Autour d’Yves Ravey

Un petit post qui se propose une ébauche de croisement et de comparaison de trois courts textes . Pas d’analyse ici, juste une un éclairage succinct.

A l’occasion de la venue d’Yves Ravey à la Librairie, rue Pascal à Clermont-Ferrand, le jeudi 28 janvier, je me livre à cet exercice. Yves Ravey est un auteur que je ne connaissais pas alors qu’il construit son oeuvre depuis plus de 20 ans. Je vais évoquer trois de ses courts romans, à la limite de la nouvelle: Le drap, Bambi Bar et Cutter (le dernier en date).

Dans chacun de ces ouvrages, Ravey resserre l’intrigue: ici, le récit de l’agonie d’un père, là, le sauvetage d’une jeune fille arrachée aux siens par un quasi mafieux ou plus loin, le meurtre dissimulé en suicide.

Aucune digression qui servirait d’éclairage sur la psychologie des personnages ou le contexte historique: En effet, à l’exception du Drap, récit véritablement inscrit dans un contexte socio-temporel identifiable (le monde ouvrier de la région sochalienne), les deux autres textes lus semblent parfois brouiller les pistes, nous emmener dans une direction qui se révèle être une impasse. Par exemple, il est quasiment impossible de situer chronologiquement Bambi Bar: Si le contexte est résolument d’actualité (le trafic des « filles » de l’Est), des signes nous poussent vers le passé (les modèles de voiture, entre autres).

Une déconstruction de l’espace-temps qui atteint même jusqu’aux noms des personnages: On croise des Polonais aux patronymes italiens, un couple Kaltenmuller terriblement français, un attardé prénommé Lucky et un fils d’ouvrier franc-comtois qui s’appelle Lindbergh Carossa…

Volonté de dire l’universel? Peut-être.

En tous cas, Ravey nous parle d’absence, de dissimulation, de « silences assourdissants », de misère morale, sexuelle, sociale mais aussi d’amour. Toujours avec retenue, sans volonté de choquer ou de faire pleurer son lecteur. Des scènes dures ou difficiles, comme cette castration de chat dans Cutter ou cette toilette mortuaire dans Le drap, scène où l’amour d’une femme pour son mari se matérialise par des détails infimes.

En outre, il est bien difficile de classer Yves Ravey. S’il est édité aux Editions de minuit, on verrait bien son Bambi Bar publié dans une collection Noire de par sa thématique, bien sûr, mais surtout par son écriture rythmée, incisive et sèche.

Effectivement, non seulement l’auteur se refuse à toute analyse psychologique, mais encore il déshabille son langage de tout ornement.  On irait même jusqu’à dire, qu’on touche à une langue famélique,  squelettique tant Ravey l’epure, la réduit à sa plus simple expression, tout comme les choix syntaxiques qu’il privilégie: sujet – verbe – complèment. Un minimalisme très souvent de bon goût mais qui peut aussi rebuter ou laisser de marbre tant  un tel parti-pris suggère plus qu’il ne révèle.  Eventuellement, on peut craindre qu’une telle mécanique enclenche un mouvement perpétuel un peu vain.

Le lecteur, cependant, reconnaîtra à Ravey le fait qu’il le prenne pour quelqu’un d’intelligent.

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~ par cynic63 sur 24/01/2010.

4 Réponses to “Autour d’Yves Ravey”

  1. Merci. Je ne connais pas cet auteur.

  2. Bonjour, merci pour cet article qui va sûrement beaucoup m’aider (je bosse sur Yves Ravey). Par contre aucune biographie disponible, vous savez où je pourrais avoir quelques indications sur sa vie?

    • Bonjour,
      Je n’ai rien pour l’instant. Mais je peux me renseigner sans problème. Pour l’aspect autobio, procurez-vous « Le drap » dans un premier temps. N’hésitez pas à me relancer…

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