Race with the devil…

La Manufacture de livres s’est fait une spécialité: que ce soit à travers les biographies de truands notoires ou plus obscurs ou dans les romans noirs, il s’agit toujours de proposer un éclairage « social » sur le milieu des délinquants, petits ou grands, à travers ses publications.

Ce Classe dangereuse de Patrick Grenier de Lassagne, par ailleurs scénariste pour le cinéma ou la télévision, n’échappe pas à la règle.

Fin des années soixantaine-dix, Eric, le narrateur, a 15 ans et vient de perdre sa mère en cette période des fêtes de fin d’année. Il rejoint sa bande de rockers de banlieues: Nono, la « tête pensante », Banane, le cousin du sus-nommé, Bûche, le cogneur de la bande et Catman. Leurs préoccupations: se faire une bécane à la baston, si nécessaire, afin d’aller tourner à Rungis; détrousser un gadjo de ses tiags, son perf ou, tout bonnement, le soulager de son argent; faire les cons à la Foire du Trône et draguer les gadjis, et, surtout, chercher des embrouilles afin de se bagarrer grave avec tous les narvalos qui ne leur reviennent pas.

De mornes mésaventures en petites turpitudes minables, la bande n’en finit pas de tourner. Au propre comme au figuré. Et encore plus quand le seul qui possède une voiture est dispos; ce qui permet à la bande de pousser un peu plus loin sa quête du rien.

Une sorte de fuite en avant, de vies brûlées, cramées, d’avancées sans but qu’il faudra arrêter à un moment donné. Au risque de finir en prison ou, au pire, au cimetière. Un choix que certains événements vont pousser Eric à faire car « Tu peux pas te battre et réfléchir en même temps »…

Un roman qui, certes, renvoie à une époque que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître, mais qui retranscrit, dans sa version parisienne, le quotidien d’une génération qui s’apprêtait à vivre les « plus graves années de crise » de la société libérale moderne. Nos « blousons noirs », comme on les appelait dans la décennie précédente, ne rêve de rien en fait. Ils s’occupent, ne se posent pas plus de questions que cela, emboucanent (embrouillent) à droite à gauche, y compris ceux qui leur ressemblent, comme ces autres Rockers ou Teddy Boys parisiens, passent le temps, cassent pour casser (les tirettes emplies de barres chocolatées du métro, par exemple).

Bref, des « Rebel without a cause », sans prise de conscience sociale, et encore moins politique. On s’embrouille avec les Schmitts, les forains, les Babs et les quidams qui se promènent le 31 décembre sur les champs, à l’occasion d’une véritable descente d’une armée de cuir noir (un très beau passage).

Personnellement, évidemment, j’ai été sensible, pour des raisons que je ne dévoile pas, à ce langage et principalement aux références musicales: Gene Vincent, Eddie Cochran (la croix portée à l’oreille, je confirme: rien à voir avec un signe religieux), Vince Taylor mais aussi Hank Mizzell et son « Jungle rock ». Et, cerise sur le gâteau, l’affiche du concert de Vierzon: Victor Leed, Rockin’Rebels et Crazy Cavan. Du bon rockab’, pas très progressiste certes, mais souvent efficace sur scène. Pas de doute, Grenier de Lassagne a vécu tout cela ou, en tous cas, a recueilli des témoignages de première bourre à ce sujet.

Un parfum d’une autre époque, pas forcément glorieuse, en compagnie de types pas totalement méchants mais plutôt bornés, et peut-être plus conformistes qu’ils ne se l’imaginaient.

Mais, il ne faudrait pas considérer ce Classe dangereuse comme un « docu-fiction » ou, pire, un simple « témoignage » sans qualités littéraires. On a souvent droit à des dialogues bourrés d’humour, des descriptions sèches mais efficaces, à des scènes burlesques ou effrayantes.

Un roman en tous cas écrit, tour à tour, dans un argot dépassé, mais compréhensible, dans une langue qu’on peut entendre dans les premiers Renaud (juste pour donner une idée du langage) ou, à l’occasion des 50 dernières pages, dans un style qui s’affranchit de ces tics de la rue un peu forcé pour finalement faire mouche. Métamorphose du personnage oblige? Peut-être. Certainement.

ps: Faîtes un tour sur le site, afin d’entendre la musique évoquée ici et bien plus encore: http://classedangereuse.com/classe_dangereuse/la_bande_originale_du_roman.html

Classe dangereuse de Patrick Grenier de Lassagne, La Manufacture de Livres (2010), 169 pages

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~ par cynic63 sur 21/02/2010.

8 Réponses to “Race with the devil…”

  1. Je vois que Monsieur Cynic fait partie des nostalgiques que je pronostiquais dans mon commentaire 😉

    • Pas si nostalgiques que ça…juste que certaines poses ou références musicales et capillaires me renvoient à mon adolescence…Et je ne lis pas encore ton papier sur Kirino car je viens de le commencer….Ceci dit, les traductions à partir de la traduction, ça m’agace un peu…

  2. Tu veux dire que tu ne portes plus la banane ?

    • Non et ça fait bien des années….je te réponds parfois en retard car certains de tes commentaires sont vus comme des « sapms » et je les retrouve difficilement

  3. Miam ! ça donne envie ton bazar là, j’vais y jeter un oeil au plus tôt.
    En passant, je suis en train de lire le Marignac dont tu parlais il y a quelques temps… plus, plus tard.

  4. Oui,tu dois avoir un problème de réglage des commentaires car moi, je ne les vois pas une fois publié. Je ne sais jamais si ce que j’ai écrit a été pris en compte ou pas. A régler dans ton panneau Réglages>commentaires…

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