Clermont Filmfest 3

Petite chronique du jour largement consacrée à un genre que j’ai plutôt tendance à fuir pendant le festival: le documentaire. Non pas qu’à d’autres moments, je n’apprécie pas ce type de film mais je goûte davantage les fictions durant cette première semaine de février.

Nyarma (I 1) du Russe Edgar Bartenev est tout bonnement fantastique. Tout dans cette oeuvre tend à en faire un véritable film et pas un pâle reportage journalistique. D’abord son sujet: on s’immerge, littéralement, dans la vie des éleveurs de rennes de l’Oural. On suit leur labeur, leur vision d’une vie qu’ils savent, comme le prouvent les plans où ces hommes s’expriment, condamner à très court terme. Les parti pris cinématographiques, les panoramiques comme les plans rapprochés permettent d’être à leur côté. On découvre les activités importantes des femmes, les travaux qu’elles réalisent lors de séquences filmées en intérieur (des tentes car ce sont des nomades). On ressent le poids des saisons, en particulier la rudesse du travail de ces hommes que, malgré tout, ils envisagent avec une certaine indolence ou, en tous cas, distance. Les séquences les plus impressionnantes sont certainement celles où l’ensemble des « bergers » se déplace sur d’immenses traîneaux tirés par des rennes qu’ils dressent spécialement pour cela. On pense alors à une sorte de charge héroïque dans la taïga ou à ses pionniers d’un autre continent allant toujours vers l’Ouest. Sauf qu’ici, on comprend qu’il s’agit d’un baroud d’honneur pour un peuple (car finalement c’est bien de cela qu’il s’agit) qui finira par être acculturé. Des gens qui constatent, ne se plaignant jamais, habitués jeunes, telle cette enfant d’à peine 3 ou 4 ans, à la dureté de la vie. Qu’importe si tout cela disparaîtra bientôt: il faut continuer…40 minutes qui passent à une vitesse folle.

Dans un autre genre, de par ses images numériques brutes, sa durée (4 minutes), son climat: La Patrona de la Mexicaine Lizette Argëllo (I 2). En plein coeur du Mexique, sur le parcours des voies de chemin de fer en direction des Etats-Unis, des femmes, souvent très âgées, guettent quotidiennement les trains de marchandises qui arrivent d’Amérique centrale. A bord de ceux-ci, voyagent clandestinement des Salvadoriens, des Honduriens ou encore des Gualtemaltèques. Ils rêvent du pays de l’Oncle Sam. Les femmes de la Patrona attendent donc et, au passage du train sur les bords de la voie, elles tendent au hasard des sacs plastiques dans lesquels elles ont disposé de la nourriture, des fruits qu’elles ont cueillis, des plats qu’elles ont cuisinés. On est bien entendu impressionnés par cette scène fugace (le train est à vitesse normale) mais surtout par cette solidarité des pauvres entre eux. Et quand le dernier wagon est passé, les femmes saluent les chercheurs d’espoir, un peu comme si elles leur donnaient de leur force pour continuer. Impressionnant…

Des fictions pour terminer (c’est que j’ai encore des films à voir ce soir moi!).

Un beau film portugais dans la série I 2. Um dia frio (un jour froid) de Claudia Varejão. Un journée somme toute banale pour une famille portugaise moyenne. Banale jusqu’à ce que chacun quitte le foyer pour vaquer à ses occupations. Le fils sèche les cours et revient à la maison, le père rend visite à sa mère sénile une fois sorti du travail, la mère passe une radio dont on comprend qu’elle fait suite à un récent cancer et la fille de 16 ou 18 ans passe son temps avec une camarade de son âge qu’elle finira par embrasser. Petits secrets ou solitude une fois sortie de la cellule familiale. Au moins jusqu’au soir où tout le monde se retrouvera avant un nouveau départ le lendemain. Peu de dialogues, des plans serrés bienvenus mais un peu trop austère, à mon avis, et peut-être un peu long pour obtenir un prix à Clermont.

Un prix auquel pourrait prétendre (mais reste à savoir lequel) un film comme Muzica in sange (la musique dans le sang) du Roumain Alexandru Mavrodineanu (I 2) qui nous propose un voyage dans le milieu de la musique tzigane et des enfants vedettes de ce style. Un père entend faire passer une audition à son fils doué mais, là aussi, les requins du show business font la loi. Cependant, l’atmosphère d’optimisme de la fin devrait plaire ici.

J’y retourne…

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~ par cynic63 sur 02/02/2010.

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