California sun…

    « – Que je vous explique un truc: Boone ne porte pas de montre, mais un cadran solaire. – J’imagine que Monsieur Daniels est quelque peu nonchalant? – S’il l’était davantage, il serait à l’horizontale (…) »

Voilà ce qui est dit du héros au début de La patrouille de l’aube, excellent dernier roman de Don Winslow, qui nous embarque pour un véritable voyage dans la région de San Diego, au milieu des surfeurs mais aussi des travailleurs mexicains.

Boone Daniels, donc, est l’un des membres de ce groupe de fous de surf, tous unis par leur amour de l’océan, par leur quasi-obsession de la vague parfaite et de la « cool attitude ». Mais ce qui les attache les uns aux autres dépasse, pour des raisons et à des degrés différents, ce mode de vie.

Boone a toujours été bercé par l’amour de la vague. Une véritable religion, un sacerdoce transmis par des parents qui, en une période bien plus « peace and love », l’ont élevé au bord et même dans l’Océan Pacifique. Tout dans ses choix de vie a été dicté par cette idée fixe: ne jamais s’éloigner de San Diego, des plages et du surf. Ex-flic qui a démissionné suite à un cas non-résolu dont il a fait un échec personnel, Boone partage son temps entre ses activités de détective privé, la gestion de son matériel de surf et, évidemment, la pratique de cette activité. L’hiver arrive et avec lui les promesses de grandes vagues. Pas question de manquer cela, sauf que Petra Hall, avocate anglaise mandatée par une compagnie d’assurance, vient contrecarrer ses plans. Ses clients sont en procès avec Dan Silver, propriétaire d’une boîte de strip-tease et de divers entrepôts dont l’un a brûlé quelques mois plus tôt. De toute évidence, Silver a provoqué l’incendie afin de toucher la prime. Petra veut engager Boone pour qu’il retrouve la seule témoin prête à charger le tenancier, Tamara Roddick, une de ses ex-petite amie et « danseuse » qui a disparu…

Se débattant dans des problèmes financiers, qui ne l’inquiètent pas plus que ça, Boone accepte. L’affaire devrait se régler rapidement. En tous cas, bien avant, l’arrivée des « vagues du siècle ». Collé,  malgré lui, par une Petra décidément beaucoup trop coincée à son goût, Boone va aller de fausses pistes en rebondissements,  de mauvaises directions en remises en question. Au propre comme au figuré…

Une sacrée brochette de personnages hauts en couleur compose cette Patrouille de l’aube: Johnny, flic « nikkei » (nippo-américain), dont la famille, arrivée avec le XX ème siècle aux Etats-Unis a eu à subir l’internement pendant la Seconde Guerre Mondiale; High Tide, un géant samaoan pour qui culture et valeurs de son archipel font figure de Tables de la Loi; Hang Twelve, le benjamin de l’équipe, l’homme aux 12 orteils, redoutable mangeur; Dave le Dieu de l’Amour, secouriste-sauveteur de Pacific Beach, à l’occasion prêt à quelques entorses à la loi et dont le surnom se passe de commentaires. Enfin, Sunny, la fille de la bande, qui rêve de prendre la tangente, de devenir une vraie professionnelle du surf mais qui, en attendant, gagne sa vie comme serveuse au Sundowner.

Une vraie galerie de méchants individus complète l’ensemble et, ne serait-ce que pour cela, cette dernière livraison de l’auteur californien mérite qu’on s’y attarde. Vraiment.

Qu’on ne s’y trompe cependant aucunement: si l’humour, la décontraction parsèment les pages de ce livre, Winslow a composé un vrai roman noir. Le quotidien des strip-teaseuses, les magouilles d’une certaine pègre bien détestable et les fractures émotionnelles des personnages sont présents et sous-tendent l’ensemble. Seulement, l’auteur nous ménage des plages (sans mauvais jeu de mots) de respiration, des bouffées d’iode ou d’Histoire (du surf, mais aussi de cette partie des Etats-Unis ou des ethnies présentes en Californie ou encore de cette surf music que, sur ce blog, on apprécie) sans que les ruptures de ton ne posent problème au lecteur. Une façon d’inscrire sa petite histoire dans la grande, de relier l’individuel au Grand Tout.

Un roman qui, si on y réfléchit bien, est tout à fait en rythme avec les vagues de l’océan. Tour à tour, revigorant, renversant, apaisant ou terrifiant, le récit adapte son phrasé, son atmosphère à l’épisode évoqué. C’est ainsi qu’on passe du rire dans les scènes où Boone tente de remettre à sa place Petra, à la tendresse quand on évoque sa relation compliquée avec Sunny, ou à la colère quand on en arrive à ce que cache toute cette sale histoire. Et ça se déchaîne définitivement dans les 100 dernières pages…

Boone apprend, ou peut-être qu’en définitive ne fait-il qu’ouvrir à nouveau les yeux, que sous le soleil de Californie, il y a aussi, bien à l’abri des regards, tapi dans l’ombre, tout un monde clandestin pas vraiment joli dont ceux qui en tirent les ficelles mériteraient le tsunami de la colère des « moins que rien »….

La Patrouille de l’aube (The dawn patrol, 2008) de Don Winslow (trad. Franck Reichert), Editions du Masque (2010), 350 pages

La Patrouille de l’aube

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~ par cynic63 sur 04/02/2010.

8 Réponses to “California sun…”

  1. Bon ça suffit maintenant, parceque entre toi, jeanjean et Jean-Marc, je fais comment pour acheter tous les bouquins chroniqués?? 🙂
    En tout cas ce Winslow me tente bien, tout comme le précédent que je n’ai toujours pas lu.
    Merci pour l’article.

  2. Je l’ai fini dimanche dernier. Je ne trouve simplement pas le temps d’écrire l’article. Assez d’accord avec toi dans l’ensemble, avec quelques petits trucs qui m’ont embêté (comme l’emploi du présent). Sinon, Un Winslow reste une lecture hautement recommandable

    • Ce qui est bien ici, c’est que ça se lit plutôt tout seul. Après, l’emploi du présent peut-être discutable, c’est vrai.
      J’ai bien aimé aussi cette façon de raconter l’Histoire ou de donner des infos « sociologiques » sans casser la fluidité du récit.

  3. D’un autre côté, comme je suis en général d’accord avec jeanjean et avec le taulier ici présent, cela ne fait pas trois bouquins à lire, mais un bouquin trois fois recommandé !

    • Je crois que Jeanjean n’est pas très chaud à propos du Winslow. Sur ce coup, il y a discussion. Comme d’habitude: tant mieux

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