Etudes inachevées…

Petit voyage dans le Düsseldorf du milieu du XIX ème et de ses cercles mélomanes avec le canadien Morley Torgov et Meurtre en La majeur.

L’inspecteur Preiss, brillant enquêteur et éminence de la police locale, reçoit une lettre de Clara Schumann dont le ton a tout de l’ordre catégorique. En fait, Robert Schumann, le célèbre musicien, est persuadé qu’on cherche à le rendre fou. Au sens strict. Il entend en permanence un la et, le problème, c’est que personne d’autre que lui ne l’entend. Il charge donc Preiss, plus que dubitatif au départ, de découvrir qui a pu ourdir un tel complot, car il est certain que c’est de cela qu’il s’agit, contre lui.

Intéressé autant que flatté qu’une telle sommité lui ait demandé de l’aide, Preiss va alors utiliser ses connaissances -surtout Helena Becker, une amie plus que proche, violoncelliste professionnelle- afin de pénétrer plus profondément un microcosme qui le fascine et résoudre ce qui, pour tous, ne sont que les signes avant-coureurs du basculement dans la folie du maestro.

Comptant sur la cupidité et l’ambition de son supérieur hiérarchique qui voit d’un très bon oeil le fait qu’un de ses subordonnés côtoie la bonne société de la cité de Rhénanie du Nord, Preiss obtient de ne se consacrer qu’à ce cas et de ne s’occuper de rien d’autre.

Petit à petit, au fur et à mesure de ses diverses rencontres avec un journaliste répugnant, un accordeur quelque peu prétentieux, un médecin obtus, suffisant, voire pervers, ou de sa proximité avec la famille Schumann, Preiss va mettre à jour de sombres histoires, toucher du doigt bien d’autres problèmes que la simple névrose du grand musicien, découvrir des rapports ambigus souvent basés sur la jalousie entre ces génies de la musique (une apparition de Liszt dans une scène toute en méchanceté) ou sur la dissimulation. Et l’ensemble va prendre un rythme fortissimo avec le meurtre d’un des protagonistes…

Tout cela est bien construit, bien amené, bien écrit mais terriblement terne à mon goût. Torgov sait incontestablement bâtir ses récits, faire vivre ses personnages, employer des dialogues limpides, ne pas ennuyer le lecteur. C’est déjà bien, certes, mais bon, je ne me suis pas senti plus concerné que cela. Je ne peux pas dire que ça m’a énervé, que le roman a fini par me tomber des mains. Ce serait totalement faux. J’ai lu, avancé, retenu les éléments de l’intrigue mais ce livre m’a paru terriblement classique, un peu trop sans aspérité, voire exsangue en ce qui concerne certains de ses aspects. Mis à part, Preiss dont l’évolution m’a paru intéressante, notamment dans sa conception de la justice, de son métier ou de la valeur de la vérité et la plus que charmante Helena, une jeune femme lucide et libre dans ce monde affreusement rigoriste du XIX ème, les autres participants, fictifs ou réels,  ne m’ont pas inspiré grand chose.

L’ensemble, quoique non dénué d’ironie ou d’humour noir lors de certains passages, m’a paru…gentil. Pas un mot plus haut que l’autre dans Meurtre en la majeur.

Soyons magnanime cependant: le final ouvert, propice à des interprétations contradictoires, est une belle réussite.

L’essentiel était peut-être ailleurs, cependant. Un essentiel qui m’a peut-être laissé froid ou que je n’ai pas su saisir au passage de pages qui, j’insiste, n’ont rien de vraiment ennuyeux mais rien de définitivement emballant. Disons que l’auteur s’est mis au diapason (sic) de l’atmosphère et du milieu qu’il a mis en scène ici: c’est bien élevé et, si j’étais vachard, je dirais: « bourgeois ».

Rien d’honteux dans ce roman mais pas d’enthousiasme et encore moins, évidemment, de questionnements ou de malaise (ce que j’attends au minimum d’un roman noir). Un livre tout simplement pas fait pour moi ou que j’ai plutôt envisagé de manière un peu légère, façon « petite pause avant grand choc ». Un livre honnête, bien fait, dont je peux dire, bizarrement: « c’est bien mais je n’ai pas véritablement aimé…ni véritablement détesté d’ailleurs ».

A réserver aux amateurs de romans policiers proches du « whodunit » et peut-être, ou surtout, aux amoureux de musique classique (pas le genre de la maison, faut-il le dire?) car beaucoup de détails historiques ou biographiques sont vrais. Je vais donc me replonger dans ce que j’aime: la musique, ainsi que les romans, qui descendent de la Note Bleue. Comme quoi, rien n’est jamais le fruit du hasard…

Meurtre en La majeur (Murder in A-Major, 2008) de Morley Torgov (trad. Laurent Bury), Actes Sud/ Actes Noirs (2010), 312 pages


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~ par cynic63 sur 09/03/2010.

6 Réponses to “Etudes inachevées…”

  1. Déjà noté ailleurs, mais que la couverture anglaise est plus belle…

  2. Mais qui à bien pu te pousser à te taper un tel pavé? Franchement je te trouve héroïque.Je pense à une époque bien révolue où les polars faisaient un peu dans le guignol, le tout bien aidé par la SN ancienne formule qui faisait très fort sur les titres: Mavis se dévisse de Carter Brown ou Tu perds les pétales de Henry Kane!
    Tiens j’ai sous les yeux un livre un peu oublié de Manchette: Morgue pleine dans la collection Carré Noir; sur la 4° de couverture il y a une belle photo vantant les cigarettes Gitanes…à présent il y aurait probablement une photo un peu noirâtre ou beigeasse avec marqué en gros: Halte au cancer colo-rectal.Triste époque, replongeons nous dans les nanars du temps passé.

    • Ce n’est pas si gros que ça à lire….En fait, ça se lit bien mais bon, voilà, moi, il ne m’en reste pas grand chose. Pas mon style, mon genre, tout simplement. Pour les vieilles SN ou Carré Noir, j’en ai avec d’autres pubs: Balafre, notamment…

  3. Franchement déçue!
    Il manque un truc. Le manque de punch de ce polar m’a ennuyé. Pourtant, il avait tout pour être très bien mené!

    • Ah ça, on ne peut pas dire qu’on fasse dans le « polar rentre-dedans »….mais entre deux bonnes claques, ça repose et au moins, on n’a pas trop envie de « sauter des pages ». C’est du roman pour vieilles anglaises, quand même…

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