De l’intime…

•05/02/2014 • Laisser un commentaire

Comment filmer l’intime sans tomber dans le discours nombriliste ni le sentimentalisme dégoulinant ?

Pas toujours évident de trouver des films qui ne versent ni dans l’un ni dans l’autre…

montaukPourtant, c’est ce que parvient à faire Vinz Feller avec Montauk. Seize minutes pour narrer le retour d’une Suissesse âgée revenue sur cette côté étatsunienne afin d’y disperser les cendres de son mari qui a chois de mettre fin à son existence, rongé par la maladie. Toute en retenue face à sa douleur, parfois même à la limite de l’agacement vis-à-vis d’une tâche qu’elle ne semble pas accomplir par amour, la vieille dame, à la faveur d’une rencontre éphémère mais déterminante, laissera exploser sa peine.

Vision plus clinique -sans mauvais jeu de mots- pour l’Australienne Miranda Nation qui nous présente Crystal, strip-teaseuse et mère isolée, à un moment clé de sa vie : elle est atteinte d’un cancer du sein. Ainsi, Crystal, face à ce drame personnelle, s’interroge sur ce qui constitue le perceptionciment de son existence, les éléments qui en font les piliers. Perception ne laisse aucune place à la sensiblerie ; simplement à l’émotion brute renforcée par un fait important : Crystal a tu à tous son état…

On reviendra sur une thématique forte : l’enfance et la perte de l’innocence…

Du documentaire…

•03/02/2014 • Laisser un commentaire

Tous les ans, de nombreux documentaires sont présentés dans les différentes séries de la compétition internationale à Clermont-Ferrand.

Généralement, ils sont d’une durée supérieure à la moyenne, comme si les réalisateurs visaient à l’exhaustivité. Ceci dit, même si ce genre n’est pas celui que je privilégie durant la semaine, il m’est arrivé d’en voir de très bons, voire de superbes.

Cette année, et si je me réfère aux films que j’ai vus, il semble que la compétition propose des films qui, s’ils ne sont pas forcément originaux de par leur sujet, affichent des parti-pris formels forts.

Ainsi, Rhoma acans (Des yeux de gitane) de la Portugaise Leonor Teles, sous prétexte d’une quête d’identité de la part de la réalisatrice, nous donne à voir des scènes du quotidien des Gitans portugais, captés par de longues séquences en plan large ou rapprochés, illustrées par la voix off d’une des jeunes filles de la communauté qui évoque ses envies, ses désirs, son passé, son avenir.

hooligansI love hooligans du Néerlandais Jan-Dirk Bouw donne la parole à un de ces desperados qui explique son « engagement » dans ces groupes d’ultras. Rien de bien nouveau sauf que le réalisateur a choisi l’animation façon ligne claire, ou presque, pour porter les mots d’ un héros qui, en outre, doit cacher sa véritable nature : il est homosexuel. Graphisme réaliste et virulent au service d’un sujet qui, finalement, se révèle être bien plus dérangeant que prévu.

web_ghost_trainC’est assurément Ghost train des Australiens James Fleming et Kelly Hucker qui décroche la palme de l’originalité. Un vieil homme, dont les interventions en forme d’interviews-confessions sont filmées en très gros-plan, nous raconte le crépuscule de sa vie. Entièrement perdu depuis la maladie de son épouse qui a sombré dans une forme de sénilité -dont nous ne connaîtrons pas la nature-, il est parvenu à trouver refuge, et par là-même à rallumer une forme de flamme vitale au fond de lui, au Dracula, un restaurant-cabaret. Une forme d’amour et de réconfort se noue entre une des vedettes de l’établissement et le vieillard. Rien de sordide, pas de pathos, juste la parole d’un homme finalement apaisé, attendant sereinement la fin -ou plutôt les fins ; celle de sa femme comme la sienne. Une parole illustrée par des séquences au grain de super 8 noir et blanc qui alternent avec les seules images en couleurs : celles de l’hôpital mettant en leur centre l’épouse réduite au silence. Un film émouvant…

http://www.filmfonds.nl/nieuws/artikel/i-love-hooligans

C’est reparti!!!

•31/01/2014 • Laisser un commentaire

Comme tous les ans, on se rendra ici:

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Toutes les information sont disponibles sur le site de l’équipe du festival:

http://www.clermont-filmfest.com/

TB Blues..

•29/01/2014 • Laisser un commentaire

S’inspirant d’un fait divers terrible et sanglant des années 30 qui avait, à l’époque, donné cours à de nombreuses supputations, Envoûtée est aussi l’occasion pour Megan Abbott de laisser l’univers des fifties qu’elle privilégie particulièrement.

bury me deepEn outre, l’auteur imagine, allant jusqu’à se glisser dans, voire sous, la peau de son personnage principal, une lecture toute personnelle de ce drame.

Marion Seeley, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est une jeune fille récemment mariée à l’étrange, et néanmoins protecteur, Everett Seeley, un médecin qui l’a arrachée à sa condition modeste et terne.

Ce dernier doit partir aux fins fonds du Mexique pour une durée importante. Il va y exercer sa profession mais ne souhaite en aucun cas que sa fragile épouse le suive. Ainsi, il va installer Marion à Phoenix dans une pension tenue par une vieille et vertueuse dame.

Même si Everett est absent physiquement la majeure partie du roman, il n’en délaisse pas pour autant totalement la jeune femme, lui assurant quelques revenus et lui donnant des nouvelles régulières.

Cependant, cela, à commencer par l’aspect financier, n’est pas suffisant et Marion doit trouver un emploi. Ainsi, c’est au sein d’une clinique de Phoenix qu’elle va occuper un poste de secrétariat. Elle y rencontrera Ginny et Louise, modèles de « femmes libérées » de l’époque, qui cohabitent et lui ouvrent rapidement les portes de leur appartement. Une sorte de portes de l’Enfer de la Perdition pour une Marion qui va découvrir tout un monde de fêtes nocturnes, de délires en tous genres, d’alcool qui coule à flots, de nuits blanches bruyantes et animées. C’est là qu’elle fera la connaissance de Joe Lanigan, séducteur ténébreux, marié à une femme frappée d’un étrange mal, manipulateur multi-cartes, qui possède un carnet d’adresses conséquent, notamment auprès des grands notables de la ville.

On l’aura compris : la fragile Marion va vite succomber. Pour son plus grand malheur…

Abbott, en adoptant exclusivement un point de vue interne en termes de modalités narratives, parvient à semer le doute dans notre esprit. En effet, n’ayant que le regard de Marion comme ouverture sur une histoire qu’on pourrait aisément renommer « Crépuscule d’une Ingenue », le lecteur s’interroge constamment, en permanence, se posant une question, finalement unique : Marion perçoit-elle les choses telles qu’elles sont ?

L’auteur américaine semble sous-entendre, néanmoins, que si Marion devient, bien à son insu, l’arme fatale d’une infernale machination, elle n’en demeure pas moins la représentation d’une étonnante personnalité qui ne demande qu’à se réveiller ou qui n’attend que l’adversité pour s’affirmer. Et c’est d’ailleurs ce qui va arriver lors d’un macabre voyage loin de Phoenix…

Ainsi, les derniers chapitres nous montrent, non seulement une héroïne bien différente de la naïve et fragile jeune fille des premières pages, endurcie par les mensonges, lucide quant à la part d’ombre des nombreux notables croisés au cours du roman, mais aussi un Everett Seeley, étonnant, surprenant jusque dans une preuve d’amour ultime…

Malgré quelques –heureusement assez rares– faiblesses qui font que le lecteur se détache parfois de ce qui se joue ici, l’ensemble présente une cohérence qui le ramène toujours au cœur d’une histoire sur fond de corruption de petite-bourgeoisie locale, de collusion entre les intérêts personnels qui produit un silence coupable mais terriblement arrangeant pour chacun des protagonistes…

Merci aux Editions du Masque pour l’envoi de ce roman…

 

Envoûtée (Bury me deep, 2009) de Megan Abbott (trad. Jean Esch), Le Masque (2013), 243 pages + postface de l’auteur

Reprise des activités…

•27/01/2014 • 6 commentaires

 

Après de longs mois de silence, je reprends, avec parcimonie, les activités du blog.

 

Beaucoup de choses ont fait que j’avais stoppé pendant tout ce temps.

 

Des raisons personnelles -beaucoup de travail, entre autres-, mais aussi des raisons plus en relation avec l’exercice particulier de tenue de blog.

 

Tenir une sorte de revue critique, pourquoi pas ?, mais rédiger un énième papier sur les dernières livraisons des différentes collections estampillées « Noir », beaucoup le font sur la toile et bien mieux que moi.

 

Trouver une voix différente, proposer autre chose, non par désir de se faire remarquer mais plutôt par volonté d’ouvrir le champ de la discussion, constitue le fil conducteur que j’entends suivre.

 

En espérant ne pas le lâcher . Bien entendu.

 

Good news…

•09/04/2013 • 4 commentaires

Robin Cook nous l’avait bien dit: « Les mois d’avril sont meurtriers ».

Et, parfois, on ne ressent aucune compassion pour la victime…Un juste retour des choses en fait.

Pour ceux qui la pleurent, nous nous contenterons de rappeler;, très succinctement, quelques uns de ses hauts faits…

Slainte Sam Millar!!!

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Belfast Sam

•02/04/2013 • 2 commentaires

Pour ceux qui auront eu la chance de le rencontrer lors du Quai du Polar à Lyon ce week end, il est très certainement probable que Sam Millar leur apparaît comme un véritable personnage de roman. Un être éminemment sympathique au vécu -terme qui, le concernant, n’est pas galvaudé- exceptionnel, au sens strict du terme.

onthebrinksenglishAvec la traduction tant attendue d’On the brinks, sa biographie non-exhaustive, on retrouve toutes les qualités d’un conteur –on justifiera ce terme– perçues lors de la lecture de Poussière, tu seras et de Redemption Factory, ses deux uniques ouvrages traduits jusque-là en français.

Si On the brinks se présente, au premier abord, comme une autobiographie construite de façon classique, notamment par un découpage chronologique linéaire, le style, les parti-pris de l’auteur en font un objet singulier et original.

En effet, Millar ne dit pas tout, se montre à la fois elliptique ou insistant.

Dans les 28 chapitres de la partie « Belfast », on découvre d’abord l’itinéraire d’un enfant des quartiers populaires atypique. Catholique mais avec des racines protestantes excessivement marquées par un grand-père paternel orangiste, Sam grandit dans une famille décidément étrange sous tous rapports. Un père le plus souvent absent; une mère qui ne l’est que physiquement tant l’alcool la détourne d’une réalité que l’on devine morne et glauque, le jeune Millar évoque, avec émotion et retenue, un univers belfastois terne et sous-tendu par une haine communautaire plus ou moins larvée. De son parcours scolaire, on ne saura pas grand chose; l’auteur revenant plutôt sur des souvenirs qui sont autant de réminiscences grotesques ou effrayantes. Ainsi, on retrouve, à l’occasion de cette tentative de restitution du passé, des épisodes que Millar, devenu écrivain, utilisera dans ses romans comme la scène d’égorgement des lapins ou le travail rude et dantesque aux abattoirs.

C’est à grands renforts de description subjectives et évocatrices que l’auteur Irlandais nous plonge dans un monde où la folie semble toujours attendre au coin de la rue.

Evidemment, on ne peut qu’être estomaqué par l’épisode le plus noir et le plus dur de cette biographie: l’incarcération à Long Kesh et les longues années de lutte des prisonniers de l’IRA pour la reconnaissance de leur statut de prisonnier politique. Même si nous avions connaissance de l’essentiel du destin de ces hommes –Les Blanket Men, surnom lié au fait qu’ils refusaient de revêtir l’uniforme des détenus, préférant vivre nu uniquement recouvert de grossières couvertures, les grèves de la faim ou de l’hygiène-, on n’imaginait pas à quel point la dignité humaine avait été niée, les droits de ces hommes – que l’on trouve leur cause juste, sympathique ou non– avaient été bafoués par une « démocratie occidentale amie ».

D’ailleurs, du rôle réel de Sam dans l’IRA, on ne saura rien car l’essentiel est ici ailleurs. De la bascule née du Bloody Sunday à sa sortie de prison des années plus tard, c’est surtout ce refus de se résigner, d’abandonner, de se coucher devant la brutalité qui ressort.

Enfin libre, Sam se rend aux Etats-Unis où il deviendra l’un des acteurs importants des casinos clandestins, comme lui d’ailleurs, new-yorkais. Multipliant les rencontres, là encore souvent burlesques ou étonnantes, il finira par acquérir un petit commerce avant que l’idée du grand vol de la Brinks de Rochester ne germe dans son esprit.

On soulignera juste le caractère croquignolesque d’un braquage effectué avec des armes en plastique ou celui, totalement loufoque, d’une procédure judiciaire où avocats et procureurs jouent de toutes les ficelles du système pour obtenir gain de cause afin de mieux faire ressentir l’esprit régnant dans ces pages…

Car, et c’est bien là que le lecteur, finalement, trouvera le souffle nécessaire afin de ne pas sombrer dans la déprime, Millar décline l’humour sur tous les tons. Du burlesque au trivial, de la pure farce au cynisme, il maîtrise toutes les tonalités comiques.

Accordant son style avec la partie, voire la péripétie concernée, doté d’un sens de la formule mais aussi de la description caractéristique, l’auteur ne semble jamais oublier ce qui nous paraît être une véritable ligne de conduite: ne jamais sombrer dans le pathos, ne jamais s’apitoyer sur lui-même, ne jamais se poser en victime.

On the brinks se révèle au final être une biographie qui tait beaucoup mais qui nous éclaire définitivement sur les sources d’inspiration ou stylistiques d’un auteur digne, sur le parcours d’un écrivain à l’âme de conteur d’horreurs.

Thank you Sam for sending me this book.

onthebriks-frenchOn the brinks (2009) de Sam Millar, (trad. Patrick Raynal), Le Seuil (2013), 357 pages

 
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