Thai revelations…

Pas d’affrontement sur fond de différends en politique intérieure thaïlandaise dans Salty, le nouveau roman de Mark Haskell Smith. Plutôt une histoire mêlant arnaque, enlèvement et, d’une certaine manière, prises de conscience et changements de cap dans l’existence de héros bien allumés…

Turk Henry, ancien bassiste du désormais défunt groupe star Metal Assassin, passe des vacances à Phuket, destination phare pour les touristes occidentaux en mal de soleil, de sable, de mer et de dépravations, essentiellement sexuelles, à bon marché. Turk s’ennuie et c’est un euphémisme: C’est Sheila, sa femme, une ex-top model, qui a choisi la Thaïlande, choix dont il se moque éperdument. L’essentiel pour lui, en cette période de petite déprime due à la séparation de son groupe et à sa volonté de se soigner d’une addiction quasi-maladive au sexe, une maladie d’après son psy, étant de se refaire la cerise, de se reposer et de glander. Turk s’ennuie cependant et, pire, commence à se demander ce qu’un repenti du sexe débridé fiche dans un endroit emplis de beautés occidentales quasi-nues et libérées et où la bouffe est bien trop épicée et éloignée de celle que tout bon Américain apprécie. Si on ajoute à cela, le fait que le climat est insupportable pour un homme en surcharge pondérale comme lui et que Sheila commence à en avoir assez de son indolence, Turk a de furieuses tendances à vouloir retrouver sa vie d’avant.

Sheila, elle, qui a passé une grande partie d’une jeunesse qui s’éloigne de plus en plus sur des plateaux, dans des studios photos, à exécuter les quatre volontés de types pas toujours motivés par les seules critères de « l’art », à renifler plus de lignes de coke que les barons des cartels colombiens, entend découvrir désormais tous les pays dans lesquels elle séjournera.

Las, lors de l’ excursion touristique que tout Occidental se doit d’entreprendre dans ce pays (la ballade à dos d’éléphant), Sheila est enlevée, ainsi que d’autres touristes, par un groupe de pirates thaïs. Leur chef, Somporn, est à la fois étrange, intelligent et suffisamment affranchi des règles du kidnapping pour comprendre, au moment où il découvre le pedigree de sa jolie otage, l’importance de la rançon qu’il pourrait obtenir.

Notre bassiste métalleux va tout faire pour obtenir la libération de son épouse et accepte de payer le million de dollars exigé. Malheureusement, beaucoup d’empêcheurs de payer en rond vont se manifester et Turk va réaliser que l’existence est une chose un peu plus complexe que le hard rock, les coups tirés backstage avec les groupies, la bière et autres produits destinés à faire rêver et les hôtels de luxe dévolus aux stars dont il fait partie.

Mené à un rythme soutenu, ralentissant toujours lorsque nécessaire, comme dans les belles et très précises descriptions de la nature ou de Bangkok, Salty est un polar drôle et acerbe qui vaut les quelques heures à lui consacrer.

Drôle car devant une telle galerie de personnages déjantés et frôlant pour certains le ridicule, on ne peut pas rester insensible. Si Haskell Smith ne les ménage pas, on sent cependant qu’il leur est très attaché: Turk essaie bien de suivre les préceptes de son thérapeute, se montre capable de passer de son indifférence de star sur le retour à l’émerveillement de celui qui va vers l’autre; Sheila, quant à elle,  se découvre tout autant qu’elle se libère de son passé qui entravait son Moi profond.

Et ainsi de suite pour les personnages secondaires. A de très rares exceptions, il est vrai: Ben, l’agent du gouvernement américain, totalement obsédé par l’hygiène et qui, patriote et donneur de leçons, menace Turk si celui-ci paye les « terroristes » selon lui; ou encore, Heidegger, le manageur véreux qui voit dans cette horrible affaire d’enlèvement l’occasion de créer le « buzz » dans les médias.

Et puis Haskell Smith emploie toujours le ton juste pour narrer les différents épisodes de son récit ou les états d’âme de ses personnages: l’ironie et la moquerie lorsqu’il évoque les attitudes de supériorité des Occidentaux, les Américains en premier; la sensualité et la retenue quand il parle de sexe ou de sentiments amoureux troublants. Y compris quand certaines scènes renvoient à une réalité triviale. Non seulement drôle et acerbe mais aussi touchant.

On referme ce Salty sur une agréable sensation: on a lu une bonne histoire, bien racontée par un écrivain qui a « fait le boulot » avec talent et peut-être plus encore…

Ce n’est certes pas avec ce roman qu’on annoncera le renouveau du roman noir mais, ceci étant posé, il ne faut surtout pas se priver du bon moment dépaysant que l’auteur nous propose.

Laissez-vous donc tenter par ce petit séjour en Thaïlande. Vous en rapporterez assurément quelque chose.

Salty (Salty, 2007) de Mark Haskell Smith (trad. Julien Guérif), Rivages/thriller (2010), 285 pages

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~ par cynic63 sur 21/05/2010.

4 Réponses to “Thai revelations…”

  1. Lors d’une de mes balades en librairie, je l’avais vu, surtout intrigué par le titre. J’ai lu quelques pages et bon … j’ai passé mon chemin. Je le note pour le cas où je ne saurais pas quoi lire. Merci

    • C’est un roman plus « sérieux » qu’il n’y paraît, en dépit de son humour souvent grinçant. Ceci dit, même si ce n’est pas le polar de l’année, c’est bien construit, bien écrit et ça fait vraiment du bien avant de passer à du « plus lourd »…Exemple: ce dans quoi je suis tout de suite

  2. Et pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur, je recommande vivement les deux premiers parus chez Rivages : A bras raccourcis et Delicious.

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