Elder Vol.3…

Clap de fin sur la trilogie Elder de John Harvey avec D’ombre et de lumière, roman qui ouvre autant la série qu’il ne la clôt…

Dès les premières pages du roman, on entre, une fois n’est pas coutume avec l’auteur anglais, dans le vif du sujet. Elder, toujours retiré en Cornouailles, reçoit un appel de Joanne, son ex-femme. Elle le sollicite afin qu’il contacte Jennie Preston, une de ses connaissances, dont la soeur a disparu depuis plusieurs jours sans laisser le moindre signe. Elder se rend donc à Nottingham et rencontre donc la jeune femme en question. Séduisante, affable, moderne et gaie, cette dernière ne cache cependant pas son inquiétude: Claire Meecham, sa soeur, la cinquantaine bien entamée, vivait seule après le décès de son mari et le départ du nid familial de ses enfants. Une petite vie étriquée, monotone et un caractère coincé ne peuvent que laisser à penser qu’il lui est arrivé malheur.

Toujours aussi tenace malgré son caractère placide, Elder va commencer à reconstituer le cours des événements, à chercher, fouiller, gratter ce qui semble constituer les fondations de la vie de la « disparue ». Il dispose, pour ce faire, d’un calendrier sur lequel revient souvent le mot « bibliothèque ». C’est là qu’il va decouvrir que Claire s’adonnait, à l’abri des regards indiscrets, aux rencontres sur Internet par l’intermédiaire de sites spécialisés en la matière… Une information qui, évidemment, sidère famille et rares connaissances tant rien dans son caractère profond ne pouvait laisser penser cela.

Mais, à la surprise va succéder la douleur: Jennie découvre que sa soeur a réintégré son foyer mais les pieds devant, si on ose dire. En pleurs, elle appelle Elder qui, respectueux de la loi, prévient lui-même la police en la personne de Maureen Prior, son ancienne collègue.

Claire gît sur son lit, apprêtée, dans une position qui va alors ramener Elder et Maureen huit ans en arrière. Toute cette mise en scène rappelle le cas Irene Fowler qu’à l’époque les policiers n’avaient pu résoudre. Un « cold case » pour paraphraser le titre d’une série à succès.

Elder n’étant plus membre des forces de l’ordre, on l’engage donc pour rouvrir l’enquête Fowler; la police de Nottingham ayant pour mission de concentrer ses efforts sur la morte récente…

Pas de révolution dans ce roman de Harvey mais, et on risque de se répéter, une mécanique narrative habituelle qui fonctionne à merveille: On part d’un cas qui nous mène à une porte qui elle-même débouche sur un horizon de possibilités finissant par se rejoindre, ou se séparer, dans le dénouement. On relèvera, néanmoins, que quelques chapitres en flash  back brisent la linéarité du récit avec une efficacité brillante.

On ouvre un livre d’Harvey comme une bouteille de 15 ans d’âge: on sait ce que l’on va y trouver mais quand on aime ça, on se laisse transporter avec le même étonnement que la première fois qu’on y a goûté. Sauf que, évidemment, s’il s’agit de la répétition d’un modèle éprouvé autant qu’apprécié, l’auteur anglais ne se contente pas de nous jouer sa petite musique noire et répétitive à l’identique. Il introduit des variantes qui tiennent, surtout ici, à la psychologie de ses personnages récurrents et à leur relation ou encore à la thématique abordée.

En effet, Harvey propose de nouvelles perspectives: Quant aux relations qu’entretient Elder avec les femmes de sa vie, en premier lieu avec Katherine, sa fille, dont le naufrage affectif commence, enfin, à prendre des allures de mauvais souvenir qui s’estompe. Mais aussi quant au futur; à commencer par celui d’Elder dont on ne sait pas ce qu’il adviendra de lui…Ouverture et clôture, je disais…

Des paroles qui se font plus claires, des mots qui sont enfin dits, des langues qui se délient, des cellules qui se recomposent: c’est un peu à tout cela que l’on assiste du côté des personnages principaux.

A l’inverse, ce qui paraissait acquis, solide, évident et borné une fois pour toute semble, petit à petit, se désagréger lentement mais inexorablement. On en voudra pour preuve cette apparente morosité de Claire qui, finalement, ne cachait que trop bien une soif inextinguible de vie, de jouissance (y compris sexuelle).

On aura donc compris que si certains passent de L’ombre à la lumière, d’autres emprunteront le chemin inverse et que, finalement, si la vérité, factuelle comme psychologique, peut se travestir, et si l’on peut jouer à être un Autre, il est difficile de dissimuler toute une vie ce que l’on est vraiment comme ce que l’on se refuse à voir. En soi ou en l’autre…

Un roman qui interroge le Moi, la sincérité des rapports humains, ou encore les fêlures du passé qui ouvrent des perspectives d’avenir contradictoires: la chute ou la plénitude.

D’ombre et de lumière (Darkness and Light, 2006) de John Harvey (trad. Jean-Paul Gratias), Rivages/thriller (2008), 341 pages

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~ par cynic63 sur 27/01/2010.

4 Réponses to “Elder Vol.3…”

  1. J’ai bien l’intention de découvrir cet auteur cette année, je commencerai par le premier.
    Dis donc, c’est beau ici, c’est normal, c’est WordPress !

    • Merci de ta visite. Je n’arrive toujours pas à tout ramener d’over-blog à wordpress. En plus, je n’aurai pas le temps avant quelques jours…Je patiente…
      Je pense que tu peux lire cette trilogie d’Harvey. C’est, pratiquement, sans risque. Il a commencé une nouvelle série…J’attends le deuxième volume

  2. J’avais lu les 2 premiers alors j’ai lu celui-là aussi; mais si l’intrigue est en effet très efficacement menée, je trouve l’écriture un peu lourde parfois et certains détails superflus et plats. A lire malgré tout, mais pas pour la beauté de l’écriture. (Je suis un peu sévère et je ne me souviens pas avoir pensé cela des 2 autres mais je crois que je deviens de plus ne plus exigeante sur le style).

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