Reprise…

Gallmeister, l’éditeur de Craig Johnson, vient de lancer une collection poche. C’est en visitant le blog d’Ys que j’ai appris la nouvelle. En plus, la dite-blogueuse évoque un roman que j’avais beaucoup aimé au point de le relire: Montana 1948 de Larry Watson. Disparu depuis bien longtemps des étals des libraires, ce texte, grâce à Gallmeister a droit à une nouvelle vie. Bonne initiative

Etant donné que je suis quand même un peu une buse en ce qui concerne certaines manipulations informatiques, je reproduis le papier que j’avais fait sur mon ancien blog à propos de ce magnifique roman. On lira également la chronique d’Ys: http://yspaddaden.wordpress.com/2010/05/09/montana-1948-larry-watson/

A l’occasion de ma lecture d’ Un pied au paradis de Ron Rash, de diverses discussions à son sujet(notamment sur l’écriture de certains auteurs étatsuniens), un formidable petit roman m’est revenu en mémoire: Montana 1948 de Larry Watson. Je l’ai donc relu.
Comme son nom l’indique, l’action se déroule dans cet Etat du Nord des Etats-Unis quelques années après la Seconde Guerre Mondiale.

David Hayden, le narrateur, se souvient, quarante ans plus tard, de cet été 1948 lorsqu’il avait 12 ans.
Fils unique de Wesley, le shérif du Comté de Mercer, et de Gail, secrétaire au greffe du tribunal, il vit heureux dans la petite ville de Bentrock, entouré qu’il est par le vieux Len et sa femme Daisy et surtout de Marie Little Soldier, Indienne qui est une sorte de « nurse » domiciliée chez eux.
Comme beaucoup de gosses de son âge et de sa région, il adore la nature, la chasse, la pêche et autres activités de plein air. C’est pour cela qu’il attend avec impatience certains week end et surtout les vacances où s’offre à lui une éventualité presque magique: les visites, ou séjours, rythmées de promenades à cheval, au ranch du grand père Julian Hayden, homme imposant, autoritaire, capable également de jurer comme un charretier. Un homme qui, respecté et craint par toute la petite communauté de Bentrock, a atteint une position de notable, en qualité de propriétaire terrien parallèlement à ses années d’exercice de la charge de shérif; charge qu’il a « léguée » à Wes. Une statue du Commandeur, pour tout dire, qui a instauré une dynastie et le réseau lui permettant de se perpétuer.
Un jour, Marie tombe malade. Gravement malade. Elle est prise de quinte de toux alarmantes, a une fièvre de cheval qui ne veut pas baisser et ne peut, donc, plus faire grand chose dans la maison.
Gail, qui a pourtant développé une crainte de la maladie à la limite de la paranoïa, décide qu’elle restera ici. Hors de question de la renvoyer à la réserve; elle fait partie de la famille.
On fait donc appel à oncle Frank, le frère de Wesley, médecin compétent et héros de la Guerre dans le Pacifique, afin qu’il examine et fasse preuve de ses talents pour guérir Marie.
Las, à la simple évocation de son nom, Marie est prise de panique, hurlant, suppliant pour que les Hayden renoncent: elle ne veut pas être touchée par Frank.
Persuadé qu’il s’agit là d’un délire provoqué par la fièvre ou par l’habituel superstition des Indiens, Wes fait venir Frank qui, malgré ses cris, parviendra à examiner Marie. Le diagnostic est préoccupant: la jeune fille est atteinte d’une pneumonie.
Semblant se rétablir tout doucement, la jeune fille est cependant découverte morte un lundi après-midi par Gail à son retour du travail.
Cette dernière, à la tristesse sincère qu’elle ressent, éprouve conjointement un fort sentiment de culpabilité: Marie, dont on avait fait en sorte qu’elle ne soit jamais seule à la maison depuis sa maladie, avait, exceptionnellement, passé son dernier après-midi en solitaire. Au surplus, la défunte s’était confiée à elle: sa terreur face à Frank était justifiée: le docteur faisait des « choses » avec ses patientes, particulièrement lorsqu’elles avaient la peau rouge…
Se confiant à Wes en cachette de David qui, comme beaucoup d’enfants se débrouille pour tout entendre, elle espère que son mari fera son devoir, qu’il cherchera à démasquer son frère.

Celui-ci va alors se retrouver face à un choix cornélien: le sens de la famille le disputant au sens du devoir…

D’autant que chez les Hayden, on l’a, le sens de la famille et que le patriarche n’entend pas qu’on détruise tout ce qu’il a bâti, parfois de manière un peu limite quant à la loi qu’il était pourtant censé incarner.

Un roman superbe, écrit dans une langue simple mais aux mots choisis avec une rigueur étonnante, Montana 1948 ne souffre d’aucune faiblesse tant dans son intrigue que dans sa narration.

Dans une petite société marquée par la religion, le poids des traditions, le souci de paraître aux yeux de la communauté, un véritable drame –on pourrait même dire tragédie tant le poids du destin et le sens du devoir entrent en jeu ici– va se dérouler.On assiste, à travers les yeux d’un jeune David, à la décomposition, non pas d’un monde, mais d’une cellule familiale comme de l’univers d’un enfant qui découvre, petit à petit, que le bonheur simple, la stabilité, l’équilibre des choses peut s’écrouler avec une facilité déconcertante mais aussi que les adultes ne sont peut-être pas ce qu’ils veulent bien montrer.

Watson traduit bien les sentiments d’un enfant qui, peu à peu, modifie sa vision sur les choses et les êtres, sur cet oncle Frank qui passe de héros à paria ou sur son propre père qui se révèle être un individu pas si faible que cela.

Cela respire les sentiments forts, surtout pas la mièvrerie, l’humanité, entre autre, quand David, qui, encore une fois, nous rapporte ce récit à 52 ans, évoque son amour pour son père ou sa mère, les signes d’affection que ceux-ci, désormais disparus, lui témoignaient ou également quand il avoue son trouble face à la magnifique tante Gloria, la femme de Frank, objet de sa première émotion sexuelle de pré-adolescent qui va grandir très vite sous l’influence de ces derniers mois de 1948.
Et puis, la nature est présente, une nature immense dans un Montana bercé par un vent qui affole Gail, lui donnant des envies de départ pour la « vraie » ville, seul lieu où son mari, tout comme elle, pourront enfin devenir eux-mêmes.
Enfin, on ne saurait taire le racisme omniprésent, Watson l’évoquant avec une finesse rare, ne forçant jamais ses effets: du petit racisme « ordinaire » vis-à-vis d’un peuple parqué dans une réserve, en passant par les réflexions d’un Wes qui ne leur fait jamais confiance à celle d’un grand-père qui lui, les déteste tout bonnement, si on ose dire. Si, ce livre a une faiblesse finalement: il est presque trop court…

Montana 1948 (Montana 1948, 1993) de Larry Watson (trad. Bertrand Péguillan), Gallmeister/Totem (2010), 176 pages

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~ par cynic63 sur 09/05/2010.

8 Réponses to “Reprise…”

  1. Un vrai coup de foudre.Un style fluide où chaque mot est pesé rend le récit est très efficace. Une histoire dure et terriblement prenante grâce à une pudeur très maîtrisée. L’un des meilleurs livre que j’ai lu cette année. Belle initiative des éditions Gallmeister, à acheter les yeux fermés….

  2. Tout pareil. Je ne peux pas mieux dire…

  3. Je ne suis pas trop Gallmeister d’habitude (je n’ai rien pour la pêche à la mouche et l’élevage de la truite…), mais là vraiment, c’est bien plus fort que ce que je pense, peut-être à tort être du nature writing. Une très heureuse réédition.

  4. J’ai noté le titre en passant chez Ys, tu confirmes donc.

  5. décidement, Gallmeister fait du bon travail. Et tu me donnes l’eau à la bouche. Pour avoir vu la nouvelle collection de poche en librairie, elle est vraiment de qualité niveau papier et « design ».

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