Paris is burning…

Vous n’ aimez que les enquêtes limpides? Les intrigues au cordeau? Voire, le roman noir à forte tendance humoristique? Oui? Alors je ne suis pas sûr que vous apprécierez ce Pays où la mort est moins chère.
Par contre, si vous êtes prêts à partir pour un voyage improbable dont la destination est inconnue, si vous aimez les écritures qui dynamitent les codes du genre, si vous êtes enclin à la secousse, à ce qui dérange, allez-y.
Je sais, je sais. Je pourrais écrire ce genre d’avant-propos pour beaucoup d’ouvrages que j’ouvre mais là, il me semble que cela se justifie encore plus pour ce recueil proprement hallucinatoire.
Des nouvelles écrites sur pratiquement 20 ans, des thème divers mais surtout une propension à pousser les limites de l’écriture et, parfois, du supportable.
Dans l’avant-propos, aussi clair que bref, l’auteur lui-même justifie le découpage en trois parties de cet ensemble de 11 nouvelles. Pas d’ordre chronologique pour celles-ci mais une classification thématique: « Poursuites », « Règlements de compte », « Kamikazes ».
Déjà tout un programme…

Marignac va alors se retrouver dans la tête de Ben Johnson dès l’ouverture du livre dans 9  » 79, dans celles de divers junkies, minables ou qui se veulent plus méchants qu’ils ne le sont avec Déchiré ou encore Le monde d’avant, nous transporter dans l’époque du Paris interlope pré-sida avec les Hybrides.

Qu’il nous propose des courses poursuites ou des déambulations urbaines, qu’il nous promène dans des quartiers chics ou des grands ensembles, que l’on se retrouve Ici ou Ailleurs, Marignac ne relâche jamais son lecteur, nous coupe le souffle, nous claque méchamment la gueule. Et si d’aventures, on n’était pas calmé, il est encore capable de nous en coller une autre.
C’est bien une expérience de littérature qu’il nous offre ici, comme des morceaux de vie, des dérives comme des fuites en avant. On aurait tort de considérer l’ensemble comme parfaitement gratuit : C’est par une apparente froideur que Marignac rapporte, recentre, délivre les errances des travelos, des camés, des malheureux qui veulent avoir une petite part de quelque chose qu’ils ont parfois du mal à nommer, mais aussi des petits-bourgeois qui entendent s’encanailler,  se frotter à la pègre, locale ou autre, avant de rentrer dans le rang (Aussi mort que Napoléon)

Si certains textes ne sont cependant pas dénués d’humour comme Blancs-becs où finalement, les bien-nommés finissent par rester à leur place, on est un peu dérangé par cette femme à la dérive qui s’enfonce dans une spirale dans laquelle elle entraîne tout son entourage (Fille perdue).
Finalement, dans les textes secs et courts comme dans les nouvelles beaucoup plus longues, c’est souvent de courses dont il est question. Parfois sans but, parfois détournées. Jamais en ligne droite.

Ecriture punk, pressée, speedée, oralisée à l’extrême, à la limite du « No Future », Marignac dérange. On le remercie pour cela.

Le pays où la mort est moins chère de Thierry Marignac, Editions Moisson Rouge (2009), 141 pages

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~ par cynic63 sur 18/01/2010.

2 Réponses to “Paris is burning…”

  1. J’avais beaucoup aimé « sur les quais »

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