Gringos in Tijuana

Réédition en poche de Tijuana City Blues de Gabriel Trujillo Muñoz paru initialement aux Allusifs et qui arrive aujourd’hui en poche chez Folio Policier.

Miguel Angel Morgado, le héros récurrent des polars de l’auteur mexicain, est un avocat au « grand coeur ». Il se consacre presque de façon exclusive aux affaires liées aux Droits de l’Homme et, d’une manière générale, à ceux dont personne n’a que faire.

Au début de ce premier roman de la série, il est occupé par une affaire de communauté paysanne dont il doit défendre les intérêts. Or, il n’arrive pas à se concentrer car des travaux de charpente ont lieu à son cabinet. Blondie, l’un des ouvriers lui confie une bien étrange enveloppe contenant une somme de documents – photos, papiers divers et coupures de presse plutôt anciens -et lui demande de l’étudier. Eclairé par les lumières d’un libraire, Morgado découvre que sur ces clichés se trouve William S. Burroughs, le fameux poète et écrivain Beat, alors qu’il séjournait au Mexique. Blondie lui explique également que l’un des protagonistes de cette période du début des 50’s n’est autre que son père, un gringo immigré au Mexique pour raisons politiques et qu’il n’a jamais connu, et que ce dernier a disparu sans laisser de traces à la même époque à Tijuana. L’affaire paraît louche: le père de Blondie s’était rendu dans cette ville pour livrer un paquet de la part de Burroughs et, comme chacun le sait, l’écrivain était loin d’être sobre et s’adonnait à diverses drogues. Lors de la livraison du colis dans une sordide cantinat de la ville frontière, une fusillade avait éclaté, laissant mort Alan Brod, l’ami de Burroughs destinataire du dit colis, et un père de Blondie évaporé dans la nature…Pour toujours car il n’a jamais refait surface. Morgado fait donc appel à tous ses contacts pour retrouver la trace ou, au moins, la vérité sur la disparition d’un père dont le fils est persuadé qu’il n’a pu lui arriver que malheur tant il était la bonté et l’honnêteté même et qui, au grand jamais, n’aurait laissé sa femme mexicaine enceinte toute seule. L’avocat remontera la piste d’une vieille histoire, quittant Mexico pour le Nord…

Narration fluide, vitesse du récit, sécheresse des dialogues, descriptions succinctes et efficaces constituent les caractéristiques d’écriture de ce Tijuana City Blues. L’ensemble se lit relativement bien, sans aucune entrave. Peut-être trop d’ailleurs…

En effet, on aurait peut-être aimé s’habituer un peu plus aux personnages secondaires, s’attacher à certains ressorts de l’intrigue qui n’auraient pas souffert de quelques développements. Certes, Muñoz a choisi une écriture sans fioritures – je risque « comportementaliste » -, qui se concentre sur l’action et les réactions de son héros. Un choix que l’on comprend aisément mais qui, ici, ne semble pas totalement faire mouche. En clair: tout passe trop vite, tout s’enchaîne sans aucun problème.

Malgré de nombreuses pages de qualité, notamment lorsqu’elles décrivent une ville étrange ou rapporte une conversation qui démêle les fils du passé, il manque un petit quelque chose à ce roman du Mexicain. Un petit quelque chose qui le ferait passer d’ « assez bon » à « bon »…

C’est d’autant plus frustrant que l’on sent une capacité à écorner les mythes –Burroughs en prend pour son grade-, une propension à toucher à ce qui fait mal de manière subtile –les rapports mexicano-étatsuniens, par exemple-, et un désenchantement exempt de misanthropie gratuite…

Reste, au final, le sentiment d’avoir découvert un auteur à suivre, malgré toutes les restrictions évoquées plus haut, un héros sympathique et lucide, un regard sur le Mexique moins manichéen qu’il n’y paraît, la complexité aussi d’un pays  loin d’être uniforme. On attend donc la suite…

Tijuana City Blues (Tijuana City Blues, 2006) de Gabriel Trujillo Muñoz (trad. Gabriel Iaculli), Folio/Policier (2010), 108 pages

ps: je joins la couverture allemande. Impossible de mettre la main sur l’originale…


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~ par cynic63 sur 26/05/2010.

2 Réponses to “Gringos in Tijuana”

  1. J’ai beaucoup apprécié ces titres chez les allusifs. Je les ai tous lu et presque tous autant aimé les uns que les autres!

    • Ce n’est que le premier que je lis…Trop cher chez les Allusifs…J’attends la sortie en poche. C’est pas mal Muñoz mais j’attends un peu plus; Je patiente…

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