon, le musicien noir rencontré dans le volume précédent. Il est désemparé car il « pense », ce sont ses termes, avoir tué quelqu’un. Il ne sait comment réagir, surtout que les autorités du Texas, lieu où se serait déroulé le drame, ne vont pas manquer de remonter sa piste.

On ne parlera pas de l’autre intrigue concernant une vieille dame seule et sans histoire et que la malchance a décidé de poursuivre…

Encore une fois, et peut-être plus encore que dans les deux autres romans de la série, Sallis fait preuve d’une économie de mots, de moyens qui, à condition qu’on adhère à ce parti-pris, frappe le lecteur d’un sentiment de plénitude à sa lecture. En effet, l’auteur semble être passé maître dans l’art de l’ellipse, comme nombre de commentateurs l’ont déjà souligné, mais ici, à mon sens, c’est une ellipse plus langagière que narrative qui est à l’oeuvre.

De même, si les retours en arrière sont moins présents dans ce Salt River que dans les autres romans de la série, ils sont néanmoins emplis de sens ou de symboles, à l’image de Cyril, le professeur qui a amené en son temps Turner vers la psychologie ou d’autres encore…Des personnages secondaires, voire absents de l’histoire présente, mais qui éclairent le propos d’un auteur atypique.

Alors, on peut certes être encore plus déstabilisé par la minceur des intrigues enchevêtrées, voire même n’y voir qu’un prétexte à gloser, à interroger l’existence de manière quasi-métaphysique mais il ne faudrait pas qu’on prenne cela comme une attitude gratuite de la part de l’écrivain.

Ce qui frappe, outre le fait que Sallis suggère plus qu’il ne dit, c’est que le propos justement dépasse l’histoire racontée qui en devient, pour le coup, une matérialisation.

C’est à la fois à une réflexion sur le temps qui passe, une interrogation sur le sens des actes individuels comme sur leurs conséquences auxquelles il se livre ici. On dirait presque que l’on a affaire à un roman contemplatif qui à chacune de ces pages pose la question des raisons qui font que l’Homme continue à vivre, qui cherche, à travers de petites anecdotes ou pire à travers les existences cassées à l’image de ce petit garçon ayant trouvé la mort dans des conditions horribles, un sens à tout cela. Le « cela » étant, on l’aura compris, la vie elle-même.

On est bien loin du polar classique ici, on le concèdera, mais on ne peut rester insensible à une telle plume qui en moins de 160 pages perturbe à défaut de secouer.

Et au risque de se répéter, on ne peut que conseiller à tous de prêter l’oreille à la lancinante musique de Sallis. Quitte, comme je l’ai été lors de la lecture de Bois mort, à être quelque peu déconcerté.

Un livre que l’on peut relire à loisirs tant il recèle de sens.

Salt River (Salt River, 2007) de James Sallis (trad. Isabelle Maillet), Série Noire (2010), 144 pages

Publicités

~ par cynic63 sur 13/07/2010.

4 Réponses to “River of no return”

  1. Salut, ça faisait longtemps (trop?). Je l’ai lu et j’ai été déçu, ou du moins intéressé par ce roman. Je mets ça sur le compte de l’intrigue : Dans les précédents, Turner était impliqué personnellement dans son enquête. Ici, seule l’affaire concernant son ami a un peu retenu mon attention. J’ai été moins passionné, déçu.

    • Pour moi l’intrigue est très secondaire dans ce volume. Je me suis laissé porter par le côté introspection, si on peut dire ça

  2. Bonjour, moi aussi, j’aime bien les séries, en général. Merci pour cette présentation
    J’irai trés probablement lire ce livre. J’aime beaucoup la série des Pendergast de Preston&Child, j’en parle sur le blog. A bientôt

    • J’irai voir. Là, je suis encore en vacances et je regarde juste mes mails depuis un internet café…A bientôt donc…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :